Du plomb dans le cassetin, Jean Bernard-Maugiron

Victor, le narrateur, travaille de nuit comme correcteur de presse dans un grand journal régional. Comme le buvard l’est d’encre, il est tellement imprégné de son métier que les 10 premiers chapitres (sur les 17 que compte ce petit livre d’à peine plus de 100 pages) commencent par cette phrase : « Je travaille de nuit comme correcteur de presse dans un grand journal régional. »

Pourquoi seulement les 10 premiers chapitres ? Parce que ce sont ceux passés à explorer le métier par les yeux d’un homme, avec une entreprise, des collègues, des revendications pas toujours bien comprises, et une absence de recul tendre et émouvante.

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« Les patrons, on les a longtemps bien tenus. Ils nous craignaient, nous les ouvriers du livre, et ils avaient des raisons. Comme le dit Jean-Pierre qu’a fait l’histoire à l’université, il ne faut pas oublier que ce sont les typos qu’ont lancé la révolution de 1830. Ils ont aussi été parmi les premiers à se regrouper en sociétés en syndicats, en mutuelles pour créer des caisses de secours et de retraite et imposer leur tarif aux maîtres imprimeurs. »

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Et ensuite… Ensuite, les choses commencent à dégénérer côté personnel, cela rejaillit sur le plan professionnel pour tendre vers la folie.

Le final est mélancolique, mais avant cela, le drôle tourne au désopilant.

Cela fait de ce tout petit livre une bouffée d’air frais – et un plaisir dont on aurait tort de se priver.

Ps : Le travail qui rend fou, l’avenir incertain des métiers traditionnels du livre et de la presse… Ca vous dit quelque chose ? Moi, je range cet ouvrage dans ma bibliothèque juste à côté d’un autre aux mêmes dimensions : Le bureau vide, de Frank de Bondt.

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Et quant au métier de correcteur…

« Les fonctions du correcteur sont très complexes. Reproduire fidèlement le manuscrit de l’écrivain, souvent défiguré dans le premier travail de la composition typographique; ramener à l’orthographe de l’Académie la manière d’écrire particulière à chaque auteur; donner de la clarté au discours par l’emploi d’une ponctuation sobre et logique; rectifier des faits erronés, des dates inexactes, des citations fautives; veiller à l’observation scrupuleuse des règles de l’art; se livrer pendant de longues heures à la double opération de la lecture par l’esprit et de la lecture par le regard, sur les sujets les plus divers, et toujours sur un texte nouveau où chaque mot peut cacher un piège, parce que l’auteur, emporté par sa pensée, a lu, non pas ce qui est imprimé, mais ce qui aurait dû l’être: telles sont les principales attributions d’une profession que les écrivains de tous les temps ont regardée comme la plus importante de l’art typographique. »

(pages 44-45, mais surtout extrait original de la Lettre adressée à l’Académie française par la Société des correcteurs des imprimeries de Paris en juillet 1868)

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2 réflexions sur “Du plomb dans le cassetin, Jean Bernard-Maugiron

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