Un retraité, Véronique de Bure

« De là à conclure que le plaisir l’emportait désormais sur les affaires du pays… Mais, au fond, peut-on lui en vouloir de nous ressembler ? » (page 77)

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Un retraité « comme les autres ».

Evidemment, il ne l’est pas.

C’est précisément pour cela qu’on a envie d’ouvrir ce petit livre. On cherche la confidence, le détail croustillant, l’indiscrétion. Ce n’est pourtant pas ce qu’on y trouvera.

Indiscrète, Véronique de Bure l’a été, retranscrivant ici ses rencontres avec un proche de l’ancien Président de la République pour qui elle a beaucoup d’affection (l’on peut ici chercher si, dans ma phrase, l’affection se rapporte au proche ou à l’ancien Président).

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Quatrième de couverture :

« La politique est un milieu à part. On n’y vieillit pas. Jusqu’au bout, même diminué, même après un accident vasculaire, on reste droit dans ses bottes, le regard vaillant, le pas alerte, la mémoire intacte, l’ouïe fine et le parler sûr. L’entourage forme une chape de verre qui ne laisse passer la lumière que si la scène est jolie. Seules les images flatteuses peuvent sortir. Le reste, la vérité d’un homme dont les faiblesses dues à l’âge ne diminuent pourtant pas la grandeur, doit demeurer caché. Je n’avais pas compris que les paroles de mon messager devaient rester sous scellés. Ni que, pour les voir acceptées du sérail, j’aurais dû les maquiller, les raboter, ne garder que des moignons de phrases. Je n’avais pas compris que les mots “usé”, “vieillard”, “fatigué” étaient des gros mots qui me vaudraient les foudres de mon messager, lequel se dit aujourd’hui trahi ».

Alors que l’on s’interroge sur la présence ou non de l’ancien Président à son procès qui doit s’ouvrir le 7 mars 2011, Un retraité le met en scène, de juillet 2009 à juin 2010, au travers des confidences que livre « le messager » à l’auteur. Des confidences qui n’auraient jamais dû franchir les murs de la rue de Lille où Jacques Chirac a son bureau. Qui n’auraient pas dû être publiées. Peu de chose pourtant, nul secret d’État, juste quelques bribes de vérité. Mais la vérité, en politique, ça n’existe pas. Ou plutôt, ça ne s’ébruite pas.

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Finalement, qu’est-ce que son auteur a voulu faire en publiant ce texte ? Ma curiosité a à présent changé d’objet, et j’aimerais savoir quelles répercussions cet ouvrage aura sur son auteur. Car elle s’y livre, et, dans ces pages qui en disent long sur l’opacité de la diplomatie française et le désœuvrement – ou le désintéressement ? – du Président, ce sont en tout trois portraits qui s’entremêlent – celui de Jacques Chirac bien sûr, celui de son messager, aussi, et celui de Véronique de Bure, enfin, qui apparaît ici frêle, incertaine, fragile. Légère, en tout cas pesant bien peu de poids face à d’éventuelles foudres venues de plus haut. Des foudres qu’on ne lui souhaite pas, car on la sent sincère, naïve, presque apeurée malgré sa plume fine et son écriture maîtrisée – et quoi qu’elle ait voulu atteindre, on se demande si on n’aurait pas fait de même.

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Une fois l’ouvrage refermé, il reste l’étrange impression d’avoir passé une heure en terrasse, rue de Lille, à évoquer le précédent Président…

Et si c’était ça, la vraie force de ce texte, que de donner le sentiment d’avoir été, pour un instant, dans le secret des puissants ?

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3 réflexions sur “Un retraité, Véronique de Bure

  1. Pingback: Un retraité comme les autres de Véronique de Bure « Je Lis, Tu Lis, Il Lit

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