Les heures souterraines, Delphine de Vigan

de-vigan-les-heures-souterrainesLa ville peut détruire, l’entreprise peut détruire.

Parce qu’elle a osé contredire le directeur marketing en réunion, Mathilde, son adjointe depuis huit ans, entame une dégringolade sans fin. Jacques lui retire une à une chacune des responsabilités qu’il lui avait confiées, l’exclut des réunions d’équipes, la coupe de toute information. Un lundi matin, Mathilde trouve à sa place une stagiaire, et on lui indique que son bureau est désormais une pièce mitoyenne des toilettes pour hommes, sans fenêtre ni ordinateur. Elle n’en dort plus, elle cherche à comprendre pourquoi malgré l’impossible dialogue avec son supérieur hiérarchique qui a juré sa perte.

L’entreprise peut détruire.

Thibault, lui, est médecin d’urgence, il enchaîne les visites à domicile. Il est confronté à la solitude de ceux qui l’appellent avant tout pour rompre l’isolement, derrière les façades parisiennes.

La ville peut détruire.

Mathilde et Thibault se croiseront sans se voir dans le métro, lieu d’anonymat par excellence.

Dans un style neutre qui donne un tour très détaché à la narration, Delphine de Vigan parle de sujets graves dont on sait qu’ils peuvent toucher n’importe qui. Elle dépeint à merveille cette incapacité à avouer, cette culpabilisation rendue possible par les méchants qui, bien déguisés, peuplent la vie en général, et sa reproduction à l’échelle de l’entreprise en particulier. Je me serais pour ma part contentée de l’histoire de Mathilde, que j’avais plaisir à retrouver à chaque chapitre, tandis que les parties sur Thibault m’ont moins plu – même si elles permettent de mettre en avant plusieurs données d’importance (l’isolement global, la course à la réussite, la disparition progressive de la notion de prendre le temps) et de faire des Heures souterraines un roman qui ne traite pas que du monde du travail.

Avalé en trois soirs, ce texte, finaliste du Goncourt 2009 et Prix découvert du Figaro 2009, est ma première très bonne surprise de 2010.

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2 réflexions sur “Les heures souterraines, Delphine de Vigan

  1. Bonjour Sophie,

    Du même auteur, je viens de finir « No et moi », qui traite d’un sujet de notre société : une fille de 18 ans SDF.
    Au début, le style peut s’avérer décevant et pauvre : le choix de l’écriture, à la première personne, une ado de 13 ans. On finit par se rendre compte que si l’on a l’impression d’effleurer le sujet, les silences et les questionnements en sont plus riches.
    Je serais heureuse d’avoir ton avis sur ce livre.

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