Bifteck, Martin Provost

 

« Chez Plomeur, à Quimper, on est boucher de père en fils.

Dès sa puberté, en pleine guerre de 14, André, fils unique de Loïc et Fernande, développe un don très particulier, celui de faire « chanter la chair » – et pas n’importe laquelle : celle des femmes qui viennent faire la queue à la boucherie Plomeur, dans l’espoir de goûter au plaisir suprême. André assume gaiement et avec talent le devoir conjugal des absents partis au front.

Mais l’armistice survient et les maris reviennent.

Un matin, André trouve devant la boucherie un panier en osier avec à l’intérieur un bébé.

Puis un deuxième, un troisième, un quatrième… sont déposés devant sa porte.

Du jour au lendemain, voilà André père de sept enfants et poursuivi par un mari jaloux décidé à lui nuire !

Afin de protéger la chair de sa chair pour qui il se découvre un amour infini, il décide de prendre la mer et de rallier les lointaines Amériques.

En chemin, la remuante tribu échoue sur une île déserte… »

. 

Martin Provost est un homme de cinéma. On le connaît notamment pour Séraphine (avec Yolande Moreau), et récompensé en 2009 par 7 César. Bifteck est son troisième roman. C’est un texte très court, et à sa lecture on imagine déjà le film qui pourra en être tiré, tant les images naissent avec facilité.

Des rebondissements en pagaille, du loufoque qui tend au merveilleux, de l’humour à chaque page et des vérités grandes ou petites, des bons mots et des subtilités de langue…

.

Martin Provost est né à Brest, et son histoire sent bon la Bretagne. Plus globalement, il sent bon la vie qu’on aime, celle d’une petite ville, avec ses commérages et autres médisances, avec sa boucherie, poumon entouré d’artères, sa cathédrale et les secrets qu’elle cache… Pour cela, « Bifteck » est une image de carte de postale de la France de l’entre-deux-guerres.

C’est surtout une plongée hilarante dans le monde de la boucherie, qui n’échappe pas à certains clichés, servie par un héros improbable, André Plomeur, dont le premier mot prononcé fut « bifteck ». C’est enfin un conte dont la chute, pas si attendue que cela, compose une version ingénieuse de l’histoire de la globalisation…

Un délicieux morceau de lecture, de la première à la dernière bouchée.

. 

« La carotte chez Plomeur, c’était la garniture du bœuf, pas le plat de résistance. Tout le monde savait la sous-préfète assez proche des bêtes pour s’empêcher de les servir en sauce. De mauvaises langues disaient que c’était un prétexte et qu’elle servait aux repas officiels des soupes et des gratins, des potées, des quiches et des flamiches parce qu’elle était radine. On allait jusqu’à dire qu’elle se gardait les biftecks pour elle. C’était ne pas voir que le cœur de Solange saignait à chaque fois qu’on égorgeait un mouton, un cochon ou un bœuf. » (page 29)

Publicités

10 réflexions sur “Bifteck, Martin Provost

  1. Pingback: Bifteck de Martin Provost « Je Lis, Tu Lis, Il Lit

  2. Bonjour,
    Moins enthousiaste que vous, malgré les évidentes qualités de ce « roman »… Je me suis permis de mettre votre article en lien sur la page où je parle de Bifteck, si vous n’y voyez pas d’inconvénient.

    J'aime

  3. Pingback: Mon calendrier de l’avent | Sophielit

  4. Pingback: Livre de Poche, février 2012 : le choix de Monsieur | Sophielit

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s