5 questions à Léonora Miano

Née en 1973 à Douala au Cameroun, Léonora Miano réside en France depuis 1991. Elle est l’auteur de 5 romans : « L’intérieur de la nuit », Contours du jour qui vient (Prix Goncourt des Lycéens 2006), « Les aubes écarlates », « Tels des astres éteints ».

Le dernier en date, Blues pour Elise, est le début d’une série sous-titrée « Séquences afropéennes ».

 

http://www.leonoramiano.com/

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« Pendant longtemps, j’ai écrit mon nom sur la première page des livres. »

1. VOUS ET la lecture ?

J’ignore ce qu’est la « lecture compulsive »… L’expression véhicule une idée de pathologie qui me déplaît un peu. Je lis beaucoup, sans pouvoir dire combien de livres je lis par mois, ceci étant très variable.

En période d’écriture intense, je ne lis pas de fiction mais des essais, un peu de poésie parfois.

J’achète des livres neufs ou d’occasion. Je n’aime pas prêter mes livres et préfère offrir ceux que je souhaite partager.

Je n’annote pas tout, j’évite de corner les pages. La simple vision de mes livres autour de moi me rassure, me réchauffe.

Pendant longtemps, j’ai écrit mon nom sur la première page. J’ai cessé de le faire sans m’en apercevoir. Je lis lentement. Il y a quelques années, j’ai découvert la sensation étrange que procure le fait de lire des livres qu’on n’a pas choisis (je suis jurée de prix littéraires). Ce n’est pas toujours agréable et cela vous remplit d’aigreur lorsque l’ouvrage vous déplaît.  Mais quand le livre est beau…

J’attends de voir le livre informatique s’installer. Je n’ai pas d’idée a priori.

2. VOUS ET les livres ?

Les derniers livres que j’ai lus : « Gerring to happy », de Terri McMillan (offert par une copine qui venait de lire mon Blues pour Elise), « La grande drive des esprits » de Gisèle Pineau, « Où j’ai laissé mon âme » de Jérôme Ferrari.

Je lis actuellement « Dahij », de Felwine Sarr.

Le prochain sur ma liste est « Salut à vous! », de Bernard Ruhaud, sélectionné pour un des prix auxquels je participe en tant que jurée. Je ne l’ai donc pas choisi.

En dehors des livres qu’il me faut lire pour les prix, je ne lis que ce qui m’intéresse. Je lis rarement les textes au moment où les médias en parlent parce que je suis généralement occupée à lire autre chose. Par ailleurs, tout ne me fait pas envie dans l’actualité littéraire.

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« La musique m’influence beaucoup. J’ai écrit longtemps avec le sentiment que quelque chose d’essentiel manquait à mes textes. C’est un cours d’improvisation en jazz vocal qui a résolu le problème. »

3. VOUS ET l’écriture ?

Mon rythme d’écriture n’est pas une histoire de moment de la journée ou de période de l’année… Quand un roman est entamé, il faut le terminer. Autrement, on n’est disponible pour rien d’autre. Il me semble.

Mon support ? Clavier quand je suis chez moi, cahier en voyage. Ce que je préfère, tout de même, c’est travailler chez moi. Je ne suis pas très productive en voyage.

J’écris dans la solitude, mais toujours en musique. Ce n’est pas une manie à mon sens. Le mot manie n’est pas très positif. Or, la musique, c’est beau.

Je ne comprends pas la question concernant l’influence.

Je ne crois pas que mes lectures influencent ma manière d’écrire. A moins de « copier », on ne s’aperçoit pas toujours de l’influence des livres qu’on a lus. Surtout si on a beaucoup lu.

La musique, en revanche, m’influence beaucoup.

Comme beaucoup d’auteurs, j’ai écrit longtemps avec le sentiment, en me relisant, que quelque chose d’essentiel manquait à mes textes. Quelque chose qui me permette, non pas seulement de raconter des histoires singulières, mais de développer une esthétique particulière.

C’est un cours d’improvisation en jazz vocal qui a résolu le problème. Je ne suis pas devenue une grande improvisatrice, loin de là, et je n’ai fait que souffrir dans cette classe, mon niveau en théorie musicale étant nul à l’époque.

Pourtant, ce que j’y ai appris (et que je continue à comprendre des années plus tard) a totalement débloqué mon écriture. L’enseignement du professeur, Mme Michelle Hendricks, sa manière de nous faire entrer dans la musique et, surtout, d’accorder de l’intérêt à nos individualités, tout cela m’a ouvert les portes de moi-même.

Il m’a fallu du temps pour atteindre ce moment. J’avais trente ans, cette année-là. J’ai toujours écrit des chansons, ressenti la musique, mais j’ai un peu commencé à la voir au sein de cette classe de chant jazz. Même si j’imagine que cela ne signifie rien pour la plupart des gens, voir la musique.

Depuis, j’apprends à la comprendre de mieux en mieux, sans qu’il s’agisse forcément de connaissances techniques.

La structuration de mes textes doit toujours quelque chose à la musique. J’écris en musique, en écoutant de la musique. Et je suis à la recherche d’un rythme, d’une cadence, d’un souffle musical. Les personnages ont un phrasé, un son. Il m’est arrivé de les percevoir comme des instruments de musique. C’est le cas dans « Les aubes écarlates », par exemple.

Je pourrais écrire une page là-dessus… Ce que je dirai pour conclure, c’est que je pense à Michelle Hendricks tous les jours. Encore aujourd’hui.

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4. VOUS ET Internet ?

J’ai créé ce site internet d’abord pour répondre aux nombreuses lettres d’étudiants et de lycéens me faisant l’honneur de produire des travaux à partir de mes romans. Ils posaient souvent les mêmes questions et je n’avais pas toujours le temps de leur retourner des courriers individuels. Le site rempli donc toujours sa mission initiale d’information sur mes livres et sur mon univers de manière plus générale. Il permet à des personnes se trouvant hors de France d’entrer en contact avec moi, à des structures de tous ordres qui n’auraient pas forcément retenu l’attention de mon éditeur, de me faire des propositions. Je pense notamment aux établissements scolaires.

C’est donc un outil très utile. J’en consulte la messagerie quotidiennement si je le peux, mais je ne m’occupe pas vraiment du site.

Internet me sert essentiellement pour communiquer. Je n’aime pas lire sur un écran et ne lis donc pas vraiment la presse en ligne.

Les parutions des blogs me sont signalées comme le sont les articles de presse relatifs à mes livres. Je les lis lorsque j’en ai connaissance, mais n’y suis pas plus sensible qu’à d’autres écrits portant sur mes romans.

 

« Ecrire est plus que mon occupation principale : c’est mon mode de vie et mon engagement premier. »

5. VOUS ET vos projets ?

Ecrire est plus que mon occupation principale : c’est mon mode de vie et mon engagement premier. Je n’ai pas d’autre activité, puisque je n’aurais sans doute pas chanté si je n’avais pas écrit. Même si cela peut sembler étrange. Le chant me permet de raconter des histoires autrement, d’explorer une autre forme d’écriture.

J’espère proposer « Paris’ Boogie », la suite de « Blues pour Elise », à la rentrée 2011.

J’espère aussi commencer à enregistrer Sankofa Cry au printemps 2011. C’est le répertoire de chansons que j’ai consacré aux subsahariens déportés pendant le traite transatlantique.

L’année 2011 verra aussi la création de Mood Swing, pièce mise en scène par Eva Doumbia, à partir d’une section de « Blues pour Elise ». Nous y travaillons ensemble.

Il y aura aussi des ateliers d’écriture en Afrique.

Donc, beaucoup de projets, tous liés à l’écriture.

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