La femme et l’ours, Philippe Jaenada

 

femme-et-oursDeux ans après son dernier opus, le nouveau roman de Philippe Jaenada était très attendu, d’autant plus que son début a remporté en 2010 le Prix du roman inachevé.

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Un roman très attendu, c’est toujours à double tranchant. Surtout s’il paraît au milieu d’une flopée d’autres romans eux aussi très attendus.

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Et dans cette multitude de textes fraichement sortis des presses, Jaenada ne déçoit pas ; au contraire.

Surnageant au-dessus des histoires familiales et autres enquêtes personnelles, son autofiction (ou pas) à lui est une vraie bouffée d’oxygène. De la vie, (presque) pas de mort, et beaucoup d’humour en prime.

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Quatrième de couverture :

Jadis, Bix Sabaniego ne se couchait jamais avant l’aube. On parle d’un temps où il n’était pas marié et père de famille. C’est un révolté placide, un enragé doux qui se rêve en tigre (ou en ours). Et puis, un jour, une dispute conjugale, et le voilà parti, sac écossais sur l’épaule, dans une errance fortement alcoolisé, un bad trip aux couleurs de tous les bars du canal Saint-Martin, puis par cercles concentriques, le Lutetia, le Lubéron, et enfin un banc à Monaco. Splendeur, décadence et résurrection d’un Don Quichotte dont les moulins à vent seraient autant de brunes à fortes poitrines et à cervelles réduites. Sur le chemin qui le mène en enfer, on croise toute une humanité fracassée, des compagnons de beuverie, gueules cassées et amnésiques, une fille-fantasme, un ours kidnappeur, un champion de poker qui perd sa vie par insouciance, et même un couple échangiste en bonne santé…

La touche Jaenada, c’est la drôlerie et le désespoir, la chute sans fin et la lumière, là-bas, au bout du tunnel. C’est un romancier moderne et rock : un menteur qui dit la vérité.

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Bix est écrivain, il vit à Paris avec femme et enfant, se voit remettre un prix littéraire. Dans cet univers où toute ressemblance etc. ne serait que pure coïncidence, évoluent des personnages du coin de la rue (du café d’en face, plutôt) qui se révèlent très tendres sous leur aspect pouilleux.

Et Jaeneda nous entraine avec lui dans son road-movie à travers Paris puis à travers la France, voyage mouvementé et alcoolisé, furieusement lucide.

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« Je rentrais à la maison. Dehors, je ne sentais plus le froid, qui devait être pourtant plus vif, logiquement, qu’en milieu d’après-midi. J’aurais pu marcher en tee-shirt. Je n’allais pas si mal. Depuis l’apparition de l’homme sur terre, qu’a-t-on inventé de plus utile que l’alcool ? » (page 116)

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oursLa femme et l’ours se lit finalement comme un roman d’aventures, un roman d’aventures qui fait la part belle aux longues phrases parsemées de virgules, de parenthèses et de détails, caractéristiques du style Janaeda, aussi généreux que jubilatoire.

Et quant à la drôlerie des situations et des dialogues, elle n’a d’égal que la capacité de l’auteur à mettre en scène la comédie humaine et à sublimer l’ironie de l’existence.

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L’abus d’alcool, on le sait, est dangereux pour la santé. L’abus de la prose de Philippe Jaenada, en revanche, non. Ouf.

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« La vie est mal faite. On ne reste pas longtemps sur terre, objectivement, et pendant cette courte période, cet échantillon de temps, sans voir tout en noir (ni m’estimer plus maladroit ou malchanceux qu’un autre, après tout), on accumule surtout des emmerdes. Si on y pense calmement, à l’écart, si on observe ça sur une maquette, c’est comme si l’on n’avait qu’une seule fois dans son existence l’occasion d’aller aux Seychelles, par exemple, c’est le grand départ, et sur place il pleut pendant toute la semaine, de gros orages et des éclairs, l’hôtel est en travaux et la chambre sent le renfermé. Le petit se casse le poignet dès le deuxième jour, une spécialité locale nous vaut soixante-douze heures sur les toilettes, on perd tous ses papiers et c’est déjà l’heure du retour. On l’aurait mauvaise. Bien sûr, on a vu la mer, le sable blanc, les palmiers mouillés, c’était beau, et on a pu se baigner deux heures le jeudi, mais quand même. » (page 120)

 

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6 réflexions sur “La femme et l’ours, Philippe Jaenada

  1. J’avais déjà coché ce livre dans le supplément rentrée du magazine lire. Tu confirmes donc mon intuition, j’ai vraiment envie de lire ce livre et de découvrir cet auteur qui m’est pour l’instant inconnu.

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    • Son style est vraiment particulier, je pense que c’est sans demi-mesure, on déteste ou on adore (c’est mon cas, tu l’as compris).
      Et bientôt ici, philippe Jaenada en personne répondra à mes questions 😉

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  2. Pingback: 5 questions à Philippe Jaenada | Sophielit

  3. Je viens seulement d’apprendre qu’il existe un écrivain français Philippe Jaenada, qui, comme moi, adore Charles Bukowski et David Goodis et qui a eu quelques années où il ne lisait que des romans noirs américains des années 30-40. J’en ai encore dans ma bibliothèque. Je les regarde avec nostalgie, mais je n’ai pas envie de les ouvrir.
    Je viens de découvrir un écrivain qui a 10 ans de moins que moi mais qui paraît, je pense, 10 ans de plus. D’ailleurs, j’ai remarqué que les femmes ,enfin certaines femmes vieillissaient moins vite que les hommes. Elles gardent leur fougue, leur jeunesse d’esprit et de corps, tandis que les hommes à ces âges-là ont déjà une silhouette lourde, la tête presque chauve et il est impossible de les reconnaître sur les photos prises pendant la jeunesse. Cela m’a toujours intriquée : pourquoi deviennent-ils aussi méconnaissables ?
    Les admirateurs et les admiratrices de Philippe Jaenada, ne poussez pas des cris d’orfraie, je n’écris que ce que je pense. Parmi tous les écrivains c’est lui qui a suscité mon intérêt (Charles Bukowski et David Goodis), je n’ai pas lu un seul de ses livres, j’irai bientôt en choisir un.
    Je ne sais pas s’il est réellement ou faussement modeste. J’ai l’impression qu’il soit étonné lui-même qu’on s’intéresse à lui. Double raison pour le lire. A bientôt.

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  4. Pingback: Le meilleur de 2011 en 20 romans | Sophielit

  5. Pingback: La Femme et l’ours, de Philippe Jaenada | Cultur'elle

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