5 questions à Laurent Binet, Prix Goncourt du Premier roman 2010

Né en 1972 à Paris, Laurent Binet est agrégé de lettres modernes. Il a enseigné en Slovaquie puis en Seine-Saint-Denis. Depuis cette rentrée, il se consacre entièrement à l’écriture, notamment via le journalisme littéraire.

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Son premier roman, HHhH, a reçu le 2 mars dernier le Prix Goncourt du Premier roman.

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« J’ai tendance à sacraliser les livres, et c’est une tendance que je combats. »

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1. VOUS ET la lecture ?

Je dois lire environ une dizaine de livres par mois. J’ai beaucoup d’auteurs de prédilection et la liste serait trop longue, de Shakespeare à Bret Easton Ellis. En ce moment, je lis beaucoup de romans américains, et je dois dire que je les trouve très forts.

Comme de nombreux lecteurs, je crois, j’ai tendance à sacraliser les livres, et c’est une tendance que je combats : ce qui compte dans un livre, c’est le contenu, pas le contenant, mais je ne peux pas m’empêcher d’apprécier l’objet, et je suis toujours un peu triste quand je découvre qu’un de mes livres a été abîmé, corné, déchiré, mouillé, même s’il est encore parfaitement lisible. En revanche, je les annote quasiment tous : ce sont mes livres, je n’ai pas l’intention de les revendre, donc je n’ai pas de scrupule à les surligner. J’ai presque toujours un surligneur sur moi. J’aime bien l’idée que si je reprends un livre, même des années plus tard, je vais pouvoir retrouver tout de suite les passages qui m’ont semblé importants ou les citations qui m’ont semblé intéressantes.

Je crois à l’avenir du livre électronique, je pense même qu’il a déjà un présent mais je retiens aussi l’optimisme d’Umberto Eco qui dit que le livre papier est un objet parfait, comme la roue ou la cuillère, qu’on ne peut pas améliorer. J’aime bien l’idée de pouvoir télécharger les œuvres complètes de Michelet sur mon iPhone, mais j’aime encore plus avoir mon bon gros bouquin papier à la plage. Je pense que les deux peuvent et vont coexister.

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« En temps que praticien, ça m’intéresse de savoir ce que font les autres romanciers. »

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2. VOUS ET les livres ?

Dernièrement, j’ai lu Apocalypse bébé de Despentes et Journal intime d’une prédatrice, de Philippe Vasset. Je suis en train de lire un livre sur la guerre du Péloponnèse, de Victor Davis Hanson, et en même temps La Fortune de Sila, de Fabrice Humbert, (que je connais très bien puisque par une étrange coïncidence, c’est mon voisin !…) J’ai prévu de lire un livre de Jonathan Franzen parce que Bret Easton Ellis, que je viens d’interviewer et que j’admire beaucoup, m’a dit qu’il avait été très impressionné par le dernier livre de cet écrivain (Freedom, qui n’est pas encore sorti en France).

« Je suis effaré par le nombre de romans qui ne se renouvellent absolument pas, qui n’apportent rien au genre. »

Auparavant, en temps que prof de lettres, je ne lisais que des auteurs morts, à quelques exceptions prêts, et je m’intéressais assez peu à l’actualité littéraire. Aujourd’hui, c’est différent, en temps que praticien, ça m’intéresse de savoir ce que font les autres romanciers, comment ils parviennent, ou non, à maintenir en vie un genre, le roman, que j’ai toujours eu tendance à considérer comme dépassé depuis les années30, mettons 50… Or, je me rends compte qu’il ya des romanciers formidables, vivants, qui parviennent à faire évoluer le genre, à le renouveler et à le révolutionner, ce qui est la condition nécessaire à la vitalité de n’importe quel genre littéraire ou artistique. Mais je suis également effaré par le nombre de romans qui ne se renouvellent absolument pas, qui n’apportent rien au genre, qui ne sont que des énième variations de livres qu’on a vu mille fois, des scénarios de téléfilm, une histoire, des personnages, une intrigue, un bon vieux narrateur-qu’il-ne-faut-surtout-pas-confondre-avec-l’auteur, un début et une fin, et hop, emballés ! ces bons vieux romans réalistes psychologiques, comme si le roman balzacien était une forme indépassable – alors justement qu’elle est complètement dépassée ! Je trouve qu’il ya beaucoup trop de vieilleries, y compris parmi les auteurs qui se croient hyper modernes alors qu’en fait ils ne prennent aucun risque.

Quant aux livres primés, non, je ne les lis pas spécialement. J’avais lu Les Bienveillantes avant qu’il obtienne le Goncourt. Inversement, j’ai lu récemment la Bataille de Patrick Rambaud, mais le prix remontait à des années auparavant, ce n’est donc pas ce qui m’avait motivé..

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3. VOUS ET l’écriture ?

J’écris quand je le sens, je ne me force jamais, et je n’ai aucune règle. Cette absence de discipline me rend, je dois dire, assez peu productif.

Je suis passé au clavier il y a déjà pas mal de temps, après avoir pensé que jamais, au grand jamais… J’aimais bien écrire sur mon petit cahier avec mon joli Parker, mais j’avoue que le clavier, c’est quand même très pratique, et puis de toute façon, taper son texte est une étape obligée alors autant le faire directement, ça gagne du temps.

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« Les blogs, il y a un côté très démocratique et en même temps très bordélique. C’est beaucoup plus marrant et beaucoup plus méchant que ce qu’on peut lire dans les médias traditionnels. »

4. VOUS ET Internet ?

J’aime bien ce fourmillement de blogs, il y a un côté très démocratique et en même temps très bordélique. C’est beaucoup plus marrant et beaucoup plus méchant que ce qu’on peut lire dans les médias traditionnels parce que la parole est complètement libérée, pour le meilleur et pour le pire. Parfois, je suis sidéré par la bêtise et parfois ébloui par l’intelligence des internautes.

Je suis sensible à ce qu’on dit sur moi : je suis flatté quand c’est élogieux et vexé quand ça ne l’est pas. Parfois je suis vraiment en colère quand je trouve que la critique est de mauvaise fois ou à côté de la plaque. Cela peut me gâcher un peu ma journée. Mais c’est la règle du jeu, il faut l’accepter. Je m’interdis toujours de répondre, que ce soit pour rectifier ce que je considère comme un contresens, une erreur ou un mensonge, ou bien pour remercier quelqu’un qui m’a fait une belle critique à laquelle j’ai été sensible ou qui m’a intéressée. Déjà que je passe trop de temps à traîner sur le net, si en plus je commence à répondre quand on parle de moi, ensuite je vais attendre la réponse à ma réponse, et ainsi de suite, je ne m’en sortirai plus, c’est un truc à devenir fou très vite, je pense.

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5. VOUS ET vos projets ?

Ecrire n’a jamais été mon occupation principale mais cela devrait le devenir puisque cette année j’ai arrêté d’enseigner. Je fais beaucoup de salons du livre, j’ignorais qu’il y en avait autant (à vrai dire, comme un bon parisien, je pensais qu’il n’y en avait qu’un !…)

J’ai en tête mon prochain livre, ce sera une sorte de polar sémiologique. Je viens d’écrire la première page la semaine dernière, ça m’a fait drôle, je me suis rendu compte que cela faisait très longtemps que je n’avais plus écrit (de livre). En fait, j’avais oublié à quel point c’est une sensation agréable. En même temps, je me sens au pied d’une montagne. Je considère que mon projet est très ambitieux et j’ai peur de ne pas être à la hauteur de mes ambitions.

Parallèlement, je fais des articles sur l’actualité littéraire et des interviews d’écrivains, ce qui m’oblige à lire beaucoup plus de littérature contemporaine qu’auparavant.

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5 réflexions sur “5 questions à Laurent Binet, Prix Goncourt du Premier roman 2010

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