5 questions à Delphine Bertholon

 

Née en 1976 à Lyon, Delphine Bertholon est l’auteur de trois romans : Cabine commune, Twist (Prix Ciné Roman Carte noire 2009) et L’effet Larsen, paru à la rentrée littéraire 2010.

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Delphine Bertholon écrit également des scénarios pour le cinéma et la télévision.

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« Lorsque je travaille sur un roman, j’évite… les romans ! L’écriture de l’autre me perturbe. »

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1. VOUS ET la lecture ?

J’ai toujours beaucoup lu, depuis l’enfance – je crois que c’est un goût que l’on prend petit. Ensuite, j’ai fait des études de lettres, qui m’ont offert une culture classique et de grandes révélations, dont Henri Michaux, qui m’a sans doute transmis le virus de la métaphore !

Aujourd’hui, j’ai des phases de lecture compulsive, précisément quand je n’écris pas. Lorsque je travaille sur un roman, j’évite… les romans ! L’écriture de l’autre me perturbe. Mais je peux lire des essais, de la documentation en rapport avec mon sujet, voire de la poésie… J’ai besoin de mots, mais pas de fiction. Ou alors, cinématographique. Je vais beaucoup au cinéma, quand j’écris.

Avec mes bouquins, je suis de nature collectionneuse. J’aime posséder l’objet, m’y référer si besoin, le (sa)voir dans ma bibliothèque. Je les prête volontiers, mais gare si on ne me les rend pas… ce qui arrive souvent ! Le racheter, c’est différent de l’exemplaire qu’on a lu – avec nos marques, nos souvenirs… Un peu comme un doudou de remplacement : ça ne marche pas.

J’aime trop l’objet-livre pour imaginer un avènement du livre numérique, une exclusivité du format. C’est un outil passionnant, encore trop cher, mais formidable en termes de capacité, de volume de documentation lorsqu’on est en voyage, par exemple. Pour autant, j’imagine mal qu’il puisse devenir la norme, en tout cas pour la littérature… Mais je me sais naïve ! Je souffre déjà de l’e-mail, qui a détrôné si vite la lettre manuscrite… Je me bats, j’envoie de très longues cartes postales !

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2. VOUS ET les livres ?

Cette rentrée, j’ai lu Alice Kahn de Pauline Klein (Allia), un joli texte sur le regard, et Enlèvement avec rançon d’Yves Ravet (Minuit), un étrange polar familial qui m’a frappée par la sècheresse de son écriture, une obsession du détail mixée à d’intenses zones d’ombres…

Je viens de terminer le Bret Easton Ellis, lequel m’a un peu déçue, pourtant je suis une grande fan – j’ai fait mon mémoire de maîtrise sur American Psycho

Le prochain ? A coup sûr le nouveau Régis Jauffret.

J’avoue, je lis peu de littérature française contemporaine, mais je suis une inconditionnelle : j’adore son sens de l’image, sa sensibilité presque féminine ; sa méchanceté, aussi. Je suis davantage portée sur la littérature étrangère – anglo-saxonne bien sûr, asiatique (Haruki Murakami en tête) et, de plus en plus, venue d’Europe du Nord. Le même mouvement s’opère avec le cinéma, d’ailleurs.

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« Avec L’effet Larsen, dont c’est en partie le sujet, j’ai pour la première fois travaillé avec des boules Quiès, pour voir la sensation que cela faisait. »

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3. VOUS ET l’écriture ?

Je suis cahier ET clavier. Je prends des notes à la main, mais je rédige sur ordinateur. Pour ce faire, j’aime être chez moi, au calme, sans personne, sans musique. Mais ensuite, j’imprime et je retravaille beaucoup à la main, sur papier… au café ! Là, c’est l’inverse ; le bruit me stimule et m’aide à me concentrer. D’ailleurs, je n’ai jamais réussi, étudiante, à travailler dans les bibliothèques, dont le silence me paralysait. C’est également dans les cafés que je lis le mieux. Avec L’effet Larsen, dont c’est en partie le sujet, j’ai pour la première fois travaillé avec des boules Quiès, pour voir la sensation que cela faisait. C’est une drôle d’habitude que je vais garder.

« La valeur de « prescription » des bloggeurs est de plus en plus importante. »

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4. VOUS ET Internet ?

Je ne suis pas une grande « geek » et, hormis un Facebook qui permet aux gens de me donner leurs impressions s’ils en ont envie, je passe peu de temps sur Internet. En revanche, je suis très sensible aux blogs littéraires, car ils sont tenus par de vrais lecteurs, des passionnés. Il y a une démocratisation de la critique, une liberté de parole loin des contingences médiatiques, qui profite au public autant qu’aux auteurs. Un avis négatif fait toujours mal, parce qu’on donne beaucoup de soi dans un livre, mais chaque avis positif est une merveilleuse surprise. Et puis, on sait bien qu’on ne peut pas toucher tout le monde, même si on le voudrait… Finalement, c’est tant mieux. Le contraire signifierait que nous sommes tous semblables, et sensibles aux mêmes choses, ce serait déprimant !  Que les bloggeurs aiment ou non votre travail, c’est toujours intéressant – parce que sincère. Et leur valeur de « prescription » est de plus en plus importante.

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5. VOUS ET vos projets ?

La rentrée littéraire est un job à plein temps ! Jusqu’à la fin de l’année, je me partage entre les salons (je serai en novembre à Brives et à Toulon), les dédicaces en librairie, la presse… Et un scénario de long-métrage, une comédie.

Je retravaille aussi un texte auquel je tiens particulièrement et que j’espère voir bientôt publié… Mais chaque chose en son temps. Je ne suis pas encore repartie dans un grand projet littéraire ; il me faut toujours quelques mois de deuil, afin qu’un nouveau personnage, une nouvelle histoire vienne s’incarner…

Se nourrir – et vivre un peu.

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5 réflexions sur “5 questions à Delphine Bertholon

  1. C’est agréable d’avoir cette interview qui me culpabilise de n’avoir toujours pas lu l’Effet Larsen, pourtant à portée de main. Je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer depuis la « rentrée » mais je vais l’ouvrir …

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  2. Pingback: Le soleil à mes pieds, Delphine Bertholon | Sophielit

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