Le week-end dernier à Châteauroux…

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Inédit : un chapitre du “Pilon” supprimé avant impression…

L’intégralité de ce qui suit m’a été adressé par Paul Desalmand après la mise en ligne de ma note sur son roman « Le Pilon« .

 

LE PILON – Chapitre supprimé.

Le chapitre qui suit figurait dans le manuscrit du roman de Paul Desalmand intitulé le Pilon. Il a été supprimé pour des raisons sur lesquelles l’auteur s’explique à la suite du texte. Pour comprendre ce chapitre, il faut savoir que le narrateur est un livre qui raconte sa vie, son séjour dans un entrepôt, son passage dans une mauvaise librairie puis dans une bonne, son premier lecteur, ses amours, la façon dont il échappe deux fois au pilon, etc. Pour plus d’infos, voir le site de l’éditeur (www.quidamediteur.com).


22

Acheté par le Président 

La bibliophilie c’est la quête du Graal en pantoufles.

Monsieur Chottin, dans la librairie Marie Vaut d’âge. 

La librairie B***, rue Mazarine, dans le 6e arrondissement, était spécialisée dans le livre ancien de haut niveau. Elle avait parmi ses clients François Mitterrand, homme sur lequel il y aurait beaucoup à dire, mais à qui il sera beaucoup pardonné parce qu’il avait l’amour du livre et du beau livre. Le Président prenait plaisir à rendre visite aux libraires d’ancien les plus prestigieux, sans gardes du corps, à en croire les médias. En réalité, les gorilles, s’ils se faisaient discrets, ne le quittaient pas des yeux. Le chineur n’avait même pas le droit de monter à l’étage. Pour une raison connue de peu, il appréciait spécialement les libraires de cette rue.

La déclaration d’impôts de B*** laissait à désirer comme celle de 98 % des Français. Dans des proportions tout de même rares. D’où vint la dénonciation ? D’un employé ulcéré, d’une épouse bafouée, d’un concurrent jaloux ? Toujours est-il que ce samedi après-midi, plusieurs agents de la brigade du fisc débarquent en force dans les locaux.

Le libraire n’était pas là. Sa secrétaire, une femme forte, imposante même, mais aussi une forte femme leur dit avec fermeté :

– Monsieur B*** n’est pas là. Vous n’avez pas le droit de perquisitionner en son absence. De toute façon, même si vous aviez le droit, je ne vous donnerais pas les clés des vitrines. Revenez mardi.

À la fois brutale et enjôleuse, elle les décida à partir.

Monsieur B***, qui connaissait Pierre Clerc, libraire d’ancien à Montpellier, et savait pouvoir compter sur son aide, lui téléphona : Ne pose pas de questions. Tu me fous 2000 livres de tout venant dans ton camion et tu débarques. Je t’expliquerai. Je ne vous dis pas le remue-ménage dans la librairie la nuit du samedi. Tous les beaux livres furent emballés et transportés en lieu sûr. Le dimanche matin, les rayons étaient vides. À onze heures, Pierre Clerc arriva, épuisé par le chargement et le voyage. On lui donna de quoi se restaurer et se reposer. Pendant qu’il dormait, la fine équipe tapissa les murs de romans policiers à quatre sous, de livres pour enfants fatigués, de collections dépareillées, bref un incroyable méli-mélo d’ouvrages sans valeur ou de valeur moyenne, dont moi dans cette catégorie. Le dimanche soir, les rayonnages étaient remplis de ce que l’on appelle, dans la profession, de la drouille.

Mardi, à la première heure, qui sonne à la porte ? Mitterrand ! Lequel avait décidé, ce matin-là, de laisser de côté les problèmes de la France pour faire le tour de ses libraires préférés. Vous imaginez son étonnement.

– Mais qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qui s’est passé ?

J’étais trop loin pour entendre les explications fournies, mais elles durent être singulièrement fumeuses.

Même si mon séjour fut court dans cette librairie, j’ai eu le temps d’entendre quelques belles histoires. Un autre président de la République, Giscard d’Estaing, avait acheté à Daniel Sagenès un livre qui coûtait trois cents francs (moins de cinquante euros). La secrétaire particulière de ce président téléphone pour demander s’il est possible d’avoir une remise. Daniel Sagenès répond :

– Écoutez madame, je ne peux pas faire une remise de trente francs à un président de la République, mais je peux lui offrir le livre.

La secrétaire n’insiste pas et le chèque arrive peu après. Quand Daniel raconte l’histoire à Mitterrand, qui faisait aussi partie de ses clients, celui-ci sourit et dit :

– Oh ! c’est un Auvergnat.

Mitterrand payait ses livres, mais il a toujours eu des problèmes avec l’argent liquide. Son entourage sut très tôt que si l’on se trouvait à quinze au restaurant, il fallait, pour l’addition, diviser par quatorze. Ce n’était pas de la pingrerie, mais une sorte de mépris aristocratique pour ces questions de monnaie qu’on laisse aux manants. Dans les librairies, cela donnait lieu à des scènes cocasses quand il venait avec un ministre.

– Jack, vous n’avez pas deux mille francs sur vous ?

Le ministre de la Culture essayait bien de se défiler, sachant que la mémoire du souverain était parfois défaillante en matière de remboursement, mais il finissait par s’exécuter. La vie de courtisan n’est pas toujours drôle.

Un autre Jacques en fit un jour la cruelle expérience. François Mitterrand discutait de Pierre Benoît avec un jeune libraire en formation. Ses goûts, en effet, le portaient vers les auteurs de sa jeunesse et de son milieu d’origine, Pierre Benoît, Pierre Loti, Bernanos, Claudel, Drieu La Rochelle, Gide, Mauriac, en majorité des écrivains de droite correspondant à l’univers d’où il venait, avec des incursions chez Vallès, Zola, Aragon. Il semble qu’il ait réussi à consacrer du temps à la lecture, notamment pendant les vacances, au milieu du tracas des affaires.

Le jeune libraire parlait avec un certain enthousiasme de l’auteur de L’Atlantide. Derrière le Président, l’une de ses éminences grises, gros pondeur de volumes, ironisait. Mitterrand marque un temps d’irritation. Le jeune libraire continue de disserter avec fougue et le conseiller-courtisan continue d’ironiser. Mitterrand se retourne brusquement :

– Attali, vous m’emmerdez !

La surprise fut d’autant plus forte que ce manque d’urbanité n’était pas dans ses habitudes.

Une autre fois, le Président demande au même jeune homme – appelons-le Benoît pour ne pas le compromettre – ce qu’il pense d’Aragon. Celui-ci écarte rapidement les objections sur le stalinisme appuyé et d’autres comportements douteux du chantre d’Elsa, pour expliquer, exemples à l’appui, qu’il s’agit de l’un des plus grands prosateurs de la langue française. Quinze jours plus tard, le même Benoît, assis devant sa télévision, a la surprise d’entendre le chef de l’État, interrogé, comme par hasard, sur Aragon, ressortir presque mot pour mot, ce qu’il lui avait dit.

Ce matin d’automne où monsieur B*** se battait les flancs pour expliquer à son visiteur pourquoi les rayons étaient remplis de livres sans valeur, mon destin bascula à cause de mon titre et de ma couverture. J’étais au sommet d’une pile de livres pas encore rangés. Mitterrand fit le tour des rayons, apparemment dégoûté, feuilleta quelques livres parmi les moins répugnants, hésita un peu, tendit la main vers moi et dit, avec une allusion évidente à l’Auvergnat :

– Vous me ferez bien une petite ristourne.

Monsieur B***, qui connaissait l’écriture et la signature de Giscard d’Estaing, s’amusa à rédiger un ex dono avec deux fautes d’orthographe volontaires : À François Mitterrand à qui je souhaite de réussir là où j’a échoué : en faisant le doubler. Valéry Giscard d’Estaing, ancien Président de la République.

Une heure plus tard je me retrouvais dans la bibliothèque de la rue de Bièvre où j’ai passé environ deux ans. J’y ai entendu des choses pas piquées des hannetons. Je suis ensuite parti en direction de la bibliothèque municipale de Nevers.

 

SUR LA SUPPRESSION DE CE CHAPITRE 

L’éditeur n’aimait pas ce chapitre et j’ai accepté de l’ôter. Ce qui suppose quelques explications. J’ai accepté, cette demande de l’éditeur parce que j’allais moi-même dans ce sens, sans tout à fait me résigner. On tombe toujours du côté où l’on penche. Quand j’écris, je pense à éviter tout ce qui vieillit trop rapidement le livre. Parmi ces éléments se trouvent les allusions à l’actualité. Quel lecteur saura dans dix ans qui était Attali, Lang, et dans cinquante qui était Mitterrand ? Qui pourra savoir à quoi correspond l’allusion tirée de la rue Mazarine ? 

Sur ce point, je travaille comme Stendhal qui se refusait au succès facile et immédiat qu’obtient toujours une référence à l’actualité. Ce comportement est bien mis en évidence dans l’introduction du tome I de la nouvelle édition des œuvres romanesques de Stendhal dans la Pléiade. Stendhal n’écrit pas en pensant à ses relations ou au public de son temps. Il gomme même tout ce qui est trop proche de l’actualité. Il est classique dans la mesure où il se situe dans l’intemporel. C’est à partir de là que l’on peut comprendre ce qu’il dit à plusieurs reprises : que la politique dans un roman est comme un coup de pistolet dans un concert. Le propos est paradoxal puisque ses romans sont bourrés jusqu’à la gueule de politique. Il faut donc comprendre par « la politique » la « politique politicienne », la politique qui se réfère au débat du jour, à tout ce qui sera oublié demain, qui est la pâture du journaliste et non celle du romancier. 

Cette intervention de l’éditeur n’est pas exceptionnelle. Très peu de romans paraissent tels qu’ils sont arrivés dans la maison d’édition. Comme je ne veux pas bouleverser ma table des matières, je remplace ce chapitre 22 par un chapitre sur Dostoïevski et sur l’amitié. Le point de départ est une remarque de Patrick Cauvin l’auteur de la Préface. Il me dit qu’il aurait imaginé que ce livre, non content de discuter la nuit avec les autres livres, se fait un ami. Je n’avais pas donné suite. Je décide de suivre le conseil de Cauvin pour remplacer le chapitre supprimé sans changer la table des matières, mais en choisissant Dostoïevski. Quelques ajustements avec l’éditeur et c’est bouclé. Il me reste, pour faire le lien, à modifier le début du chapitre suivant qui porte sur la bibliothèque de Nevers à laquelle Mitterrand a donné presque tous les livres qu’il a reçus avec leurs dédicaces. Car je tiens à ce chapitre. Mais là encore, je vais fonctionner comme expliqué plus haut. Dans ce chapitre, j’aurais pu aussi obtenir un « succès d’actualité » en citant les noms puisque j’en disposais. Le nom de cet auteur qui joue les anarchistes et dédicace flagorneusement son livre au Président aurait sans doute fait sourire. Idem pour pratiquement tous les textes que je cite. Mais, je préfère rester dans la généralité ayant choisi de ne pas être journaliste (qui écrit pour le jour même). 

« Même si j’avais été physiquement en état de me promener dans Paris ces jours d’émeute [mai 68], je n’en aurais rien tiré pour le roman [Les Poneys sauvages]. La fiction a de précautionneux rapports avec l’actualité. Il est rare qu’elle sache en parler. Elle doit la dépasser ou l’ignorer ».

Le Pilon, Paul Desalmand

 

« Le pilon. Le pire qui puisse arriver à un livre. Une énorme bécane qui vous broie, triture, lacère, éparpille dans un vacarme effroyable. Venu du papier, vous retournez au papier. Et pour aboutir à quoi ? A du papier d’emballage ou des magazines, parfois d’autres livres. Le livre qui va au pilon. Le plus souvent, il n’est même pas né. Il n’a jamais été sorti de son carton. Ou s’il en est sorti, c’est pour y retourner vite fait, le libraire en ayant assez de le voir trainer sur ses présentoirs. La plupart n’ont vu la lumière du jour que durant quelques secondes, car avec les nouvelles techniques, il n’y a même plus de temps de séchage. Ce n’est pas mon cas. J’ai vécu, j’avoue que j’ai vécu. ». (page 128) 

Un livre, dont nous ne connaitrons ni le titre, ni l’auteur, est le narrateur de ce roman. En 35 chapitres, il raconte sa vie, de l’entrepôt à sa fin en Afrique, en passant par la librairie, la bibliothèque, les lecteurs et lectrices… Une vie pleine de rebondissements pour un petit roman truffé de citations et autres références littéraires.

Ecrit de façon franche par un auteur qui n’a plus à prouver sa maitrise de la langue française, « Le Pilon » est préfacé par Patrick Cauvin, autre amateur de belles lettres, qui se trouve, d’après ce que l’on comprend, être le voisin de Paul Desalmand.

 

Je ne l’ai pas lu comme un roman – peut-être parce qu’il ne m’aurait, sinon, pas fallu trois heures, et qu’une vie entière (fût-ce celle d’un livre) ne peut s’envisager sur si peu de temps. Les chapitres sont autant d’épisodes délectables, tantôt drôles, tantôt instructifs.

Ce petit livre est une belle découverte, passée presque inaperçue à sa sortie en 2006.

 

Quelques chapitres sont proposés à la lecture ici.

http://Avez-vous déjà lu un blog ?, Frankie Ventana

Cette note ne s’annonce pas simple. D’abord, parce qu’elle ne rentre dans aucune des catégories existantes ; et je ne vais pas en créer une spécialement pour elle, car aucun autre ouvrage ne l’y rejoindrait (à moins que ne soient un jour publiées les œuvres complètes de Sophielit).

Avec le titre de ce livre, je m’attendais à un journal de bloggeur, ou un essai sur les blogs. Quelques confrères blogo-lecteurs m’ont confirmé par posts interposés qu’il ne s’agissait pas de cela, mais bien d’un recueil des chroniques parues sur le blog de l’auteur, « Les tribunations de Frankie » (voir aussi son site). Ces chroniques sont regroupées en 4 thèmes – femmes improbables, éternel, pourquoi eux ?, sociologie – et se lisent donc comme des chroniques, une à une de temps en temps, et non pas à la suite.

J’y découvre que Frankie est une femme, et que, comme Alain Delon, elle parle d’elle à la troisième personne. Je n’y vois aucune prétention, je connais bien ce travers frôlant parfois la schizophrénie auquel peut pousser un blog lorsqu’on s’y créé une autre personnalité.

Certaines chroniques sont intéressantes, instructives, fortes d’une vraie prise de position : les autres le sont moins parce que trop pleines de bons sentiments et d’opinions convenues – ou hésitantes, comme « Paris, une citadelle oubliée », qui entraîne le lecteur à la découverte des origines de la capitale mais le laisse sur sa faim en ne donnant qu’une phrase d’explication pour chaque rue, malgré l’accumulation des artères évoquées. Trop ou trop peu, l’auteur n’a pas choisi. On annonçait « culture alternative », j’ai trouvé cela plus descriptif qu’engagé.

Mais je n’ai sûrement pas été objective, car une chose m’a gênée tout au long de la lecture : les fautes. D’orthographe, de grammaire, de construction, et même de ponctuation et de casse… Ce qui peut passer sur un blog, régi par des règles tacites de réactivité voire d’urgence (néanmoins, si j’en fais, vous avez le droit de me le faire remarquer, et de corriger), n’est pas acceptable dans un livre qui reste – et est supposé avoir été relu. Même la préface s’ouvre sur une splendide faute de conjugaison… Désolée, mais ça, ça ne pardonne pas – en tout cas moi, je ne pardonne pas.

The Ghost Writer, Roman Polanski

Une fois n’est pas coutume, je vais ici vous parler d’un film, mais d’un film qui parle de livres. Du moins, d’un livre en particulier, une autobiographie, celle de l’ancien premier ministre britannique campé par Pierce Brosnan, dont l’auteur vient de mourir dans des circonstances pour le moins suspectes. Cet auteur est le fameux ghost writer qui donne son titre au film (nègre, en français, mais la traduction rapide par ‘écrivain fantôme’ faite fréquemment est également intéressante).

Le nègre se retrouve remplacé par un autre, qu’incarne Ewan Mc Gregor.

Le film de Polanski, adapté du roman de Robert >Harris (« L’homme de l’ombre ») est sublime, d’un rare esthétisme de la première à la dernière minute. Les acteurs sont tous formidables – mention spéciale pour Kim Cattrall qui réussit à faire oublier qu’elle était Samantha dans Sex and the city.

Il est surtout l’occasion de parler de cette profession particulière qui est celle des nègres. Ce tabou sort de plus en plus de l’ombre, aidé par ce film et un autre – « L’autre Dumas » – sorti récemment ; Katherine Pancol évoque également ce sujet dans « Les yeux jaunes des crocodiles ».

D’après des sources variées (mais a priori fiables) sur la toile, Érik Orsenna (pour François Mitterrand), Patrick Rambaud, Loup Durand (pour Paul-Loup Sulitzer), Bruno Telienne (connu sous le nom de Basile de Koch) sont devenus auteurs au grand jour après avoir écrit dans l’ombre d’un autre. Jacques Chirac et Zinedine Zidane ont fait paraître leur texte, respectivement  mémoires et autobiographie, en les co-signant (Zizou partageant la couverture de « Zidane, le roman d’une victoire » avec Dan Franck). Marie-Thérèse Cuny a co-écrit tous les ouvrages de pierre Bellemare, ainsi que d’autres (les témoignages de Barbara Samson et de Nathalie Schweighoffer, entre autres).

En revanche, d’autres n’avoueront jamais que leur œuvre ne leur est pas due… et je trouve cela dommage, car qu’un homme politique n’ait pas le temps d’écrire cinq ouvrages pendant son mandat peut aisément se comprendre sans que cela n’enlève à son mérite (valable également avec un sportif, à qui on ne demande pas de savoir pondre de la littérature)

Bref, je suis pour ma part favorable à ce que les nègres soient publiquement reconnus !

De naissance, Mercedes Deambrosis

     

 

Constance de la Courtille et Jacquet, mariée depuis deux ans, semble dans l’incapacité de donner un descendant à son époux, Hugues-Marie de la Héronnière. Lorsque celui-ci faute avec la domestique, Constance voit là la solution à leurs problèmes. Ravalant sa fierté, elle fait de l’enfant – une fille, prénommée Madeleine – la sienne…

Avec « De naissance », Mercedes Deambrosis signe un texte très court, selon le parti pris par les Editions du Moteur qui publient ces petits livres. Mais la quantité n’empêche pas la qualité, et ce poncif trouve ici une très belle illustration : l’écriture de Mercedes Deambrosis est riche et travaillée, les personnages sont pétris de failles plus ou moins assumées, l’intrigue qu’elle propose soulève des questions universelles – ce que l’on est [et ce que l’on naît !], ce que l’on parait, ce que l’on devient, les cases dans lesquelles on entre et les conditions, très limitées, qui permettent d’en sortir…

« De naissance » est un texte à lire d’une traite.

Top 20 2009

Mieux vaut tard que jamais (mais comme je ne l’avais pas annoncé ici, personne ne m’en fera le reproche), voici ma sélection des 20 livres sortis en 2009 qu’il faut absolument avoir lus [dont 4 mentions vraiment spéciales en orange], et voici pourquoi :

Les heures souterraines, Delphine de Vigan  > parce que la solitude se partage

Les insomniaques, Camille de Villeneuve  > parce que le plus intéressant dans les grandes familles est ce qu’il y a derrière les apparences

Ce que je sais de Vera Candida, Véronique Ovaldé  > parce que l’imaginaire est un excellent moyen pour faire passer les choses douloureuses de l’existence

Dis oui Ninon, Maud Lethielleux  > parce qu’on peut être à 9 ans plus lucide que les adultes (et aussi rien que pour le bonheur d’entrer dans l’univers de Maud)

Lait noir, Elif Shafak  > parce que donner naissance à des livres n’empêche pas de donner la vie

Influenza, Eric Marchal  > parce que je lui ai décerné le Prix Carrefour du Premier roman !

Sonate de l’assassin, Jean-Baptiste Destremau  > parce que c’est l’autre vraie découverte du Prix Carrefour du Premier roman 2009

Pour vous, Dominique Mainard  > parce que l’affection, l’amour ne peuvent se monnayer

L’avant-dernière chance, Caroline Vermalle  > parce qu’elle a été révélée par le prix Nouveau talent 2009, et qu’elle l’a bien mérité !

Les visages, Jesse Kellerman  > parce que l’art a parfois des origines douteuses

Le sens de la famille, A. M. Homes  > parce que les recherches généalogiques peuvent faire un roman

Mauvaise fille, Justine Lévy  > parce que la fille de a bien grandi et qu’elle est devenue une écrivain à part entière, qui s’affranchit de son patronyme et se livre avec finesse

Love & Pop, Ryû Murakami  > parce que le Japon, ce n’est pas que les sushis

Paris-Brest, Tanguy Viel  > parce que chaque famille a ses histoires

Mille jours à Venise, Marlena de Blasi  > pour découvrir Venise autrement

Ce qui était perdu, Catherine O’Flynn  > parce qu’on ne sait pas toujours ce qu’on cherche

Les invités, Pierre Assouline  > pour le plaisir d’une soirée parisienne avec ses faux-semblants

Mausolée, Rouja Lazarova  > parce qu’on ne sait finalement pas grand-chose de la Bulgarie et de ses enfants

Sauver sa peau, Lisa Gardner  > pour le plaisir de se faire peur avec un polar

Le touriste, Olen Steinhauer  > parce qu’il y a aussi des agents secrets parmi les agents secrets
 

Parmi eux,

12 romans français (dont 5 premiers romans)

11 ouvrages découverts dans le cadre du Prix ELLE

8 ouvrages étrangers, donc traduits

5 romans policiers

3 documentaires

3 romans découverts dans le cadre du Prix Carrefour

Vous l’aurez compris, si vous ne les avez pas déjà dévorés, je vous les recommande chaudement !


PS : c’est mon avis, hein ! Il n’engage que moi

L’aire du Muguet / La jeune fille et la mort, Michel Tournier

« L’aire du Muguet » est située sur l’autoroute A6, entre Lyon et Paris, non loin de Pouilly-en-Auxois. Pierre et Gaston, routiers de leur état, s’y arrêtent systématiquement. Un jour, Pierre y aperçoit Marinette, dont il tombe amoureux. Au volant de son semi-remorque, il se sent prêt à tout pour la revoir, ailleurs que sur cette aire de repos d’autoroute, quitte à entrainer avec lui Gaston et à tenter l’impossible…

« La jeune fille et la mort » précède « L’aire du Muguet » dans ce petit livre. Mélanie Blanchard est une jeune fille qui, pour tromper l’ennui, se risque à des expériences que d’aucuns jugeraient traumatisantes. Si elle commence par manger des citrons, friande de leur acidité, elle s’essaye bientôt à des jeux beaucoup dangereux…

Michel Tournier, auteur de « Vendredi ou la Vie sauvage », a reçu le Prix Goncourt en 1970 pour « Le Roi des Aulnes » avant de devenir membre de l’Académie Goncourt l’année suivante (il en fait toujours partie). Il a un talent fou pour dépeindre de façon légère et avec poésie des tragédies du quotidien. Ici, leurs points communs sont la campagne, la routine ou l’ennui, et l’envie d’un peu plus d’extraordinaire. Même si elles ne sont pas toujours drôles, ces nouvelles, extraites du recueil « Le coq de bruyère » permettent de rêver et de s’évader – une prouesse pour deux textes dans lesquels la mort n’est pas loin.

5 questions à Carl Aderhold

La Belle Mauve, Teodoro Gilabert