Zola Jackson, Gilles Leroy

 

Zola Jackson est une institutrice qui vit seule avec son chien, dans la Louisiane des bayous et des maisons de bois.

Zola Jackson a perdu il y a quelques années son fils unique, tellement brillant, dont elle acceptait difficilement l’homosexualité, ou du moins le compagnon.

Et voilà que l’eau monte, autour de sa maison.

et

Nous sommes en août 2005, l’ouragan s’appelle Katrina.

Les secours finiront par arriver, et avec eux les photographes, et Sean Penn.

 

« Venez maintenant. Arrivez tout de suite ! » implore la femme du Coréen.

« Nous n’avons plus de place, répond la voix amplifiée, il faut d’abord charger les malades et les infirmes recensés. Prenez soin de vous jusqu’à demain, et que Dieu vous protège. »

La voix vient d’une barge à moteur. Ils ont des projecteurs à bord et balaient la surface noire de l’eau, ce qu’il reste des façades blanches réduites en copeaux, en sciure bientôt. Ce sont les garde-côtes, enfin. Ils ont des gilets orange et gris à bandes fluorescentes.

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Dans le ciel, ils sont arrivés par dizaines et ils ont tourné, e midi à minuit, des hélicoptères venus non pas nous sauver mais plutôt assister à notre fin : il faut croire que n’importe quelle chaîne de télévision, fût-elle à l’autre bout du pays, était assez organisée et riche pour voler jusqu’à nous et réussir là où le gouvernement de la première puissance au monde échouait. On savait bien qu’ils ne nous aimaient pas, nos dirigeants. Mais à ce point, non : notre esprit n’était pas assez noir pour imaginer un degré pareil d’indifférence. »

 

J’ai été bluffée par la force de ce roman, finaliste du Prix Orange du Livre 2010, et dont l’auteur a reçu en 2007 le Prix Goncourt pour « Alabama Song », qui se déroule dans l’état voisin.

La force, oui, car ce texte est fait de vérité et de dénonciation. Pendant 140 pages, le lecteur est Zola Jackson, avec une intensité d’identification qu’il est rarement donné de trouver dans la littérature. Dans les phrases de Gilles Leroy, il y a la moiteur de la Louisiane, et les cris des oiseaux, les épices et les reflets sur l’eau. On sent que l’homme aime le territoire et ceux qui l’habitent ; qu’il en comprend d’autant moins, comme nous tous, le désintérêt, la lâcheté des pouvoirs publics au moment du drame.

« Zola Jackson » est un roman utile ; il répare, dans une certaine mesure mais avec style et majesté, avec tact et humanité, l’inconcevable injustice de cet été 2005.

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3 réflexions sur “Zola Jackson, Gilles Leroy

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