5 questions à Fabrice Humbert

Professeur de lettres, Fabrice Humbert a reçu le premier Prix Orange du Livre pour L’Origine de la violence en 2009.

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Son quatrième roman, La fortune de Sila, vient de paraître aux Editions Le Passage et est très remarqué parmi les sorties de cette rentrée littéraire.

Il figure également sur la première liste du Prix Médicis 2010 publiée le 17 septembre.

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http://fabricehumbert.canalblog.com/

 

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« J’ai besoin de revenir régulièrement aux grands écrivains. »

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1. VOUS ET la lecture ?

  

Je lis beaucoup, de façon assez diversifiée. Etant enseignant, je lis beaucoup pour mon travail (lectures de programmes, essais critiques). Pour mon plaisir, je dévore des essais, et, bien sûr, de la littérature.

J’aime par exemple beaucoup Balzac, Nabokov, Céline. J’ai besoin de revenir régulièrement aux grands écrivains. Et par ailleurs, je cherche aussi de grands narrateurs (ce qui n’est pas synonyme de grand écrivain : on peut être un grand écrivain sans écrire « d’histoires »), ce qui n’est pas si facile à trouver.

J’ai toujours un livre en cours, dans lequel j’avance plus ou moins vite.

J’achète mes livres – je passe mon temps dans les librairies. Je ne les emprunte pas, ni ne les prête. Je ne les maltraite pas non plus ; il peut m’arriver de souligner des passages d’un essai informatif, mais c’est tout.

Je n’ai jamais lu de livre électronique. Ce sujet est un vaste débat. Je crois – c’est évident – à l’avenir de cette technologie, fantasmée et crainte. Je ne pense pas qu’il fasse pour autant disparaitre le livre papier. La grande inconnue est la part que l’un prendra par rapport à l’autre. Cela sera déterminant, notamment pour les libraires.

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2. VOUS ET les livres ?

  

J’ai relu dernièrement « Crime et châtiment ». Côté nouveauté, j’ai lu et aimé le roman de Philippe Forest, « Le Siècle des nuages » ; j’ai rencontré l’auteur, et je m’efforce de lire ce qu’écrivent ceux que je vais rencontrer.

J’ai découvert également « Le monde des mafias – Géopolitique du crime organisé », de Jean-François Gayraud, commissaire divisionnaire de la police nationale. Je le lis en ce moment. C’est un essai  très intéressant, que j’ai lu après « Gomorra » de Roberto Saviano.

Je lis également « Purge » de Sofi Oksanen, et je prévois de relire « Le Procès » de Kafka.

Il y a des auteurs que je suis parce qu’ils éveillent ma curiosité. C’est le cas de Michel Houellebecq. En revanche, je ne lis pas un livre parce qu’il a le Goncourt. Les prix sont là pour attirer l’attention sur un auteur, puis on achète – ou non.

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3. VOUS ET l’écriture ?

  

J’écris le matin quand je ne travaille pas – c’est-à-dire le week-end, pendant les vacances… C’est le moment que je préfère, quand on est encore assez neuf.

Je n’ai besoin d’aucun environnement ni rituel particulier, il me faut simplement du calme, et mon ordinateur. J’écris directement sur clavier, je gagne beaucoup de temps depuis que je fonctionne comme cela. Je ne connais pas de phase de prise de notes mais plutôt une phase d’accumulation : plus cette phase est longue et intense, plus il y aura d’énergie ensuite pour la rédaction. Pendant cette période, je suis une éponge, j’absorbe énormément – une scène dans la rue, une phrase, une rencontre.

C’est une fonction d’assimilation, je n’ai presque plus d’idées propres, je réfléchis ce qu’il y a autour de moi.

Cette phase peut durer des mois, ou des années. Pour « L’origine de la violence », elle a représenté toute ma vie à partir du moment où j’ai appris l’histoire de mon grand-père.

Pour « La fortune de Sila », certains passages sont nés de phases de documentation très concrètes. Cela faisait longtemps que je voulais faire un roman sur l’ambition ; la finance est un milieu que j’observe depuis 10 ans (et le monde des riches, depuis 20 ans).

Je me lance dans la rédaction lorsque j’ai la scène initiale et un certain nombre d’éléments sur la suite, pas nécessairement organisés.

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« Je voulais un blog pour avoir les retours des lecteurs. »

4. VOUS ET Internet ?

  

C’est Etienne, l’un de mes anciens élèves, qui a créé et anime mon blog. Je voulais un tel support pour avoir les retours des lecteurs. Je réponds toujours aux mails et aux réactions, même si c’est parfois tardivement.

Pour « L’origine de la violence », j’ai eu des retours passionnants, parfois très émouvants. Des lecteurs m’ont révélé de vrais secrets, qu’ils n’avaient jamais avoués à quiconque. Le côté anonyme permet et favorise cela – on écrit à l’auteur d’un livre davantage qu’à une personne.

Quand les gens vous offrent ce qu’ils ont de plus intime, vous savez qu’ils ont été touchés.

Ce phénomène est passionnant.

Pour ce qui est des critiques, je suis tenu informé par ma maison d’édition. En revanche, je vais moi-même voir les blogs. J’essaye de ne pas prendre trop à cœur ce que l’on écrit au sujet de mes romans : il y a toujours une forme d’incompréhension entre ce que l’auteur a voulu dire et la façon dont cela est réceptionné par le lecteur – d’abord, parce que l’auteur n’est pas forcément parvenu à ce qu’il voulait faire, ensuite, parce que la lecture est une déformation, une transformation. L’interprétation prend le dessus dès qu’une activité critique se met en place.

Pour moi, la seule attitude possible est de ne pas répondre, même en cas de désaccord. Et je n’ai jamais été vraiment attaqué (pas encore du moins) : ni dans la presse, car les journalistes ne parlent que de ce qu’ils ont aimé (seuls les auteurs très connus ont le droit de se faire descendre), ni sur les blogs (si la parole y est plus libérée, aussi bien en positif qu’en négatif, il semble que les bloggeurs aient dans l’ensemble aimé ce que je fais).

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« Ecrire est ma vocation première… »

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5. VOUS ET vos projets ?

Mon activité d’enseignement m’empêche de faire tous les salons (sinon, mes pauvres élèves se trouveraient face à un fantôme le lundi matin !). Je suis toutefois à Nancy ce week-end, et j’ai également quelques dates prévues en librairies : le 1er octobre au Furet du Nord (Lille), et dans le courant du mois à la Librairie de Paris. J’aime beaucoup ce type de rencontres.

« L’origine de la violence » est sorti en poche au mois d’avril, et a reçu le Prix des Grandes Ecoles au printemps ; la vie de ce roman n’est donc pas finie.

Je travaille en ce moment à son adaptation en scénario. C’est une activité difficile, très différente de l’écriture d’un roman, car je ne procède pas par scènes mais par narrations brèves (« récits rapides », en critique), ce qui ne convient pas pour l’écran. Les réflexions doivent du coup être transformées ou condensées en une image… C’est Elie Chouraqui qui réalisera le film.

Certains livres sont plus faciles à adapter que d’autres – c’est le cas de « La fortune de Sila », par exemple, dont les références sont autant cinématographiques que littéraires. Qui plus est, la structure de ce roman est cinématographique.

Ecrire est ma vocation première, tandis qu’enseigner est une vocation qui s’est révélée en enseignant ; je suis heureux de pouvoir cumuler les deux.

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