Corps, Fabienne Jacob

« Je demande rien, j’obtiens beaucoup. Elles me disent plus qu’à un médecin, plus qu’à une sœur, une meilleure amie. Au fur et à mesure des séances, elles racontent. » (page 35)

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Si Monika est esthéticienne, on n’est pas ici dans Vénus Beauté Institut. Point de cancans et de révélations scabreuses, pas de confessions osées ni de tergiversations sur la forme du maillot. Amateurs de scandale et de grand spectacle s’abstenir.

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S’il y a bien des femmes, un institut de beauté, des mains expertes, tout dans « Corps » n’est que sensibilité – et non-dits. Il y a ce que les femmes avouent, timidement et au bout de plusieurs visites, à la faveur de l’intimité de la cabine ; il y a aussi, surtout, ce que leur corps dit d’elles, dit pour elles.

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Cela confère à l’universel féminin, et à l’universel tout court si bien que j’ai commencé à relever un nombre incalculable de phrases avant de m’arrêter de crainte de recopier l’intégralité de ce petit livre (158 pages en petit format).

« Presque aucune des femmes qui viennent ici n’aime son corps. Les magazines qu’elles lisent à l’entrée sont remplis de corps de femmes qui n’existent pas. Elles veulent avoir le même, elles aussi, un corps qui n’existe pas. Leur corps à elles existe c’est ça le problème. Trop, à leur goût. Il se rappelle à elles tout le temps elles ne peuvent l’oublier une seconde. Il leur sort de partout leur corps, par le ventre, par les cuisses. Elles payent pour oublier qu’elles en ont un. Parfois elles hésitent à le montrer. J’ai froid, je préfère garder mon tee-shirt, elles disent. C’est pas vrai je le sais, elles veulent pas se montrer, c’est tout. » (pages 34-35)

L’idée de « Corps » est venue à Fabienne Jacob en fréquentant les instituts de beauté : « On reste une heure, on est à poil, on se confie », dit-elle. Elle s’est donc mise dans la peau d’une femme que la profession rend « détentrice de secrets ». S’y ajoute la propre histoire de Monika, cette femme au prénom suédois qui n’a jamais vu la Suède mais se l’est si souvent représentée à cause de ce « k » que ses parents se sont offerts parmi ces trois syllabes, cette femme qui n’est pas un prétexte ou un faire valoir, mais dont l’hisoire a autant d’importance que celles des femmes qu’elle touche.

La prose de Fabienne Jacob, dont le manque de virgules peut parfois dérouter autant qu’une absence de respiration, tend à la poésie.

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Corps figure sur la première liste du Prix Femina 2010 annoncée il y a deux semaines.

« Dans le train les stations ont des noms de batailles ou de martyrs, on se laisse porter on est pris en charge. Sa vie au milieu de celle des autres, trimballée entre deux stations parmi les martyrs, les batailles, quelles vies elles trimballent, on se demande, elles, les autres, celles qui sont assises à côté, on les côtoie deux minutes quarante-cinq minutes, la main sur la barre métallique, le regard dans le vide d’une matinée de bureau. » (page 29)

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Une réflexion sur “Corps, Fabienne Jacob

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