Le Silence de ma mère, Antoine Silber

 

Présentation de l’éditeur :

.

On croit que la mort éloigne, mais c’est le contraire : la mort rapproche.

C’est un peu comme si en parlant de ma mère avec Anne, en repensant à elle sans cesse, je l’aimais plus et ; en l’aimant plus, je la faisais revivre. Une enfance dans les années cinquante au sein d’une famille placée sous l’ombre tutélaire d’un père passionné de littérature et d’une mère à la fois crainte et admirée, peintre prometteuse tour à tour fantasque et ombrageuse. Les instants du passé remontent à la surface, entre la maison familiale au charme baroque de Neauphle-le-Château et les incursions dans le Saint-Germain-des-Prés de l’époque.

Un récit intimiste et cathartique sur les non-dits et les zones d’ombre d’une figure maternelle énigmatique. Une élégie à la mère disparue qui dessine le puzzle d’une enfance de l’après-guerre.

.

Dans ce récit bizarrement sous-titré roman (quoi qu’on commence à s’habituer à ce que la catégorie roman accueille toutes sortes de textes), toute la difficulté du sujet apparaît d’emblée : comment intéresser autrui avec une histoire personnelle ? La distance est-elle la clé ? Mais comment avoir de la distance ?

« En commençant ce livre, je pensais utiliser le pronom « il » pour évoquer ce petit garçon qui est moi, mais il y a si longtemps qu’il n’est presque plus moi, si peu moi vraiment. J’essayais de mettre de la distance, mais ce « il » me paraissait de plus en plus artificiel, j’avais l’impression de tricher. […] Je ne voulais pas, je ne veux pas, « écrire ». Juste raconter, presque comme ça vient. Dire les choses. Remonter le plus loin possible en arrière, reprendre tout depuis le début. » (page 25)

.

Pourtant, cet ouvrage est plus que le récit d’un éveil à la vie, plus que le parcours d’un garçon qui tente de grandir (« Comme si grandir était LA solution. », page 40), plus qu’un recueil de souvenirs ou une confession : il est l’histoire, finalement si commune bien que chaque fois différente, d’un enfant devenu adulte sans s’en être rendu compte.

« Ma mère est morte il y a vingt-huit ans.

Ca a été un très long deuil qui m’a tant occupé que j’ai vieilli avant d’avoir vraiment grandi. » (page 116)

La cause, là, est la mère – et son silence, ses silences. Même si les dommages de ceux-ci sur le narrateur sont palpables, le texte est dépourvu de tout reproche – du moins, dépourvu de toute haine. C’est un hommage, et un pardon, empreint de tendresse et d’une certaine poésie. On imagine le pouvoir libérateur qu’il peut avoir sur son auteur ; et, en tant que lecteur, on ne déplore pas de nombrilisme exacerbé, pour la simple et bonne raison qu’on est touché à son tour.

« Les rêves sont parfois si forts qu’ils vous empêchent de dormir. » (page 128)

« Ne reste-t-on pas toute sa vie l’enfant qu’on a été ou l’adulte qu’on n’arrive jamais à devenir ? » (page 116)

Et voilà comment l’individuel tend à l’universel.

Et voilà comment le récit, sans doute, devient roman.

.

Un mois après sa sortie, ce premier roman livre partait en réimpression. Un succès mérité pour Antoine Silber, qui répondra à mes questions dans le billet de ce week-end.

Publicités

5 réflexions sur “Le Silence de ma mère, Antoine Silber

  1. Pingback: Le Silence de ma mère d’Antoine Silber « Je Lis, Tu Lis, Il Lit

  2. Pingback: 5 questions à Grégoire Delacourt | Sophielit

  3. Pingback: 5 questions à Antoine Silber | Sophielit

  4. Pingback: Les Cyprès de Patmos, Antoine Silber | Sophielit

  5. Pingback: Pourquoi écrivez-vous, Antoine Silber ? | Sophielit

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s