Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan

Après les succès phénoménaux qu’ont été ses précédents ouvrages (Les Heures souterraines, et encore avant No et moi porté à l’écran depuis), Delphine de Vigan pouvait sans doute se permettre à peu près ce qu’elle voulait. L’on annonçait un roman plus personnel, une histoire de famille – attendu avec autant d’impatience que d’incertitude, les meilleurs romanciers n’étant pas toujours doués pour écrire sur ce qui les touchent de trop près.

 

Et voici Rien ne s’oppose à la nuit, un des romans phares de cette rentrée littéraire 2011, ouvrage à la surcouverture aussi sombre que lumineuse, au titre évidemment musical.

 

Présentation de l’éditeur :

« La douleur de Lucile, ma mère, a fait partie de notre enfance et plus tard de notre vie d’adulte, la douleur de Lucile sans doute nous constitue, ma sœur et moi, mais toute tentative d’explication est vouée à l’échec. L’écriture n’y peut rien, tout au plus me permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire. 

La famille de Lucile, la nôtre par conséquent, a suscité tout au long de son histoire de nombreux hypothèses et commentaires. Les gens que j’ai croisés au cours de mes recherches parlent de fascination ; je l’ai souvent entendu dire dans mon enfance. Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du Verbe, et celui du silence. 

Le livre, peut-être, ne serait rien d’autre que ça, le récit de cette quête, contiendrait en lui-même sa propre genèse, ses errances narratives, ses tentatives inachevées. Mais il serait cet élan, de moi vers elle, hésitant et inabouti. » 

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Dans cette enquête éblouissante au cœur de la mémoire familiale, où les souvenirs les plus lumineux côtoient les secrets les plus enfouis, ce sont toutes nos vies, nos failles et nos propres blessures que Delphine de Vigan déroule avec force.

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Delphine de Vigan part, donc, enquêter sur son passé familial. Pour cela, elle fait parler ses oncles et ses tantes en particulier, écoute des enregistrements d’époque soigneusement conservés. Cette quête n’est pas simple, remuer le passé ne se fait jamais sans heurts, et l’étape d’après – l’écriture – peut se révéler difficile, les graviers accumulés en route peuvent finir par obstruer complètement l’ouverture.

Quand cela se produit, l’auteur, avec beaucoup d’humilité, se confie à son lecteur, dessinant en creux les douleurs de son propre parcours.

« Je me suis arrêtée là. Une semaine est passée, et puis une autre, sans que je puisse ajouter au texte une ligne ni même un mot, comme si celui-ci s’était figé dans un statut temporaire, devait à jamais rester une ébauche, une tentative avortée. » (page 43)

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Et le chemin qui mène à l’écriture est, pour qui est sensible au sujet, presque plus intéressant que la matière en question.

« L’écriture ne peut rien. Tout au plus permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire. » (page 46)

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Le produit de tout cela est un roman massif mais pas effrayant ni inaccessible, sombre, effectivement, mais lumineux aussi, fascinant de justesse et de capacité d’observation, d’émotions maintenues à distance, à l’écriture mélancoliquement musicale.

L’on n’aurait peut-être pas eu besoin du tout [la fin + les moyens], mais c’est ce tout, avec ses maladresses ou ses imperfections, sa pudeur et ses touchants aveux de faiblesse, qui fait le charme de l’œuvre.

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Les trajectoires personnelles qui tendent à l’universel et résonnent en chacun, voilà ce qui fait les grands livres, on ne le répétera jamais assez. D’ailleurs, déjà, la presse s’emballe, les blogs de même – comment pourrait-il en être autrement ?

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Et on a hâte de lire un prochain roman de l’auteur désormais débarrassée, au moins en partie (ou juste un peu plus légère), du poids de ce passé.

 .

>>> Delphine de Vigan répondra à mes questions dans le prochain billet.

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23 réflexions sur “Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan

  1. D. de Vignan est un vrai auteur qui ne tombe effectivement jamais dans le « misérabilisme » comme vous le dites. Elle écrit les émotions et les non-dits, révèle avec pudeur et poésie, suggère mais jamais ne « déballe ». Je recommande aussi la découverte de ce roman. (http://e-litt.mezbourian.fr/2011/08/rentree-litteraire-2011-2-rencontre.html)
    D. de Vignan sera reçue à la librairie Le Divan (Paris 15, Convention) le 25 septembre.

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  2. Pour ne pas être influencée, je n’avais pas lu les chroniques des autres blogs avant de publier mon billet… et je découvre ton avis avec beaucoup d’intérêt car tu prends un angle un peu différent du mien.
    Et je vois à ta dernière phrase que nous avons les mêmes attentes pour le futur livre de Delphine de Vigan. 😉
    Et bravo pour l’interview!

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  3. Pingback: 4 questions à Delphine de Vigan | Sophielit

  4. Pingback: Grand Prix littéraire de l’Héroïne Madame Figaro 2012 | Sophielit

  5. Pingback: D’après une histoire vraie, Delphine de Vigan | Sophielit

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