La fumée qui gronde, Philippe Zaouati

 

Bon, la finance, si ce n’a été ma tasse de thé, j’ai au moins baigné dedans.

Et la crise des subprimes, je l’ai vécue de l’intérieur.

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Autant dire que ce roman, signé d’un dirigeant d’une grande banque d’affaires dont le nom ne m’est pas inconnu (celui de l’auteur, mais celui de la grande banque, encore moins, forcément), ne pouvait que m’attirer.

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Quatrième de couverture :

Face à une crise majeure, il est rassurant et confortable de pointer du doigt un responsable. Inquiète du scandale des subprimes et de la déroute financière qui s’ensuivit, ulcérée par la découverte du jeu dangereux joué par Jérôme Kerviel

 et l’escroquerie de Bernard Madoff, la société désigna dans son infinie sagesse le coupable du désastre : le Banquier était devenu « l’homme à abattre », sans distinction de rôle ni de degré d’implication, du simple employé aux patrons, filous ou non.

Que se passe-t-il dans la tête d’un golden boy porté au pinacle pendant deux décennies, considéré comme l’exemple même de la réussite sociale, et que l’on accuse soudain de tous les maux jusqu’à se réjouir de sa chute ?

Que reste-t-il à un homme qui a construit son existence sur la domination, l’argent, l’apparence, et qui se retrouve du jour au lendemain humilié, jeté à la porte devant les caméras de télévision avec une boîte en carton dans les bras ?

Face à la débâcle de sa vie, Emmanuel est contraint de se poser des questions qui ne l’ont jamais effleuré auparavant Il se surprend à mesurer le prix de ses sacrifices et de ses renoncements. A-t-il choisi la bonne voie ? Est-il heureux ? L’issue de cette course folle aux profits et au pouvoir n’était-elle pas fatale ?

Et surtout : que faire maintenant ?

À la crise financière fait écho la sienne, les doutes existentiels de la quarantaine. Le choc sera-t-il salutaire ? Tourné vers son passé pour y deviner ce que sera son avenir, il cherche les réponses dans une fuite improvisée au goût de sauve-qui-peut.

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Commençons d’emblée par ce qui m’a déplu : je trouve qu’un roman n’est pas l’endroit pour faire de la pédagogie. A cet égard, Fabrice Humbert a, dans La fortune de Sila, réussi bien plus subtilement à évoquer les mécanismes qui ont eu la crise pour conséquence que ne le fait Philippe Zaouati.

Mais peut-être est-ce parce que le premier est issu du monde universitaire, et qu’il a du enquêter pour obtenir ses informations, tandis que le second, baigné dans la finance, n’a pas le recul pour se passer d’expliquer ce que l’on sait – ou, si l’on ne le sait pas, ce qu’il n’est pas indispensable de savoir pour lire La fumée qui gronde.

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Ce sera tout.

Car pour le reste, ce roman se lit très facilement, et Emmanuel nous emporte dans ses réflexions qui, au-delà du monde de la finance, sont des questions universelles – au moins dans l’hémisphère nord.

« Comme beaucoup d’hommes, j’avais deux menottes solidement fixées à chacun de mes poignets. Le salariat et le mariage. La maison et le bureau. Deux enfermements de longue durée, plus ou moins contraints, plus ou moins volontaires. Deux prisons à l’insu de mon plein gré comme disait un personnage des Guignols à la télévision. Je ne m’enfuyais de l’une que pour rejoindre l’autre. » (pages 79-80)

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Surtout, ce roman, est la révélation d’une plume, et la démonstration que l’on peut-être banquier et littéraire. Une construction simple mais efficace, des chapitres savamment dosés que l’on enchaine sans voir le temps passer, une écriture riche et  maitrisée.

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« En l’espace de six mois, j’avais vu s’écrouler les deux tours du World Trade Center sur un écran de télévision, puis accompli le plus grand bond en avant de toute ma carrière, et j’assistais maintenant impuissant au départ de ma femme et de mon fils de notre appartement cossu de Madison Avenue. Comme dans un film. En spectateur. » (page 76)

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J’ai hâte de lire la prose de Philippe Zaouati au service d’une autre intrigue, peut-être plus éloignée du monde de la finance.

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Une réflexion sur “La fumée qui gronde, Philippe Zaouati

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