Une année avec mon père, Geneviève Brisac

« Rester avec mon père, rester ainsi ensemble, à l’abri du temps, le plus longtemps possible, c’est ce que je crois être mon devoir. » (page 148)

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Ainsi, la narratrice va rester aux côtés de son géniteur pendant un an, quatre saisons qui ne ressembleront à aucunes autres.

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Quatrième de couverture :

Après un terrible accident de voiture, un homme rentre chez lui. Ayant échappé de peu à la mort (sa femme, elle, a disparu dans l’accident), il lui faut maintenant tout réapprendre. Sa fille, jour après jour, l’accompagne, et tente de tenir la main de cet homme intraitable.

Inquiète ou joueuse, sa voix décrit les quatre saisons de ce retour à la vie.

Elle raconte son histoire, celle d’un Français, juif laïque et républicain, né à la fin des années 20, amoureux des paysages de son enfance qu’il ne concevait pas de défendre autrement que les armes à la main. La guerre, la politique, le travail, les femmes, il a tout vécu sans jamais s’expliquer. Et il n’a pas l’intention de commencer.

Lumineux, cocasse, bouleversant, ce livre est tout entier du côté de la vie. L’écriture engage avec la mort une course de vitesse, et rien ne dit qu’elle n’en sortira pas gagnante. Chacune – et chacun – y reconnaîtra l’essence même de ces liens si précieux qui se tissent entre les pères et les filles.

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Ce roman, que l’on devine très vite relever du récit, aurait pu être dur, difficile, douloureux – ou larmoyant – au vu du sujet. Il n’est est rien. Les mots de Geneviève Brisac sont justes et doux, son regard est très affectueux, drôle parfois aussi.

Il émane de cette année infiniment de tendresse. Car, naturellement, la fin amène à revenir sur le passé, et vient l’heure de la nostalgie, de la mélancolie, des remords et des regrets évoqués en pointillés.

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« Pourquoi avons-nous quitté les chemins sablonneux, les larges avenues délicieuses et sûres des grandes écoles de commerce et d’industrie, pourquoi ne sommes-nous pas trilingues, et bien mariées, quel caillou pointu a roulé sous la carriole de nos destins ? » (page 79)

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« Les promenades que nous détestions enfants ont des charmes qu’on n’aurait jamais imaginés, et une douceur irremplaçable. » (page 154)

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Il y a aussi les perceptions croisées des membres de la famille sur le rôle de l’écrivain ou ses caractéristiques supposées qui sont exposées par touche – faisant partie du décor.

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« Debout sur un tabouret, Dante filme. Le filmeur est un témoin et un voleur, comme l’écrivain. […] Ses images remplacent ma mémoire. » (pages 38-39)

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« Ta mère avait raison, murmure mon père, la littérature durcit le cœur, les écrivains sont des monstres d’indifférence. » (page 134)

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L’on sait bien, pourtant, où tout ça va finir – et quand. Il n’empêche, on a envie de savourer chaque phrase, de la conserver, de retarder la fin, de lutter contre le rythme entraînant qui nous emporte, sans qu’on l’ait voulu. Il restera de cette lecture comme des cartes postales, des photos jaunies, des souvenirs conservés dans de la ouate. Et l’impression d’avoir partagé une tranche de vie familiale, une part d’intimité filiale, sans indiscrétion.

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« Une année avec mon père » est un livre important.

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3 réflexions sur “Une année avec mon père, Geneviève Brisac

  1. Pingback: Une année avec mon père de Geneviève Brisac « Je Lis, Tu Lis, Il Lit

  2. Je me souviens de cette lecture que j’avais trouvée essentielle. Je n’ai pas (pas encore) écrit de billet sur le blog par pudeur vis à vis d’un de mes lecteurs attitrés, mon propre père , âgé bien sur, et souffrant.

    C’est bien de le mettre en avant, sans considérer qu’il a été édité il y a quelques mois.

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    • Important, essentiel ; c’est bien, on se retrouve.
      Ce qui prime n’est pas, pour moi, la période de parution mais le moment où je lis un livre… Alors tant pis, effectivement, si celui-ci est déjà en poche.

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