5 questions à Marie-Aude Murail

Née en 1954, Marie-Aude Murail a commencé par écrire pour les adultes avant de devenir, définitivement, écrivain jeunesse (ainsi qu’elle l’explique dans « Auteur jeunesse – Comment le suis-je devenue, pourquoi le suis-je restée », paru en 2003).

Elle a publié plus de 90 livres, dont « Oh, boy ! » (qui a reçu plus de 25 prix) et la série des Emilien : Baby-sitter blues, Le trésor de mon père

Ses ouvrages sont traduits dans une quinzaine de langues.

 

 

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« La lecture est chez moi très volatile : j’absorbe, puis j’oublie tout. »

1. VOUS ET la lecture ?

Je lis beaucoup, tantôt à titre professionnel, tantôt pour me divertir. Lorsque c’est professionnel, ce sont des documentaires, des ouvrages historiques, de la réflexion, de la sociologie… Et quand c’est du divertissement, des choses sans prétention : des bandes-dessinées, des romans policiers. J’ai ainsi lu le dernier Mary Higgins Clark – et malgré tout je garde un œil professionnel, je cherche à comprendre comment le texte est fabriqué. C’est pour ça qu’il vaut encore mieux que je lise de la BD !

La lecture est chez moi très volatile : j’absorbe, puis j’oublie tout. Et puis cela se dépose, se sédimente, et ça remonte un jour, sans que je sache d’où ça vient.

J’ai deux sources d’approvisionnement en livres : la librairie Chantelivre, à deux pas de chez moi, dont je suis la marraine, et la médiathèque de la ville, au bout de la rue.

Je lis beaucoup à l’écran – et surtout, certains documents dont j’ai besoin ne se trouvent que comme cela. Je fais par exemple en ce moment des recherches sur la vie des collégiens au XIXème siècle pour mon prochain roman, et Internet m’est indispensable. Mais cela me fatigue énormément, comme le livre numérique. L’écran reste assimilé au travail, on est dans la tension, même oculaire. Quand je lis pour me divertir, je suis plutôt vautrée, cela fait partie du plaisir !

« Je me tiens éloignée de l’actualité littéraire. »

2. VOUS ET les livres ?

J’ai repris récemment la série manga « Les gouttes de Dieu ». J’ai lu aussi Nothomb, « L’énigme de la rue Saint-Nicaise » de Laurent Joffrin, « Le Président des riches » de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot… un jour, cela sortira peut-être sous la forme d’une histoire.

Je lirai prochainement « King Kong Théorie » de Virginie Despentes, que ma fille est en train de lire.

Je me tiens éloignée de l’actualité littéraire – mon mari, cette année juré du Prix du livre numérique de L’Express, est là pour m’en rendre compte.

Mes livres sont régulièrement sélectionnés dans le cadre de prix. J’aime cela pour l’aspect utilitaire – faire lire les jeunes – mais je n’aime pas être en compétition. Ce que je trouve particulièrement stressant, c’est lorsque l’on me fait venir sans que je sache qui est gagnant. C’est très désagréable, très éprouvant nerveusement…

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« C’est finalement lorsque j’ai l’air le plus paresseux que je suis la plus active. »

3. VOUS ET l’écriture ?

Il n’y a pas de règles. Je peux rester des semaines, des mois sans écrire. Puis écrire une heure ou cinq heures par jour, sans aucune discipline. Il faut que j’en aie envie, c’est tout. Je n’ai pas d’habitude particulière, mais j’ai besoin de m’isoler pour construire l’intrigue. J’évite alors la distraction, sinon j’ai toujours mieux à faire que travailler. Pour cela, je fais par exemple la grotte dans mon lit… C’est finalement lorsque j’ai l’air le plus paresseux que je suis la plus active.

Lorsque je suis dans la rédaction, j’écris à l’ordinateur, puis j’imprime, je complète au brouillon en utilisant le dos des pages imprimées… Il y en a dans tous les sens ! J’ai gardé certains manuscrits complets, mais le plus souvent je jette. Il est certain qu’on ne pourra pas travailler sur nos manuscrits comme on l’a fait sur ceux de Balzac ou Proust…

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« Ce qu’on peut dire de plus pertinent sur l’amour ou la mort, c’est ce qu’on dit à un enfant. »

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Je n’écris plus que pour la jeunesse. J’aime l’écriture sous contraintes, c’est un sport que je trouve très stimulant. Pour ce public, je travaille la lisibilité, et j’ai mes trucs, je sais à quel moment mettre le pied sur l’accélérateur, relancer l’attention. Mais finalement, c’est quand je pense à eux que j’écris le mieux. Ce qu’on peut dire de plus pertinent sur l’amour ou la mort, c’est ce qu’on dit à un enfant. On va forcément au plus juste, parce qu’on ne peut pas lui mentir. Pour parvenir à être au plus proche des pensées, des émotions, je dois peser chaque phrase, chaque mot. Je m’impose une très forte discipline d’écrivain, mais qui me permet aussi d’être au clair avec moi-même. Pour les jeunes, on ne peut pas faire de belles phrases creuses…

Et je n’ai pas l’impression qu’écrire pour la jeunesse m’empêche de dire ce que j’ai à dire. Je suis quelqu’un de pudique, et les limites de cette littérature me conviennent. J’aime jouer avec malice sur ces frontières sans jamais les franchir.

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« Ne pas accepter la critique, ce n’est pas de la prétention, c’est de la fragilité. »

4. VOUS ET Internet ?

Mon mari fait ma revue de presse, il me lit parfois des articles à voix haute, il m’en envoie d’autres par mail ; parfois je clique – et parfois non. La moindre petite chose prend une tournure trop dramatique pour que je perde mon temps à chercher ce que l’on dit de moi… C’est vrai, c’est disproportionné, l’importance qu’on peut accorder à une critique. Et ne pas accepter la critique, ce n’est pas de la prétention – au contraire : c’est de la fragilité.

J’ai tendance à penser qu’une critique contient toujours une part de vérité. C’est pour cela que j’essaie de ne jamais être sur la défensive, de ne jamais me justifier, cela ne sert à rien. Je m’en sors en général par une pirouette… « Il est 16h25, le guichet des réclamations est fermé ! ».

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5. VOUS ET vos projets ?

J’écris en ce moment le troisième et dernier roman de la série Malo de Lange, démarrée avec « Malo de Lange, fils de voleur » (L’Ecole des Loisirs). C’est une série policière historique ; Malo est un personnage à la Vidocq – son fils spirituel, dans mon esprit.

Je me suis rendue le 12 février dernier au Festival des Créations Télévisuelles de Luchon où l’adaptation de « Simple » était projetée en ouverture. Je n’avais pas voulu le voir avant, voir son œuvre adaptée est toujours décevant, les images ne correspondent jamais à ce que j’avais en tête en écrivant…

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7 réflexions sur “5 questions à Marie-Aude Murail

  1. Pingback: 5 questions à Marie-Aude Murail « Je Lis, Tu Lis, Il Lit

  2. Bonjour Sophie : juste une petite rectification du mari patrouilleur du Net. C’est l’adaptation de « Simple » et non de « Oh, boy ! » qui était projetée au festival de Luchon. Et un scoop, rien que pour vous : le téléfilm « Simple » sera diffusée le mardi 3 mai sur France 2 (avec un débat à la suite).

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  3. Pingback: Mon écrivain préféré, L’école des loisirs | Sophielit

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