Une vie qui n’était pas la sienne, Juan José Millas

Laura et Julio forment un couple des plus banals.

Leur voisin Manuel est un écrivain sans œuvre, fils de diplomate, à l’abri du besoin financièrement.

Malgré la gêne que ressent Julio vis-à-vis de Manuel, ce dernier est peu à peu devenu l’ami du couple.

Un jour, Manuel est victime d’un accident.

Il est à l’hôpital, dans le coma, et son absence marque le début des perturbations dans le couple.

 

Présentation de l’éditeur

« La vie des êtres humains repose sur un mythe, une légende, un mensonge. »

Chassé du domicile conjugal, Julio se réfugie secrètement dans l’appartement de son voisin. Là, il modifie jour après jour sa manière d’être, son regard sur Laura, sa femme, et sur le monde. Après l’appartement, le lit, la cuisine, la salle de bains, Julio s’approprie les vêtements du voisin, se glisse dans ses chaussures, met son parfum et finit par entrer dans son… ordinateur. Il découvre alors que son voisin s’est depuis longtemps immiscé dans sa propre vie, bien au-delà de ce qu’il voyait. La vie prend soudain pour Julio une tout autre couleur.

Une vie qui n’était pas la sienne est une histoire d’amour, inédite. C’est un récit intense et précis, qu’il est impossible d’abandonner tant, dans le jeu de miroirs, on a envie de savoir qui dit vrai, qui aime qui, qui est qui.

« La fiction devient plus réelle que la réalité. À tel point que vie rêvée et vie réelle se superposent. Millás participe de la riche tradition littéraire espagnole et de la lignée des maîtres, Cervantès bien sûr. » – Le Matricule des Anges.

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Dans le cadre du Jury littéraire 2010, la direction du livre de la Fnac m’a fait parvenir 4 ouvrages à lire et à commenter avant leur sortie. Parmi eux, « Une vie qui n’était pas la sienne » est mon coup de cœur.

Ce roman traduit de l’espagnol est un jeu de miroirs entre les êtres et entre les lieux. Le matériel, l’espace est un personnage à part entière. La plume de Juan José Millas, considéré comme l’un des plus grands écrivains espagnols contemporains (son œuvre a été récompensée à maintes reprises par des prix littéraires), nous emmène imperceptiblement vers l’étrange, avec cette histoire qui pourrait bien se dérouler sur le palier voisin. Distance et proximité, mystère et familiarité, contrastes permanents, voilà la force de ce roman, et ce qui nous perturbe aussi. Car le corollaire est la froideur du ton, parfois, que l’intrigue justifie, et qui participe des émotions qui naissent à la lecture de ce texte assez court.

Emotions et images, voilà ce que je retiens de ce beau petit roman très accessible.

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EXTRAIT

Ce soir-là, Manuel portait un blue-jean, une chemise blanche et une veste noire. Même si ce n’était pas une chemise de sport et que, au goût de Julio, il eût fallu lui ajouter une cravate, elle lui allait bien, apportant quelque chose d’aléatoire à l’ensemble. Manuel donnait toujours l’impression d’avoir ôté sa cravate quelques minutes auparavant même s’ils ne lui en verraient jamais aucune. Par sa façon de s’habiller, de se mouvoir ou de parler, il laissait entendre qu’il venait d’un lieu plus élevé même s’il avait été capable de se mettre à la hauteur de cet autre dans lequel il venait de tomber.

Peu après que Julio se fut mis à table, Manuel observa avec un brin de malice le couple et dit qu’ils semblaient frère et sœur.

— On dirait que vous êtes frère et soeur.

Mais voyant leur désarroi comme s’ils ignoraient si c’était un compliment ou une critique, il ajouta d’un ton naturel qu’il était partisan de l’inceste et que tout amour était, au fond, incestueux.

— Nous tombons amoureux de ce qui nous est familier. Ne me regardez pas comme ça. Si j’avais eu une soeur, je l’aurais séduite ou je me serais laissé séduire par elle.

Ses affirmations les plus extravagantes étaient toujours énoncées sur un ton ironique, aussi son interlocuteur se demandait-il s’il parlait sérieusement.

Manuel était mince et souple comme un fil d’acier. Sa tête avait quelque chose d’une ampoule fixée à un bout de ce fil, parce qu’elle était grosse et toujours éclairée par une lumière venant d’une pensée aussi délicate que la résistance d’une lampe. Il donnait parfois l’impression que la résistance, après avoir vibré subtilement, fondait. Mais elle ne se reposait que pour resplendir ensuite plus intensément.

Après le dîner, ils étaient passés dans la partie de la salle de séjour où il y avait un canapé et deux fauteuils assortis. Julio se souvenait de Manuel, le verre de vin à la main (un vin apporté de chez lui), disant « vous avez un canapé et deux fauteuils assortis » sur un ton d’étonnement amusé et de désapprobation qui le blessa. Julio était décorateur et n’ignorait pas qu’il s’agissait d’un mobilier conventionnel, mais c’était ce qui convenait le mieux pour meubler cet espace. Par la suite, chaque fois que Manuel se présentait chez le couple pour boire un verre ou voir un film en leur compagnie et s’installait à un bout du canapé comme le fœtus dans l’utérus, Julio faillit lui rappeler sa remarque ironique au sujet des meubles, mais sans jamais le faire.

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2 réflexions sur “Une vie qui n’était pas la sienne, Juan José Millas

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