5 questions à Harold Cobert

“Tout a été dit, mais comme personne n’écoute, il faut toujours répéter.” C’est sur cette phrase d’André Gide que démarre l’entretien avec Harold Cobert, émaillé de citations que l’écrivain énonce comme d’autres disent bonjour.

Né en 1974, titulaire d’un doctorat ès lettres, Harold Cobert a notamment consacré une thèse à Mirabeau.

Après le succès d’ Un hiver avec Baudelaire, le roman L’Entrevue de Saint-Cloud est paru en 2010 aux éditions Héloïse d’Ormesson et a remporté à l’automne dernier le Prix du Style.

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« Un livre, je le fais vivre, je dialogue avec lui. »

1. VOUS ET la lecture ?

Je lis entre un et trois livres par semaine ; je lis vite, et surtout la nuit. Quand un livre m’ennuie, j’arrête, mais je ne condamne pas un livre tout de suite – au contraire, je m’acharne un peu. Il y a des moments pour lire certains livres, on peut être prêt ou ne pas l’être. J’ai ainsi essayé plusieurs fois d’entrer dans « Le Testament français » d’Andreï Makine (Prix Goncourt 1995) – en vain, donc j’ai laissé tomber. Je considère qu’on ne peut pas se permettre d’ennuyer le lecteur, son temps est trop précieux, c’est une question de politesse envers lui.

Mes auteurs de référence sont nombreux : au XVIIème siècle, La Rochefoucauld. Au XVIIIème, Voltaire, Mirabeau – dont la littérature pornographique est à hurler de rire -, Vivant Denon et sa nouvelle libertine « Point de lendemain », Laclos, Au XIXème, Baudelaire, Maupassant, Oscar Wilde, pour le côté aphoristique, Dostoïevski dont je relis les « Frères Karamazov » tous les ans à Pâques (le sujet de la trinité y est traité de façon fascinante, il est impossible de préférer l’un des trois frères). Au XXème, Hermann Hesse avec « Narcisse et Goldmund », Céline dont on parle beaucoup ces temps-ci…

Chez nos contemporains, Bret Easton Ellis, et côté français, Stéphanie Hochet et Tatiana de Rosnay.

Je lis les livres neufs. J’ai souvent prêté mes livres, on ne me les a jamais rendus – ce qui est d’autant plus étonnant que je note toujours sur la deuxième de couverture mon nom, ainsi que la date et le lieu d’achat ; on n’arrache tout de même pas la couverture des livres !?

J’ai un rapport d’exclusivité et de possession avec les livres, alors que je ne l’ai avec rien d’autre de matériel. Un livre, je le tords, je l’annote, je le fais vivre, je le trimballe partout, je dialogue avec lui. J’ai toujours un livre avec moi.

Je ne me sers pas encore du livre électronique. Ce sera très pratique pour les manuels scolaires, mais je pense que je resterai vieux jeu – car le premier geste que je fais quand j’ai un livre entre les mains, c’est de le renifler, de sentir l’odeur de l’encre…

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« Houellebecq est un vrai témoin de la société – même si sa manière de l’évoquer peut être critiquée. »

2. VOUS ET les livres ?

Dernièrement, j’ai lu « Maria » de Pierre Pelot, « Mr » d’Emma Becker, « Un fauteuil pneumatique rose au milieu d’une forêt de conifères » de Thibault Lang-Willar, « Rose » de Tatiana de Rosnay, « Apostille au Crépuscule » de Michel Onfray, « Miroirs » de Gérard de Cortanze, et j’ai relu le classique « Croc-Blanc » de Jack London. Je pratique la lecture-zapping, j’ai toujours plusieurs livres entamés en même temps.

J’ai prévu de lire le dernier Houellebecq. Après la déception des « Particules élémentaires », « Extension du domaine de la lutte » m’a beaucoup plus. Mais c’est avec « Plateforme », que j’ai lu après le scandale qui a entouré sa sortie, que j’ai compris pourquoi Houellebecq est Houellebecq. Il émane de ce roman une grande tendresse. Houellebecq donne la parole à l’humanité moyenne, bien loin de l’univers de nuits au Baron et de cocaïne du monde germanopratin (dans lequel je n’inclus pas le jeune garde, Enard, Ferrari, Humbert, etc.). On qualifie souvent Houellebecq de « Balzac contemporain », et c’est très juste : comme lui, c’est un entomologiste, un vrai témoin de la société – même si sa manière de l’évoquer peut être critiquée. Mais comme disait Nietzsche, « Nous avons l’art pour ne pas mourir de la vérité » !

Plus qu’à l’actualité littéraire, je me fie aux conseils d’amis ou d’autres écrivains. J’ai aussi beaucoup d’amis qui publient, nous nous lisons mutuellement.

J’ai testé l’exercice de la lecture contrainte dans le cadre des deux jurys auxquels j’ai participés en 2010 : le Prix de Montalembert, et le prix Plume d’Agence – hyper enthousiasmant car c’est un concours de nouvelles, qui réunit des gens de communication et de publicité que seuls les textes intéressent.

Les sélections des prix comme le Prix des Libraires, le Prix de la Maison de la Presse, le Prix des Lecteurs du Livre de Poche m’intéressent plus que d’autres dont les enjeux colossaux – économiques, notamment – font que la littérature se sacrifie pour des considérations autres que littéraires.

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« Je sais qu’un texte est bon quand il se met à vivre sans moi. »

3. VOUS ET l’écriture ?

J’ai de longues périodes de non écriture. Je suis un peu comme le thé, j’infuse très lentement. Je viens de terminer un manuscrit pour lequel je prenais des notes depuis 10 ans.

Mais une fois la phase de notes terminée, j’ai une grande rapidité d’exécution. J’ai par exemple écrit « Un hiver avec Baudelaire » en trois mois. Je commence la rédaction lorsque j’ai une idée très précise de ce que je veux faire – même si cela ne se passe jamais exactement comme prévu. C’est d’ailleurs comme ça que je sais qu’un texte est bon : quand il se met à vivre sans moi, quand il prend des chemins inédits pour arriver au point final.

Dans les périodes de rédaction, j’ai beaucoup de mal à lire des romans car je deviens perméable à tout. Je me contente donc d’essais, de témoignages, etc. Quand j’étais plus jeune, je me suis servi de cette capacité d’absorption pour écrire des pastiches. Proust disait que « Chez un écrivain, quand on tient l’air les paroles viennent bien vite. » C’était comme un entrainement, à la manière du pianiste qui fait ses gammes.

Je n’ai pas de rituels, mais les débuts de la rédaction d’un texte sont toujours laborieux. Au bout de dix minutes, je me lève, je trouve toujours une excuse pour faire autre chose. C’est comme si je trempais le pied et constatais que l’eau est froide. Puis je me lance pour de bon, et alors je ne m’arrête que quand j’y suis obligé. Ce sont des périodes étranges, où plus rien d’autre n’a d’importance.

Si je prends mes notes à la main, en revanche je rédige directement à l’ordinateur. De toute façon, j’ai une écriture illisible – et puis j’écris plus vite avec un clavier qu’avec un stylo. Mais surtout, je trouve qu’on est beaucoup plus complaisant vis-à-vis de sa propre calligraphie. Il est moins difficile d’effacer ce qui n’est pas bon à l’écran, l’ordinateur rend un texte plus neutre.

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« Si l’on ne veut pas de mauvaises critiques, il ne faut pas publier. »

4. VOUS ET Internet ?

Internet est une vitrine, un vecteur de communication exceptionnel, qui permet un accès direct aux gens. Je trouverais trop prétentieux d’avoir mon propre site, mais j’utilise Facebook, qui offre beaucoup de liberté.

Les auteurs ne reçoivent plus de lettres chez leurs éditeurs ; Facebook joue un peu ce rôle-là. Je n’y mets rien de personnel, ma vie privée ne regarde que moi.

Quant à ce qu’on dit sur moi… J’ai eu récemment mon premier mauvais article. J’apprécie la critique lorsqu’elle est argumentée, intelligente, brillante. Là, c’était gratuit, on ne reprochait d’avoir mis dans L’Entrevue de Saint-Cloud des poncifs sur le XVIIIème siècle – mais l’auteur de cette critique publie justement bientôt un ouvrage sur la fin du XVIIIème, que je lirai avec grand soin…

Enfin, c’est le jeu ! Si l’on ne veut pas de mauvaises critiques, il ne faut pas publier. Quand on commence à se faire tirer dessus, c’est qu’on existe. J’aime cette phrase de Berlioz : « Il faut collectionner les pierres qu’on vous jette. C’est le début d’un piédestal. »

Evidemment, une critique élogieuse fait chaud au cœur, on ne boude pas son plaisir, mais ce sont naturellement les mauvaises que l’on retient, car elles blessent toujours un peu. Parce qu’au fond, écrire, c’est une question d’ego…

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« Tout, dans ma vie est subordonné à l’écriture… »

5. VOUS ET vos projets ?

Je prépare en ce moment deux albums illustrés pour les éditions Auzou : l’adaptation de Croc-Blanc pour la collection « Les grands classiques de la littérature », et, dans la série des « Grandes reines », un ouvrage sur Marie-Antoinette. Tous deux sortiront sous le pseudonyme d’Arsène Lutin – parce qu’Arsène est le prénom de mon fils, et que je suis le lutin de Tatiana de Rosnay.

Mon prochain roman paraître aux éditions Héloïse d’Ormesson fin 2011 ou début 2012 ; il s’agira de la vision d’un homme sur la fausse couche de sa femme. C’est un sujet sur lequel on ne trouve que des points de vue féminins, et je voulais évoquer les ravages que cela peut provoquer chez un homme, la colère que cela peut générer en lui – colère sans exutoire.

Et la saison des salons démarre… Je serai au Salon du Livre de Bondues les 12 et 13 mars prochains, à L’Envolée des Livres de Châteauroux les 2 et 3 avril, au Printemps du Livre de Montaigu les 9 et 10 avril, au Salon du Livre de Villeneuve-sur-Lot les 21 et 22 mai. Et les éditions Héloïse d’Ormesson seront présentes pour la première fois au Salon du Livre de Paris, j’y signerai à deux créneaux horaires.

L’écriture a toujours pris le pas sur le reste. Tout, dans ma vie est subordonné à cela…

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10 réflexions sur “5 questions à Harold Cobert

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  2. votre livre m a emue jusqu au larmes…… la vraie vie est ainsi avec

    beaucoup de félures et un peu de boheur.

    J ai adoré votre style, l écriture; et le sujet du roman.

    je vais le mettre en « coup de coeur » à la médiatheque ou j interviens en tant que bénévole. merci

    J'aime

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