5 questions à Philippe Jaenada

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Né en 1964, Philippe Jaenada est l’auteur de sept romans.

Le premier d’entre eux, Le Chameau sauvage (adapté au cinéma sous le titre d’ A + Pollux) a remporté le Prix de Flore 1997.

Ont suivi Néfertiti dans un champ de canne à sucre (1999), La Grande à bouche molle (2001), Le Cosmonaute(2002), Vie et mort de la jeune fille blonde (2004), Plage de Manaccora, 16 h 30 (2009).

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Le dernier en date, La femme et l’ours, est paru en septembre.

 

  

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« J’aime que les livres aient des traces. »

1. VOUS ET la lecture ?

Je lis de façon extrêmement régulière : jamais dans la journée, mais en revanche toujours avant de dormir. Je lis une heure dans mon lit, il n’y a même que cela qui m’endorme.

J’ai de vraies périodes de lecture; ainsi, pendant plusieurs années, j’ai lu majoritairement des romans noirs américains des années 30-40. Ces « périodes » excluent l’envie de suivre l’actualité littéraire ou de demander des conseils. Je n’ai ainsi rien lu à ce jour de la rentrée littéraire.

Je reçois aussi beaucoup de manuscrits, on pense que j’ai un quelconque pouvoir parce que je suis édité. Avant, je les lisais, mais même si c’est fait avec des pincettes, donner son avis fait toujours du mal ; désormais, je refuse systématiquement ces textes, et ne lis pas ceux que l’on continue à m’envoyer malgré tout.

Je respecte peu l’objet livre, je corne facilement les pages. J’ai beaucoup lu dans mon bain, du temps où je prenais des bains, et j’aime prendre un livre dans ma bibliothèque et y découvrir des pages boursouflées par l’humidité. J’aime que les livres aient des traces.

Je les garde tous, et pourtant (et malgré l’envie) je ne les relis jamais. Ca a à voir avec la peur de la mort, tout ça… Je me dis que chaque livre que je relis, c’est aussi un nouveau livre que je ne lirai jamais.

Toutefois je n’ai pas plus d’émotion à l’idée que des livres partent au pilon que quand je vois que l’on jette des lampes de chevet hors d’usage…

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« Ce que je lis influence de moins en moins mon écriture. »

2. VOUS ET les livres ?

J’ai lu dernièrement Rafael, derniers jours, de Gregory McDonald, Touriste, de Julien Blanc-Gras, et Le ravissement de Britney Spears, de Jean Rolin.

Mes prochaines lectures : Je vous prête mes lunettes, de Anna Rozen, HHhH, de Laurent Binet, Bangkok Tattoo, de John Burdett.

Dans mon Panthéon personnel, Richard Brautigan et Charles Bukowski se détachent nettement. Côté polars, je citerais aussi David Goodis, qui est celui qui m’a donné envie d’en lire.

Ce que je lis influence de moins en moins mon écriture. Si je relisais Le Chameau sauvage, je pourrais y retrouver tous les livres que j’étais en train de lire à l’époque de l’écriture. Inconsciemment, je reproduisais. L’influence de Bukowski sur mon deuxième roman est ainsi très nette ; et plus le temps passe, plus l’influence est diffuse.

J’imagine que cela est lié au fait que je vieillisse. Quand tu es ado, tu copies ce que tu vois ; à quarante ans, non.

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« Je n’éprouve aucun plaisir à écrire ; je préfère jouer au poker. »

3. VOUS ET l’écriture ?

Je n’ai jamais réussi à écrire une seule ligne dans la journée – et ça n’est pas une posture.

Je suis obligé de m’astreindre à des créneaux pour écrire.

Je commence à 1h du matin, je prends un premier café, je surfe sur Internet. Trente minutes plus tard, deuxième café – puis je débranche le câble Internet, et je vais le planquer là où je suis sûr que je ne pourrai pas aller le chercher avant le lendemain (c’est-à-dire dans la chambre où ma femme dort). Ce câble me donne l’impression d’une sorte de trou vers l’extérieur. Lorsqu’il est enlevé, je peux commencer à écrire.

J’arrête à 6h du matin, même si je suis en pleine inspiration. Arrêter à heure fixe est la seule solution pour que le mécanisme du début se déclenche. Je suis réglé comme ça et ça fonctionne, je me suis domestiqué.

Je n’ai jamais fait de travail de documentation pour écrire, car ce que j’ai écrit jusqu’à présent tourne autour de ce que j’ai connu, j’écris d’ailleurs des émotions, des sentiments plutôt que des faits. Mais c’est en train de changer.

Dans La femme et l’ours, j’ai intégré des éléments autres, des histoires très détachées de moi, des histoires de déclins ou de décadence qui concourent à ma chute du personnage, et j’ai aimé cela. Et non seulement je me suis prouvé que j’en étais capable, mais en plus les premiers retours de lecteurs me confirment que cela plait.

Je serai toutefois incapable de faire ce qu’a fait Emmanuel Carrère pour L’Adversaire – il est allé jusqu’à rencontrer Jean-Claude Romand en prison.

Je n’éprouve aucun plaisir à écrire – une sorte d’excitation quand j’écris un passage qui me plait, mais c’est tout ; sinon, je préfère jouer au poker.

En 2006, j’ai voulu arrêter d’écrire, puisque que ça ne m’apportait rien en termes de satisfaction. Et là, je me suis senti perdu. Plus qu’un creux, un vide. J’étais à plat ; autant mourir, me suis-je dit. Alors, j’ai recommencé.

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« J’ai créé un blog avec des photos de femmes et d’ours. »

4. VOUS ET Internet ?

J’ai une alerte Google pour savoir ce qui parait sur moi. Je suis à un stade de trop petite notoriété pour qu’on dise du mal de moi. Dans les papiers à mon sujet, il y a souvent des incohérences, mais même si le mec n’a pas compris le livre qu’il en parle flatte l’égo. Ca n’est pas très noble, n’est-ce pas ?

Dans certains articles, je découvre aussi des choses que j’ai mises dans mes livres de façon inconsciente ; c’est intéressant. Il y a eu comme ça des clins d’œil à l’Odyssée d’Homère ; chez moi, c’est emmagasiné, et quand c’est ressorti, ce sont les autres qui l’ont vu.

J’ai un site Internet, qui a été créé par un lecteur qui me l’a proposé. Il y a notamment une revue de presse sélective, avec les papiers qui ont un vrai intérêt, qui apportent quelque chose, comme, pour La femme et l’ours, l’article du Monde. C’est utile, d’avoir un site.

J’ai aussi créé un blog avec des photos de femmes et d’ours. L’idée m’est venue par hasard, et autour de moi on s’est pris au jeu, ce qui a sans doute participé à augmenter le buzz au sujet du livre avant sa sortie…

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« Plus ça va, et plus le temps entre deux livres se réduit. »

5. VOUS ET vos projets ?

Avec La femme et l’ours, je serai le 19 octobre à 17h30 à la Fnac de Paris Montparnasse, puis en novembre le 4 à Asnières-sur-Seine (La librairie Nouvelle), les 5 et 6 à la Foire du Livre de Brive, le 9 à Lille (Le Bateau livre), le 11 au Salon du Livre de Trouville, le 16 à la librairie Textures (94 avenue Jean Jaurès, 75019 Paris), le 18 à la Fnac de Nancy, et du 25 au 27 au Salon du livre de Pau.

Et je vais me remettre à écrire. Avant, je laissais passer un an, un an et demi entre deux livres. Plus ça va, et plus ce temps se réduit. Mes sept premiers livres ont constitué un cycle qui est terminé. Je vais en démarrer un nouveau.

J’ai la hantise du travail, je ne considère pas qu’écrire en soit un. Même l’écriture alimentaire (écrire des potins dans Voici) ne l’est pas pour moi.

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5 réflexions sur “5 questions à Philippe Jaenada

  1. J’aime beaucoup votre interview, et quelle bonne nouvelle d’apprendre que le prochain Jaenada ne se fera pas trop attendre.
    Il oublie cependant de dire que le 7.10 il était à la médiathèque de Mazé, trou perdu du Maine et Loire, et que la soirée en sa compagnie, chaleureuse, généreuse, drôle et touchante ( sa compagnie ), fut exquise et mémorable.
    J’ai hâte de lire d’autres chutes que la sienne, vive le Jaenada nouveau !

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    • @Pimprenelle : il me l’a dit, mais comme l’interview a eu lieu avant Mazé, j’ai préféré indiquer les seules dates à venir. Ravie en tout cas que la soirée ait été bonne !

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  2. Pingback: Prix d’automne : moisson de listes | Sophielit

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