Candelaria ne viendra pas, Mercedes Deambrosis

Candelaria ne viendra pas – Candelaria, la femme de ménage. Et cela change tout. Par le coup de téléphone annonçant cette mauvaise nouvelle, le quotidien de cette femme au foyer, mère de cinq enfants, mariée à un époux détestable, va se trouver bouleversé. Bouleversé, au point que tout pourrait basculer…

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« – Il pourrait répondre, le téléphone est à la tête du lit… dit-elle.

– A son âge et vu ma position, il serait en droit d’avoir une chambre à lui, dans ma maison ! Mais non, il a fallu qu’il la cède à ta mère ! Je te préviens, je lui donne trois mois pour crever à la vieille sinon… c’est l’hospice !

Elle resta suffoquée. La sonnerie continua.

« Mon Dieu, pensa-t-elle, pourvu qu’elle n’ait pas entendu. Elle va me faire une attaque… » 

– Alors ? Il va falloir que j’aille répondre moi-même ou quoi ?  Hurla-t-il.

– J’y vais, j’y vais, dit-elle en se levant.

Elle revêtit son peignoir et, perdant un chausson, se précipita. A peine arrivée à la porte, un garçon d’une vingtaine d’années apparut.

– Tu peux te recoucher maman, le téléphone a fini par me jeter hors du lit.

Elle regarda son fils avec vénération.

– Qui était-ce mon chéri ?

– Candelaria ne viendra pas.

Il lui tourna le dos et s’en alla. Sa mère le suivit dans le couloir.

– Comment ça, Candelaria ne vient pas ? Mais ce n’est pas possible !

– Partie chez sa mère.

– Elle a laissé un téléphone, quelque chose ?

– Non.

– Mon Dieu ! Elle t’a dit au moins quand elle allait revenir ?

– Non. »

(pages 12 et 13)

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Mercedes Deambrosis n’a pas son pareil pour décrire la folie tapie derrière le quotidien. Sa plume, sensible et comme sur la réserve, plante par petites touches un décor qui, malgré le Parque del Retiro et la Gare d’Atocha, pourrait se situer n’importe où. Et le force du style vient précisément de sa douceur, de cette façon de ne pas y toucher.

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Cette longue nouvelle aurait pu s’intituler « L’enfer domestique ». Mais l’auteur ne juge pas la principale protagoniste, ne l’invective pas, n’ouvre pas de possibilités. Ce sera à l’héroïne de se ressaisir, elle a sa vie propre, et c’est comme si sa créatrice ne pouvait que faire le triste constat de cette existence niée. On est bien loin de la recherche du bonheur. Ce qui se trame est de l’ordre de la réalité, de l’indicible caché derrière les belles façades du presque-drame bourgeois.

Ce qui surviendra sera de l’ordre de la survie.

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La femme au foyer a finalement plusieurs visages ; tout est question d’éclairage, de lumière – ce que révèlent les illustrations de Marko Velk, parsemés d’objets domestiques.

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Les mots comme les images dessinent dans ce petit volume des points de suspension.

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2 réflexions sur “Candelaria ne viendra pas, Mercedes Deambrosis

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