Les vies extraordinaires d’Eugène, Isabelle Monnin

La quatrième de couverture de ce premier roman d’Isabelle Monnin, journaliste au Nouvel Obs, n’affiche que deux phrases : « Un père et une mère après la mort d’Eugène, six jours. L’un se perd dans une enquête, l’autre imagine les vies extraordinaires de son fils. »

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Il m’en a fallu plus pour me décider à lire ce livre. C’est finalement l’argumentaire de l’éditeur qui m’a convaincue :

« On sait peu de choses d’elle. Pas son prénom. Juste qu’elle a décidé de ne plus parler, « puisqu’il n’y a plus rien à dire », qu’elle coud le même modèle de pantalon en velours rouge dans toutes les tailles, de 6 mois à 102 ans, qu’elle surnomme ses parents Lucha mama et Dalaï papa et qu’autrefois elle imitait Bourvil pour le faire rire. De lui, on sait qu’il prépare le marathon de New York, qu’il est historien et qu’il s’est donné une mission : pour que sa compagne retrouve la parole, il doit faire le récit de l’histoire d’Eugène. Eugène est leur fils. Il est mort à l’âge de six jours. Mais comment raconter une si courte vie ? A-t-il existé, lui qui n’a pas vécu ? Le père d’Eugène n’a pas d’imagination mais de la méthode. Il se lance dans une enquête. La traque pragmatique de ce qu’aurait dû être la vie d’Eugène. Il cherche ses « aurait dû » partout. Jusqu’à la crèche qu’il aurait dû fréquenter où il dérobe la liste des enfants qui auraient dû devenir les copains de son fils. Le voilà qui espionne, sur Internet ou dans les rues d’un quartier populaire de Paris, les familles de ces petits. Pendant une année, il tient le journal de cette enquête. Et il s’entraîne pour le marathon sur un tapis de course installé dans leur appartement. Pendant qu’il court, la mère d’Eugène glisse des morceaux de velours rouge dans sa machine à coudre et se raconte en silence les vies héroïques de son glorieux fils. Livre de deuil, Les Vies extraordinaires d’Eugène est le récit de l’absurdité et de la puissance de la vie. »

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Malgré tout, je ne savais pas ce que j’allais trouver dans ces pages. La critique me semblait positive, mais quel jour décider de commencer la lecture d’un texte sur un tel thème ?

Et je me suis lancée – je ne l’ai pas regretté.

Car ce roman n’est pas sombre, malgré la dureté du sujet. La narration, sous forme de journal, donne du rythme et rend la lecture très facile. La construction aussi, avec des textes dans le texte, fichiers créées par le père au fur et à mesure de son enquête, plans et documents divers.

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Surtout, ce roman est très sensible. J’ai été étonnée d’avoir avant tout le point de vue du père, mais peut-être que c’est ce choix qui permet tant de recul, et des constats aussi frappants. « Deux mois, plus jeune que le nôtre, ça me fait bizarre que des bébés aient continué à naître après. » (page 117)

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Le père, donc, décide décrire ce que la vie de son fils a été, et ce qu’elle aurait du être.

« L’histoire de notre fils.

Notre fils est né le 17 novembre 2007. Il est mort le 23 novembre de la même année.

C’est un peu sec. Rajouter les heures et quelques détails. »

Un an plus tard, l’homme est allé au bout de son entreprise.

« Souvenirs, statistiques, relations sociales et généalogie. Tout y est, à part Eugène. […] Ca ne mène nulle part, mais il fallait le faire. »

La vie reprend le dessus, toujours. Qu’on le veuille ou non – et c’est pour ça que c’est aussi bien de décider de continuer à vivre, même après le deuil.

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Les livres sur le sujet sont nombreux – la mort d’un enfant, la mort d’un proche.

Rarement le résultat est de cette teneur, exempt de pathos, pas dénué d’humour pour autant, capable de captiver le lecteur autant qu’une enquête d’une autre nature… Le travail romanesque est ici remarquable, et on sent l’appétit de l’auteur pour les histoires – tout ce qui concerne la famille du narrateur, ses parents le salon du livre, etc. aiguise la curiosité.

On en aurait voulu plus dans ces « Vies extraordinaires » – on espère que ce sera pour le prochain.

5 réflexions sur “Les vies extraordinaires d’Eugène, Isabelle Monnin

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