Le métro de Paris, Jean Tricoire

 

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Fakirs, Antonin Varenne

Voici un roman encore plus noir que sa couverture.
Entre Paris et la Corrèze, on plonge dans un univers glauque, sale, torturé.
Les personnages sont marginaux – et quand ils ne le sont pas, ils sont seuls. Tous. Ils ne sont pas attachants, on les veut même le plus loin possible de soi.

Mais l’intrigue est fascinante. Les ficelles de ce polar sont invisibles à l’œil nu, les destinées s’imbriquent à merveille.

Et puis surtout, il y a l’écriture d’Antonin Varenne. Une espèce de familiarité qui autorise l’humour – le sarcasme. Et qui fait que l’on n’est pas si mal, finalement, dans cet univers nocturne, souterrain et masqué.
La plume et le sens de l’intrigue, ne sont-ce pas là les qualités que l’on attend d’un auteur de policiers ?

Prix des Lectrices de Elle 2010 : copies rendues

Ce 19 octobre était la deadline pour envoyer mes commentaires à Elle dans le cadre du Prix des Lectrices (je suis dans le jury de décembre).

En tout, Elle m’aura adressé 10 bouquins :  

4 romans :

 3 policiers : 

 3 documents : 

7 livres sur les 10 ont déjà été cités sur ce blog. Les trois autres suivront bientôt, en attendant les pages des magazines Elle du mois de décembre.  Je pensais que ce serait ainsi la fin de l’aventure, avant la remise du Prix en 2010, mais le facteur m’a apporté aujourd’hui trois nouveaux ouvrages… Chouette !  

A suivre, donc.

L’été des classiques

Les classiques sont éternels. L’été, la plage, le hamac, les soirées interminables et le soleil qui ne veut pas se coucher, tout cela est propice à se plonger dans des bouquins plus difficiles d’accès que d’autres, parce plus longs, plus denses, ou plus vieux (les trois, c’est possible aussi). Et surprise ! On peut y prendre autant de plaisir qu’avec nos amis contemporains. Ce qui est dommage, finalement, c’est de les réserver à l’été.

Tour d’horizons de quelques classiques relus récemment, ici par ordre chronologique de publication :

Les Souffrances du jeune Werther, Goethe (1774) 

Premier amour, Ivan Tourguéniev (1860) 

Le Portrait de Dorian Gray, Oscar Wilde (1891) 

Les désarrois de l’élève Törless, Robert Musil (1906) 

La Métamorphose, Franz Kafka (1912) 

Avril enchanté, Elizabeth von Arnim (1922) 

Amphitryon 38, Jean Giraudoux (1929) 

Ondine, Jean Giraudoux (1939) 

Le Joueur d’échecs, Stefan Zweig (1942) 

1984, George Orwell (1948) 

Le livre à venir, Maurice Blanchot (1959) 

Dix heures et demie du soir en été, Marguerite Duras (1960) 

Cent ans de solitude, Gabriel Garcia Marquez (1967) 

Tarendol, René Barjavel (1972)

La Métamorphose, Franz Kafka

Coincée dans cette édition entre 23 autres récits, La Métamorphose est une longue nouvelle, peut-être l’œuvre la plus fameuse de Franz Kafka.

 

Gregor Samsa se réveille un matin comme tous les autres pour constater qu’il ne peut se lever comme d’habitude pour aller travailler : dans la nuit, son corps a changé, il est devenu un cancrelat, insecte monstrueux, carapace, ventre brun et pattes innombrables. D’abord, Samsa est aussi horrifié qu’incrédule face à ce corps qui est désormais – et de façon inexplicable – le sien. Puis il réussit à aller jusqu’à la porte de sa chambre où il découvre le fondé de pouvoir, venu chercher l’explication de son absence au travail ; il affronte alors les regards hallucinés et pleins de dégoût de sa famille, dans la pièce voisine. Car Gregor, s’il a changé d’apparence, n’a rien perdu de sa faculté de penser ; seule la parole lui manque. Sa famille prend peur, a honte, craint qu’on le découvre, l’enferme ; malgré tout la mère de Gregor, dont l’instinct maternel subsiste, demande à sa fille de nourrir son frère. Gregor se cache pour que sa sœur n’ait pas à subir la vision de l’énorme insecte qu’il est devenu. Dans son nouveau corps, Gregor, mourra bientôt de mort naturelle, au moment où sa famille envisageait de l’achever pour continuer à envisager sereinement l’avenir.

 

Maintes fois analysée, La Métamorphose, publiée en 1912, s’est vue attribuer tous les symboles, toutes les interprétations (plus de 130 d’après Stanley Corngold dans The Commentator’s Despair). Existentialisme, intolérance et mécanisme naturel de rejet entre les hommes, allégorie sexuelle, la mort comme inévitable conséquence de la solitude. Franz Kafka a reproché à son père, avec ce texte, leur relation faite de mépris, de différences, de répulsion mêlée d’attirance et de conflits. Les prémices en étaient apparues dans le texte Lettre au père (écrite en 1919 et publiée en 1952 sans que son destinataire n’ait pu la lire). Car la principale métamorphose, ici, est celle de la famille de Gregor face à la situation nouvelle.

 

Et en ces temps d’intolérance exacerbée, cela fait de La Métamorphose un conte résolument moderne.

Le livre à venir, Maurice Blanchot

Voici un livre à part. Je ne l’ai pas bien compris à la première lecture, il a nécessité d’y revenir.
Maurice Blanchot a consacré sa vie à réfléchir sur l’écriture. Le livre à venir, qui traite de l’universalité de l’acte d’écriture, est à la frontière entre la philosophie (de quel mouvement viennent tous les livres ? comment les écrire ? en quoi l’écriture appartient-elle au langage ?) et l’analyse littéraire – ici sont évoqués entre autres Marcel Proust et Robert Musil, Antonin Artaud et Stéphane Mallarmé, Henry James et Samuel Beckett. Exigence et remise en question permanente dominent.

Illustration avec ce passage :
« C’est une des charges de notre temps que d’exposer l’écrivain à une sorte de honte préalable. Il faut qu’il ait mauvaise conscience, il faut qu’il se sente en faute avant toute autre démarche. Dès qu’il se met à écrire, il s’entend interpeller joyeusement : «Eh bien, maintenant tu es perdu.» «Je dois donc cesser ?» «Non, si tu cesses, tu es perdu.» Ainsi parle le démon qui parla aussi à Goethe et fit de lui cet être impersonnel, dès sa vie au-delà de lui-même, impuissant à sombrer parce que ce pouvoir suprême lui avait été retiré. La force du démon est que par sa voix parlent des instances très différentes, de sorte que l’on ne sait jamais ce que signifie le «Tu es perdu ». Tantôt c’est le monde, le monde de la vie quotidienne, la nécessité d’agir, la loi du travail, le souci des hommes, la recherche des besoins. Parler quand le monde périt ne peut éveiller en celui qui le parle que le soupçon de sa frivolité, le désir, du moins, de se rapprocher par ses parles de la gravité du moment en prononçant des mots utiles, vrais et simples. «Tu es perdu» signifie : «Tu parles sans nécessité, pour te soustraire à la nécessité ; parole vaine, infatuée et coupable ; parole de luxe et d’indigence.» – «Je dois donc cesser!» «Non, si tu cesses, tu es perdu.» « 

Inès, Loïc Dauvillier & Jérome d’Aviau

… ou comment évoquer avec simplicité et finesse un sujet délicat. Car il s’agit ici de la violence conjugale banalisée, celle que les voisins croient soupçonner sans en être sûrs – ce qui les retient d’accuser -, celle aussi que l’on tente de montrer aux visiteurs que l’on espère voir devenir des sauveurs, en vain. Inès est presque encore un bébé, et elle assiste au drame qui se joue chaque soir entre son père et sa mère. Il y a peu de mots mais beaucoup d’émotions, et la justesse des auteurs permet d’éviter tous les clichés.

Je salue donc l’entreprise de ces messieurs, d’autant plus louable qu’ils appartiennent eux-mêmes au sexe fort – qui porte malheureusement très bien son nom dans la situation que vit la maman d’Inès…

Premier amour, Ivan Tourguéniev

Premier amour est autobiographique ; même Flaubert, en son temps, a compris ce que la jeune Zénaïde a pu provoquer chez Ivan Tourguéniev.
Mais un premier amour ne saurait faire l’objet d’un roman, même court, s’il n’était malheureux ou déçu. C’est donc ce qui arrive.
Car Tourguéniev (qui se nomme dans le texte Vladimir Petrovitch), âgé de seize ans, se retrouve en compétition face à… son père. Zénaïde est sa voisine, il l’observe par la clôture. Le père de Vladimir gagne son cœur, laissant son fils – qui les a espionnés – en proie à un désarroi qui tourne à la folie.

Ce texte est riche de détails et de précisions ; les dialogues rendent les scènes plus vraies que natures, et le personnage de Zénaïde est fascinant.

A priori, Tourguéniev (à qui l’on doit le roman « Pères et fils » paru deux ans plus tard) se serait aussi servi de cette longue nouvelle pour régler des comptes avec son père sur la question du mariage de celui-ci avec sa mère…

Futon, Tayama Kataï

Le futon est la pièce symbolique de la literie japonaise par excellente. C’est aussi le théâtre d’ébats amoureux. Et ici, ils sont interdits : un écrivain – personnage très proche de l’auteur – et sa femme installent chez eux une jeune étudiante, ainsi que c’est la coutume au Japon. L’écrivain en tombe amoureux, tandis que la jeune fille tombe elle sous le charme d’un autre homme et se sent prête à tout pour lui.

Plus que l’action, c’est ici la psychologie qui compte. Les sentiments des personnages sont froidement disséqués, comme seuls savent le faire les auteurs japonais. L’auteur s’attarde sur l’adultère, la culpabilité, et aussi l’écriture et sa légitimité.

Tayama Rokuya, dit Tayama Katai, est mort à Tokyo en 1930. Futon est son plus célèbre roman, qui symbolise le naturalisme au Japon.

Dans cette édition, Futon est suivi de deux nouvelles : Un soldat, et Une botte d’oignons

Ce que je sais de Vera Candida, Véronique Ovaldé