Trois femmes puissantes, Marie NDiaye

Les trois femmes puissantes, ce sont Norah, Fanta et Khady Demba.

Norah vient en visite chez son père, laissant compagnon et enfants à Paris, pour découvrir que son frère est en prison. Les journées à proximité de ce père qui n’a jamais eu beaucoup de considération pour elle ravivent des souvenirs lointains, enfouis parce que désagréables.
Khady Demba vit chez ses beaux-parents après la mort de son mari. Mais ceux-ci lui font comprendre qu’elle va devoir partir, et la destination s’avère inaccessible.
Fanta, elle, n’existe que par l’obsession qu’en a son mari (et sa voix, au téléphone). Obsession qu’elle le quitte, qui le fait considérer leur enfant comme seul moyen de la retenir.

Les trois femmes ont chacune droit à une partie du texte. Dès le début du roman, on imagine que l’auteur aura glissé des clins d‘œil qui serviront de ponts entre les histoires – car Khady Demba se trouve bien là, citée une poignée de fois dans la première histoire, domestique du père de Norah. Ensuite Rudy, le mari de Fanta, évoque Dara Salam, le village de vacances construit par le père de Norah.
Mais c’est tout. Il y a des parallélismes, mais rien qui ne permette au lecteur de faire le lien, ni de situer chronologiquement les histoires les unes par rapport aux autres. Ce qui est perturbant –et frustrant.

J’ai aimé les univers dans lesquels évoluent les personnages – et Dakar, et le quartier des Almadies, quel bonheur, que de souvenirs. Le drame que vit Khady Demba est poignant, et particulièrement d’actualité, dévoilant l’autre face d’un phénomène souvent montré par les médias. J’ai moins aimé les frustrations que m’ont causées les intrigues, que je tentais en vain de rapprocher.

Qu’est-ce qui fait qu’un livre mérite le Goncourt ? On sait que les prix littéraires d’automne sont avant tout un échange de bons procédés. On a crié à l’exploit en évoquant le style de Marie NDiaye. C’est naturellement bien écrit, et littéraire. Le rythme fait que l’on veut toujours aller plus avant. Mais pour ma part, j’ai trouvé cela excessif. Les phrases font parfois plus d’une page – oui, Lolita Pille fait ça aussi, dans un style plus haché, il n’empêche – et je me suis prise à penser, plusieurs fois, que Marie NDiaye avait une contrainte en termes d’adjectifs qualificatifs. Il y en a partout, en abondance, qui ne sont pas à chaque fois utiles.

En bref, j’aurais aimé que cette histoire soit servie par un phrasé moins alambiqué, que l’auteur tourne moins autour du pot. Pour moi, ce succès est en demi-teinte.

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Une réflexion sur “Trois femmes puissantes, Marie NDiaye

  1. Bon, ca me rassure, je ne suis pas la seule à avoir cherché désespérément à reconstituer les liens entre les 3 femmes qui n’existent pas !!!
    Quant au style, j’ai parfois eu l’impression de me retrouver au lycée en cours de français à analyser des phrases sans fin…
    L’histoire qui m’a le plus plu est celle de Khady Demba, c’est la plus vivante, celle où il se passe quelque chose… (Celle de Fanta…je cherche encore si j’ai raté un indice… )… et comme le livre finit sur celle là, le souvenir en reste finalement positif !

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