Les Chroniques de Mandor, François Alquier

« La vie des autres est toujours plus belle, non ?

Les autres m’intéressent plus que moi-même.

Ils m’aident à me découvrir.

C’est ce que je fais ici.

Parler des autres pour parler de ma personne. » (page 361) 

.

François Alquier est journaliste. Depuis plus de 20 ans, il côtoie les artistes – musiciens et écrivains en particulier – pour les besoins de ses interviews pour la radio, la télé ou la presse écrite.

Depuis 6 ans, il révèle les coulisses de ses rencontres sur son blog. D’abord caché derrière le pseudonyme de Mandor, il officie aujourd’hui à visage découvert.

Et puis, de temps à autres, il glisse un peu de lui dans ces billets.

« Note dédiée à ceux qui me reprochent (gentiment) de ne pas me livrer assez. Voilà un tout petit bout de moi. » (page 75), précise-t-il ainsi au détour d’une interview de Charles Aznavour qui lui fait se confier sur son rapport à l’Arménie dont est originaire sa femme.

« Mandor ne mange jamais de dessert. » (page 244) – l’on doit alors considérer que les crêpes au Nutella sont un plat, sans doute.

.

De ces billets, il a fait un livre. La sélection présente des artistes prestigieux, dont les comportements hors caméra/micro au choix amusent, étonnent ou font hausser les sourcils, quand ils ne disent pas plus qu’ils ne voudraient sur les « stars » en question…

.

Un blog ne se lit pas comme une livre, et inversement. Les notes résonnent entre elles, et cette résonnance prend tout son sens avec ce livre papier.

.

Mais surtout, il se dessine au fil des pages un personnage que l’on n’attendait pas – pas comme ça, en tout cas. Ce personnage, c’est François Alquier. Qui se livre tel qu’il est, osant mettre un pied dans la lumière après tant d’années d’ombre. Il y a de l’humour, de l’autodérision et des bons mots, des révélations et des secrets de famille. Mais c’est lorsque François, à mots couverts, avoue ses faiblesses qu’il est le plus convaincant. Une telle sincérité force le respect par le courage qu’elle demande nécessairement.

.

Finalement, l’artiste le plus attachant de cet ouvrage est celui qui ne figure pas dans la table des matières. Sa sensibilité et sa plume émeuvent d’autant plus qu’on n’attendait pas cela de ce pavé de plus de 400 pages.

C’est François Alquier la vraie découverte de ce livre ; les Chroniques, quant à elles, sont presque accessoires. Et si l’homme, humble et modeste, ne se trouve pas légitime du côté des écrivains, qu’il se rassure : de ses confessions, on pourrait faire un roman. Il pourrait faire un roman. Qu’il le veuille ou non, il en a ici jeté les bases, avec pudeur et délicatesse.

Chapeau.

.

Et parce qu’il n’y a pas de raison de ne pas interviewer un intervieweur (même pas peur), François Alquier répondra à mes questions dans le prochain billet.

.

Malgré tout, il me faut bien évoquer les Chroniques en elles-mêmes. Car avoir rassemblé tant de rencontres dans un même recueil, outre la faculté de satisfaire une curiosité naturelle (de Jean d’Ormesson à Eric-Emmanuel Schmitt, de Guillaume Depardieu à Jamel Debbouze, de William Sheller à Yannick Noah), permet de fournir une bible de citations et d’idées fortes. J’en ai relevé tant et tant…

Voici ma sélection à moi, faite exclusivement de phrases de gens de plume (forcément), qu’ils les mettent ensuite en musique ou en roman :

.

Jean-Paul Dubois :

« Le décalage entre l’idée que l’on se fait de soi-même (pas la plus fausse d’ailleurs) et l’idée que les autres se font de vous (souvent plus avantageuse) est un fossé. » (page 163)

« – Ecrivain, c’est un métier ?

– Oui et ça se travaille. Plus vous écrivez, plus vous écrivez facilement. Longtemps et plus souvent vous écrivez ; moins vous avez d’angoisse, plus le boulot se fait tranquillement. J’ai commencé l’écriture par le journalisme qui est le truc le plus difficile qui soit à cause des contraintes de temps, d’horaires, de signes, de pagination… Alors que le roman, c’est de la liberté absolue. C’est un univers. Vous êtes créateur d’un monde entier, sans aucune contrainte. […] Ce qu’on appelle bêtement l’inspiration n’est que le travail sur sa mémoire, ses peurs, sa présence et son utilité dans le monde. » (page 164)

.

François Alquier :

« Le mensonge, parfois, est le seul moyen que trouvent les grands blessés de la vie pour ne pas sombrer tout de suite. » (page 186)

.

Philippe Katerine :

« Je n’estime pas qu’il faille souffrir pour créer » (page 241)

.

Philippe Labro :

« Pour moi, ce n’est jamais douloureux d’écrire. C’est difficile, mais pas douloureux. Je pense qu’on ne peut pas identifier comme une douleur ce qui est une chance. C’est une chance de pouvoir écrire, de savoir écrire et d’aimer écrire. » (page 250)

« Un écrivain est un peu narcissique. Ce n’est pas qu’il s’aime, mais il s’écoute, il se regarde beaucoup. D’ailleurs, s’il ne se regardait pas, il ne pourrait pas écrire parce que qu’on va chercher en soi ce qu’on met souvent dans les autres personnages. » (page 252)

.

Jean-Louis Murat :

« Si je n’expulse pas les choses, elles m’empoisonnent, alors j’écris. » (page 271)

.

Nicolas Rey :

« On rate tous sa vie. Ce n’est pas grave. L’essentiel, c’est de la rater le mieux possible. » (page 367)

.

Tatiana de Rosnay :

« Je sais que tout ce que je vis là est unique. Cela ne va pas se reproduire. Je viens d’écrire le livre de ma vie [Elle s’appelait Sarah, ndlb]. Je suis sur un nuage et en même temps, je suis terrorisée. » (page 373)

 .

Damien Saez :

« Je n’aime pas les explications de texte. C’est un non-sens pour moi. Je choisis un mode de communication qui est une sorte de poésie populaire. L’expliquer est une mise en abime perpétuelle. » (page 376)

Publicités

4 réflexions sur “Les Chroniques de Mandor, François Alquier

  1. Pingback: Les chroniques de Mandor de François Alquier « Je Lis, Tu Lis, Il Lit

  2. Pingback: 5 questions à François Alquier, aka Mandor | Sophielit

  3. Pingback: François Alquier flashé | Sophielit

  4. Pingback: Sélection été 2011 | Sophielit

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s