5 questions à Jesse Kellerman

  

Né en 1978, Jesse Kellerman, fils aîné des écrivains Faye et Jonathan Kellerman, est l’auteur de quatre romans.

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Parmi eux, trois sont traduits en français. Le premier publié en France, Les Visages, a été récompensé par le Grand Prix des Lectrices de ELLE 2010 dans la catégorie policier.

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Son troisième roman traduit en français, Jusqu’à la folie, qui paraît ce mois-ci aux Editions Les Deux Terres, est le premier qu’ait écrit le jeune écrivain.

[et il se gagne ici]  

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« Il y a de la littérature bonne comme mauvaise dans tous les genres littéraires. »

1. VOUS ET la lecture ?

Quand je ne suis pas plongé dans de la non-fiction pour mes recherches, je peux lire à peu près tout ce qui est bien écrit.

C’est la langue qui m’importe avant tout – et il y a de la littérature bonne comme mauvaise dans tous les genres littéraires.

Je m’attache à la musique des mots : staccato, musique abrupte, chez Hemingway, Ruth Rendell, ou plus douce, plus déliée, chez Nabokov ou Tom Wolfe.

Je cherche les utilisations surprenantes ou inattendues de la langue, une voix unique, un style ; j’ai commencé par le théâtre, la musique de la langue y est encore plus importante.

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« Quand je trouve un style, c’est comme si j’avais un nouvel ami. »

2. VOUS ET les livres ?

Le livre que j’aurais aimé écrire… Le Da Vinci Code, pour payer les factures !

Mais plus certainement, le Feu pâle de Nabokov, un poème de 999 vers avec un commentaire détaillé.

Dans mon Panthéon personnel, il y a des écrivains, des univers, plus que des livres. On y trouve Ruth Rendell, Nabokov bien sûr…

Quand je trouve la fameuse voix que je recherche – le style -, je cherche à tout lire de l’auteur pour ressentir, retrouver cette voix plus ou moins fortement d’un livre à l’autre.

C’est comme si j’avais alors un nouvel ami.

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« Je tente de considérer mon travail comme un métier, et de l’appréhender avec la même régularité que n’importe quel métier. »

3. VOUS ET l’écriture ?

Construire

A l’origine, ce sont les thèmes qui priment, et je construis autour. Pour Jusqu’à la folie, par exemple, je voulais situer l’intrigue à New York, où je vis, et dans le monde des études de médecine, car c’était l’univers de ma femme

Je commence toujours avec une idée très précise de ce que sera l’intrigue. Je fais un brouillon, mais en général tout change en cours d’écriture. J’ai ainsi rendu une première version de Jusqu’à la folie à l’éditeur, puis c’est devenu très différent – et mon éditeur m’a détesté pour ça.

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Etre père

Ma femme et moi avons venons d’avoir un enfant, cela a bouleversé notre emploi du temps, et donc changé ma façon de travailler. Aux niveaux thématique et artistique également, car ma perception a été chamboulée. J’ai l’impression que cela m’a donné plus de profondeur, car ce qui est important émotionnellement a changé – c’est un changement dans l’écriture que je perçois, tout en ne sachant pas si les autres le verront.

Aucun protagoniste de mes premiers romans n’avait d’enfant, car si je sais ce qu’est être un enfant, je découvre seulement ce qu’est être parent. Auparavant, j’étais réticent à écrire sur cette relation, je craignais que cela ne sonne faux.

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Durer

Avec les années, je n’écris pas plus vite ni plus facilement, au contraire. Comme je n’écris pas de série, j’ai l’impression de réinventer un monde à chaque fois, et je dois en plus veiller à ne pas me répéter (je bénis d’ailleurs les outils de recherche informatique).

J’espère écrire de mieux en mieux, je n’ai que 33 ans, j’espère encore m’améliorer, la route devant moi est longue. En revanche, j’ai de plus en plus confiance en moi (même si je relis encore mes précédents romans dans les moments où je doute d’être capable de finir un livre), je prends de plus en plus de risques.

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Sonner juste

Je fais toujours beaucoup de recherches pour mes romans, des recherches sur le terrain et à partir d’ouvrages. Il est finalement inutile de chercher à devenir un pro du sujet, l’important est de parvenir à trouver la limite entre donner une impression de réalisme et noyer le lecteur dans trop de jargon technique.

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Travailler

Je tente de considérer mon travail comme un métier, et de l’appréhender avec la même régularité que n’importe quel métier. Je travaille chez moi, les interruptions sont compliquées à gérer – quand j’entends mon fils notamment. J’essaye de ne pas me trouver d’excuses pour ne pas écrire. Je m’impose une vraie discipline, un planning régulier.

J’aime les rituels, j’essaie de stabiliser l’environnement, c’est ce qui me permet d’être créatif. Certains artistes ne peuvent écrire, créer qu’à partir du chaos, que si leur vie est détruite, moi non. Je suis quelqu’un de très ennuyeux, finalement !

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« Parler d’anciens livres est parfois compliqué. »

4. VOUS ET la promo ?

Quand j’ai rendu le livre à mon éditeur, je me sens comme purgé de ce qu’il y a dedans. J’aimerais ne plus jamais en parler – mais la promo ne le permet pas !

J’ai toujours l’impression d’être amoureux du livre que je suis en train d’écrire. Alors, parler d’anciens livres est parfois compliqué, c’est comme si je parlais d’anciennes relations, qui ne se sont pas forcément mal terminées – simplement, c’est du passé, et ça n’est pas toujours évident pour moi de me remettre dans l’état d’esprit d’alors.

Il y a une sorte de nostalgie.

Mais le fait de parler avec des gens qui lisent un roman pour la première fois m’aide à ce retour en arrière.

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« Je viens d’achever l’écriture d’une comédie. J’aime briser les frontières entre les genres… »

5. VOUS ET vos projets ?

Inclassable

Je viens d’achever l’écriture d’une comédie. Ca a la structure d’un thriller et c’est en même temps une parodie de thriller. J’aime les livres et les écrivains qu’on ne peut pas facilement classifier.

Il était tellement évident de me classer dans les rayons thriller des librairies pour mes deux premiers livres, sans compter que mes parents en écrivent aussi. Mais je crois que chaque grand livre a une part de mystère, et j’aime briser les frontières entre les genres. Par exemple, dans Les Visages, le héros fait un boulot de détective mais il n’est pas détective. Ce qui m’intéresse, c’est de prendre des structures conventionnelles et de les moderniser.

J’essaie de changer de style à chaque fois, d’adapter le ton à l’histoire. Ainsi, Jusqu’à la folie contient davantage de violence et de sexe que Les Visages, plus langoureux. On a tous plusieurs personnes à l’intérieur de soi, j’essaie d’en faire ressortir chaque fois une différente.

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Adaptable

Les droits cinéma de mes trois romans publiés aux Etats-Unis ont été achetés, plusieurs personnes se disent intéressées pour en faire des adaptations. Mais j’ai grandi à Los Angeles, ville de l’industrie cinématographique, alors je pars du principe que tous les gens qui travaillent dans cette industrie mentent. Je m’en remettrais, si mes romans ne devenaient jamais des films !

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Propos librement traduits par moi.

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9 réflexions sur “5 questions à Jesse Kellerman

  1. Quand j’ai vu « Da Vinci Code » j’ai eu peur ! Mais si c’est juste pour payer les factures, ça va.
    Le fait qu’il soit attaché à la musique des mots me donne un peu plus envie de découvrir un des ses romans.
    (et sympa les photos !)

    J'aime

    • Et bien, ce sont les éditions Les 2 Terres, le nouvel éditeur de Jesse Kellerman en France, qui ont réuni quelques bloggeurs (qui se sont révélés être finalement uniquement des bloggeuses) lors de la venue de l’auteur en France en septembre…

      J'aime

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