5 questions à Hugo Boris

 

BORIS Hugo

Subject: BORIS Hugo – Copyright: Patrice NORMAND/Opale – Date: 20130307-

Né à Paris en 1979, Hugo Boris a fait des études de sciences politiques puis de cinéma (il a réalisé une dizaine de films courts). Il travaille à l’EICAR – The International Film School of Paris, où il coordonne la pédagogie du Département international.

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Il a publié trois romans, tous chez Belfond : Le Baiser dans la nuque (2005), La Délégation norvégienne (2007) et Je n’ai pas dansé depuis longtemps, paru en 2010.

 

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« J’ai un grand amour pour les conteurs. »

1. VOUS ET la lecture ?

J’ai un grand amour pour Guy de Maupassant. J’aime aussi beaucoup Michel Tournier, Alessandro Baricco… Des conteurs.

J’ai rencontré Michel Tournier il y a quelques années dans son presbytère, dans l’Essonne. Je lui ai demandé quel conseil il donnerait à quelqu’un voulant écrire. Il m’a répondu : « Lire. Beaucoup. » Il a raison. La peinture ne s’apprend pas seulement en regardant la nature, mais d’abord en observant comment les peintres ont peint la nature. Le jour où vous comprenez cela, vous vous sentez un peu trahi, mais c’est tellement vrai.

« J’ai peur de ne pas avoir assez d’une vie pour lire tout ce que je souhaite. »

2. VOUS ET les livres ?

Je les achète pour les garder près de moi, je les abîme, j’écris dessus, je les corne, je les aime. J’ai peur de ne pas avoir assez d’une vie pour lire tout ce que je souhaite.

Je ne suis que de très loin l’actualité littéraire. C’est qu’il y a des romans de Zola que je n’ai pas encore lus !

Tout de même, je viens de lire Le Testament français d’Andreï Makine, qui m’a beaucoup ému. Vous voyez, je n’ai que quinze ans de retard.

Ah si ! plus récemment j’ai lu Romance nerveuse de Camille Laurens, une merveille.

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« Écrire occupe l’esprit nuitamment, réveille les rancunes, les peurs oubliées, tyrannise le sommeil, la digestion et l’amour. »

3. VOUS ET l’écriture ?

Je remets le texte sur le métier un millier de fois. Je le fais relire presque tout autant. On ressent à l’égard du roman, lorsqu’il est publié, un sentiment de paternité : vous le regardez, il est beau, il pèse 314 grammes, vous doutez presque qu’il est de vous. Mais avant, lorsque vous l’écrivez, c’est une maternité.

J’ai toujours été énervé par ces écrivains qui disaient : « J’ai écrit ce roman avec mes tripes ». Mais c’est vrai ! Vous souffrez, vous dormez mal, vous y pensez tout le temps. Il m’est arrivé souvent de modifier des tournures de phrases à des moments les plus inattendus, la nuit dans un demi-sommeil, ou serré dans une rame de métro… Une femme enceinte n’a pas que le ventre d’accaparé. Ce serait commode. Non, regardez ses joues, ses fesses, ses paupières gonflées, son regard brillant, ses jambes, ses reins cambrés, sa peau, sa poitrine : son ventre proéminent, c’est l’arbre qui cache la forêt.

Écrire occupe l’esprit nuitamment, réveille les rancunes, les peurs oubliées, tyrannise le sommeil, la digestion et l’amour. Écrire ou mettre au monde, c’est encore une histoire de corps.

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« Le problème, c’est qu’Internet n’oublie pas. »

4. VOUS ET Internet ?

Je ne me sens pas très à l’aise avec Internet. Maintenant, vous ne pouvez plus faire la moindre rencontre littéraire sans être filmé et posté sur tel ou tel blog. On ne vous demande même plus si vous êtes d’accord, comme si cela allait de soi. Je ne crois pas qu’il soit sain de tout archiver.

Le problème, c’est justement qu’Internet n’oublie pas. Un papier dans Télérama, Libération ou Ouest France finit par être oublié, alors que sur Internet, tout reste. Or une société, pour fonctionner, a besoin de l’oubli. Sans compter qu’Internet est un grand défouloir. Il m’est arrivé d’être attaqué très violemment et de manière anonyme. Avec parfois des coups en dessous de la ceinture. C’est très étrange, la méchanceté… Je ne suis jamais intervenu.

Heureusement, d’autres internautes ont toujours pris ma défense.

Maintenant je ne vais plus voir ce qui se raconte à mon sujet. Je n’arrive pas à m’endurcir, alors je me protège ainsi.

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<< Ou tu parles de ce que tu es en train d’écrire, ou tu écris… >>

5. VOUS ET vos projets ?

Un jour, lors d’une rencontre avec Marie Desplechin à la bibliothèque Baudoyer à Paris, on m’a posé cette même question. Je m’apprêtais à y répondre mais elle m’en a empêché. Elle m’a dit : « Ou tu parles de ce que tu es en train d’écrire, ou tu écris, mais tu ne peux pas faire les deux ».

J’aime bien Marie Desplechin.

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5 réflexions sur “5 questions à Hugo Boris

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