Histoires Jivaro, Luc-Michel Fouassier

Régis Jauffret, avec Microfictions, a proposé 500 histoires, classées dans l’ordre alphabétique de leur titre, remarquables par leur forme, inoubliables par leur puissance – un exercice qui force le respect.

Luc-Michel Fouassier, lui, propose avec Histoires Jivaro, 100 nouvelles de 100 mots, classées de la même façon, avec cette particularité que tous les titres se terminent en -ure (ce qui nous interroge sur le nombre de mots en -ure que compte la langue française), et que le recueil est publié par les éditions belges de référence en matière de nouvelles, j’ai nommé Quadrature (qui est aussi le titre d’une nouvelle, sans rapport cependant).

.

Quatrième de couverture :

Ecrire la quintessence de la nouvelle, celle dont parlait Hemingway et qui tiendrait sur le dos d’une boîte d’allumettes. C’est à cet exercice que s’est livré l’auteur de ce recueil en capturant ces histoires et en les limitant à cent mots, à la manière des indiens Jivaro piégeant les esprits dans des têtes réduites.

.

Chez Martine, l’auteur (par ailleurs co-animateur de la revue Rue Saint Ambroise) révèle comment lui est venue cette idée qui a pour résultat un OLNI à mettre entre toutes les mains, des plus réfractaires à la lecture aux plus amatrices de perles d’écriture.

Un livre dont le contenu, frais et inattendu, souvent drôle, parfois un peu amer, qui n’est pas sans évoquer par instants Roald Dahl, suprême maître du genre, est à savourer petit à petit.

.

Ci-dessous, la preuve par deux.

.

Allure

Lorsqu’il a emménagé dans l’appartement voisin, je lui ai tout de suite trouvé une drôle d’allure. Quelque chose dans la démarche. Cette façon de tendre le cou, le dos bombé. J’ai aussitôt pensé à une tortue.

Depuis, je me suis beaucoup amusé à comparer mes congénères à des animaux. C’est devenu un jeu. Presque une manie.

Tel chauve: une autruche.

Tel joufflu: un bouledogue.

Le serveur du café, ses grandes oreilles, une espèce de lémurien.

Amusant jusqu’à ce matin. En me rasant, juste face à moi dans la glace: un beau groin de cochon.

.

Caricature

J’y avais droit à tous les repas de famille. Pour certains, cela se termine invariablement par une bonne cuite. Moi c’était les imitations. Voyez comme le p’tit a du talent ! On venait parfois me chercher jusque dehors où je jouais tranquillement. Je devais monter sur la table et imiter, en vrac, Chirac, Mitterrand, Belmondo et j’en passe.

Un jour, j’en ai eu assez. C’était la communion du frangin. J’ai mis mes dents en avant et j’ai commencé par tatie Sylvie. Puis, j’ai fait défiler toute la famille.

Ce fut ma dernière prestation.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s