A la folle jeunesse, Ann Scott

Présentation de l’éditeur

scott

« C’est le dernier jour, mais je ne le sais pas encore. Exactement comme au moment où a été pris ce Polaroïd. Je dois avoir dix ans, mes yeux sont plissés de fureur parce qu’on me force à me tenir face au soleil ou parce que je n’existe qu’en photo ; le tee-shirt bleu ciel des Dents de la mer ne me rappelle rien, le banc de sable qu’on devine flou derrière non plus, et du jour où cette photo a été prise, je ne sais que ce qu’on m’en a dit : qu’après l’avoir éventée pour la faire sécher, au lieu de l’empocher comme n’importe quel parent, ma mère me l’a tendue comme si elle ne voyait vraiment pas quoi en faire. Maintenant je la regarde sans me reconnaître tant je n’ai aucun souvenir d’avoir été aussi déterminée, aussi certaine, à cet âge, de ce que j’étais et de ce que je refuserais de devenir, et je finis par penser que si je dois quelque chose à quelqu’un, c’est à cette gamine énervée qui ne fixait pas sa mère mais un point déjà bien au-delà. »

Au fil d’une journée où se croisent ceux qu’on a trop aimés ou pas assez, un passé resurgit et se déconstruit peu à peu. À la folle jeunesse exprime, avec le plus de sincérité possible, les plus gros mensonges. Et inversement.

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Dans une page, dans un paragraphe, dans une phrase parfois seulement, il y a tout un monde. En un rien de mots, Ann Scott développe tout un univers.

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Il y est question de vérités et de mensonges, et de « Superstars », son premier roman paru en 2000, manifeste de la génération techno sacré « premier roman pop français crédible » par Technikart.

« Cette éternelle question : écrit-on parce qu’il nous arrive des choses, ou  nous arrive-t-il des choses parce qu’on écrit ? » (pages 42-43)

et

 « N’oublie pas que les gens croient toujours ce qui est écrit. » (page 136)

Mais nul besoin d’avoir lu « Superstars » pour être emporté par la sensibilité de l’auteur.

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Il y est question d’Omayra Sanchez, que le monde peut-être a oublié après avoir été spectateur de sa triste fin, mais pas moi, pas Ann Scott non plus.

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Il y est question du temps qui file plus pour les autres que pour soi, de la conviction que se sentir jeune freine les ans.

« Tout ce que je sais, c’est que grelotter dans une église se reproduira de plus en plus souvent, à respirer des odeurs de cire et d’encens pendant qu’une ancienne copine de classe pleure sa mère ou son père emporté par un cancer. Et avec eux disparaît la partie de nous qu’ils connaissaient, et bientôt il ne restera plus  que des nouvelles personnes qui ignoreront tout de ce qu’on a été. » (page 77)

Il y est question d’une génération qui a brûlé la vie par les deux bouts mais, contrairement à ses idoles, n’a pas péri de ces folies – elle s’en est juste trouvée un peu cabossée. Et il est l’âge d’être adulte, désormais.

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« Une fois qu’une histoire a été écrite – une fois qu’on a transformé en réalité une fiction en modifiant les événements, les lieux et les dialogues -, il arrive que la perception qu’on garde de cette réalité en soit également modifiée. » (page 40).

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« A la folle jeunesse », donc, n’est pas une clé. Peut-être ce roman a-t-il pour unique conséquence de plonger encore davantage le lecteur dans la perplexité.

Mais cela est fait avec tellement de style, d’allant que l’on ne peut, au risque de passer pour masochiste, demander d’y plonger plus profond encore.

Ann Scott, quoi qu’on pense du personnage, est un grand écrivain.

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Un extrait du roman ici.

D’autres choses .

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Une réflexion sur “A la folle jeunesse, Ann Scott

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