L’unique objet de mon désir, Frédéric Teillard

Présentation de l’éditeur :

« Je t’ai murmuré cette nuit que je ne voulais pas partir demain, tu m’as dit reste, reste avec moi, ici. Ces mots m’ont d’abord été d’une douceur délicieuse, et puis ils m’ont épouvantée. »

.

C’est une idée d’Alix d’aller chez ses parents le temps des fêtes de fin d’année pour que Gilles, son époux, puisse travailler à son livre. Mais, une fois seul, en panne d’écriture, Gilles n’est plus très sûr que cela lui convienne. Alix, elle, en profite pour rejoindre son amant en Normandie. Mais, très vite, ses amours nouvelles qu’elle regardait hier comme un printemps, une renaissance, deviennent un déchirement. Elle ne sait plus rien de son désir d’insouciance et de légèreté et a besoin de son journal pour quitter l’un et pour être avec l’autre. Et Nino a peur que ce journal prenne toute la place, qu’Alix ne puisse plus l’arrêter. Peut-être qu’il a peur pour lui. Pour sa place. Et Alix qui n’est pas une femme libre et dont les liens sont trop nombreux, trop puissants, trop anciens, et les peurs trop vives, surtout.

Ces quelques jours seront-ils une parenthèse enchantée ou un nouveau départ ?

.

Récit de l’intimité de trois personnages en quête d’eux-mêmes, L’Unique Objet de mon désir allie une réflexion sur l’écriture à la question de l’amour. Dans une écriture fluide et sensuelle, Frédéric Teillard aborde, avec ce troisième roman, la confusion des sentiments, le désir d’aller au bout de soi-même et l’impossible équilibre entre légèreté et gravité.

.

Les écrivains ne sont sans doute jamais aussi bons que lorsqu’ils écrivent un sujet qu’ils connaissent par cœur. Ainsi Frédéric Teillard met-il en scène un écrivain en panne d’inspiration, qui tourne autour du pot plutôt que d’y rentrer. Sa voix alterne avec celle d’Alix, son épouse partie chez son amant en Normandie tout en prétextant qu’elle est à l’autre bout de la France. Resté à Paris, Gilles se pose mille questions, tandis qu’Alix voit son bonheur un peu gâché de ce qu’elle s’en pose presque autant. Déchirée entre deux hommes, de cet éternel dilemme entre passion et raison, entre quitter et rester, elle se confie à son journal intime – elle écrit, précisément quand son mari trompé ni parvient pas.

.

« Je ne peux ni quitter Gilles ni retourner auprès de lui désormais. Vivre sans toi m’est impossible, vivre avec toi excède mes forces. » (page 96)

« Je ne savais plus rien, je ne pouvais ni quitter Gilles, ni Nino, seulement trahir chacun d’eux lorsque j’étais avec l’autre. » (page 121)

.

Il n’est pas si fréquent que l’on soit entrainé dans les tribulations d’un écrivain moyen sans en passer par les clichés de l’artiste maudit, avec son cortège de sentiments négatifs et de pensées noires, du désespoir à l’auto flagellation en passant par l’incompréhension dont le concerné se sent victime et son envie récurrente de tout cesser.

Frédéric Teillard dresse un portrait très réussi de l’homme normal en costume d’écrivain (à moins que ce ne soit exactement le contraire) sur fond d’histoire de mœurs, une histoire belle mais simple, simple mais belle.

Il parsème son récit de réflexions savoureuses sur l’écriture et sur la lecture.

.

« La plupart de ceux qui lisent les livres et qui sont, eux-mêmes, une infime minorité de l’espèce humaine, ce qui tend à prouver que même les livres qui agissent comme un bonheur ou un plaisir ne sont absolument d’aucune nécessité ni au plaisir du plus grand nombre, la plupart de ceux qui lisent des livres attendent une confirmation de l’ordre des choses, en somme, encore une confirmation, comme s’il n’y en avait pas assez. » (pages 108-109)

« Les gens sont toujours flattés de servir de modèle même si, dans le tableau, leur visage est devenu méconnaissable ou que les traits en ont été étirés, tordus, transformés en taches, alors qu’ils détestent le plus souvent se retrouver dans un livre, s’y jugent amputés du meilleur d’eux-mêmes, augmentés du pire, pas assez présents, moins importants qu’untel, ou scandaleusement hybridés avec des étrangers. » (page 140)

.

L’écriture de ce livre au petit format est finement ciselée, les phrases sont souvent très longues mais, loin de le perdre, elles enchantent le lecteur de leur beauté, et de ce qu’elles tendent à la vérité – jusqu’à la surprenante chute.

Pour son personnage, on ne sait pas, mais quant à Frédéric Teillard, cela ne fait aucun doute : c’est un véritable écrivain.

.

L’auteur :

Frédéric Teillard est né en Belgique en 1956. Il a grandi entre la France, l’Allemagne et la Belgique. Il est professeur de français dans un lycée parisien et psychanalyste.

Son premier roman, Je ne sais pas (Stock, 2002 ; Le Livre de Poche, 2005), a fait partie des titres remarqués de la rentrée 2002. Il a été sélectionné pour le Grand Prix des lectrices d’ELLE et salué par la critique.

.

Ce billet a aussi été publié il y a quelques jours sur le site La Cause Littéraire pour lequel je fais désormais des chroniques.

 

Publicités

Une réflexion sur “L’unique objet de mon désir, Frédéric Teillard

  1. Pingback: Rentrée littéraire 2011 | Sophielit

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s