5 questions à Fabrice Lardreau

  

Fabrice Lardreau est l’auteur de six romans, dont Une fuite ordinaire (Denoël, 1997) et Contretemps (Flammarion, 2004).

Le dernier en date, Un certain Pétrovitch, est paru lors de la rentrée littéraire aux Editions Léo Scheer.

Fabrice Lardreau contribue également au magazine Transfuge.

(photos © David Ignaszewski/Koboy)

 

  

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« Si je n’étais pas si maladroit, je lirais même en marchant. »

1. VOUS ET la lecture ?

Je ne suis pas un lecteur très rapide ; mon rythme de lecture varie en fonction de la nature du texte : à un moment donné, mon souffle de lecteur, donc mon rythme de lecture, se calque sur le rythme de l’auteur.

Je lis partout, tant que l’assise est ferme, y compris dans les transports en commun ; si je n’étais pas si maladroit, je lirais même en marchant.

Je lis aussi à titre professionnel. Ces lectures « contraintes » nécessitent un certain type d’attention pour pouvoir rendre compte du texte de façon rationnelle ; il est donc difficile de se laisser porter par les ouvrages en question.

Je ne sais pas si je suis prêt à lire de la fiction sur un e-book mais, grâce à une amie qui travaille pour le programme Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF, j’ai mieux compris les apports du livre électronique pour la recherche documentaire. Je crois qu’en tant qu’auteur, on a intérêt à aller vers cette technologie plutôt que de la subir.

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« « Le Maître et Marguerite » est pour moi le texte parfait. »

2. VOUS ET les livres ?

J’essaie, dans mes lectures, de ne pas chercher à comprendre ce qu’est la littérature. Mon maître à penser est Nabokov, avec qui j’ai « appris à lire » à 35 ans. J’ai révisé ma manière d’aborder la lecture grâce à l’attention qu’il porte aux détails. Il privilégie la langue au côté informationnel d’un roman.

Mes lectures sont diversifiées, allant de Proust à la science-fiction.

Parmi les auteurs que j’aime particulièrement, on trouve Philip K. Dick, Céline, Proust, Flaubert, Nabokov, Gogol. Les circonstances dans lesquelles le narrateur d’Un certain Pétrovitch découvre la nouvelle « Le Manteau » sont autobiographiques. Je reste persuadé que ce texte est véritablement universel. Je l’ai relu à des âges différents et il me parle toujours d’une manière viscérale.

J’aime aussi Dostoïevski, Boulgakov. « Le Maître et Marguerite » est pour moi le texte parfait. Structure, langue, imagination, humour, érudition… tout y est. Je m’étonne d’ailleurs que Nabokov, dans ses cours de littérature, ne parle pas de Boulgakov.

En ce moment, je lis « Good bye Colombus », un recueil de nouvelles de Philip Roth dont le thème se rapproche de celui de mon prochain roman, ainsi que « Les Américains », un ouvrage en deux tomes d’André Kaspi. Et pour après… mes étagères sont pleines !

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« J’ai besoin d’avoir une architecture globale avant de me lancer. »

3. VOUS ET l’écriture ?

J’écris désormais toujours sur ordinateur. J’ai rédigé sur cahiers mes quatre premiers romans, mais à présent je ne pourrais plus revenir à l’écriture à la main. Le clavier personnifie encore plus le rythme d’écriture, selon moi.

Je suis matinal, je réserve le matin à l’écriture, en buvant du café.

Je commence par une phase de documentation et l’écriture de fragments. Je m’attache à la structure, j’ai besoin d’avoir une architecture globale avant de me lancer. Pour Un certain Pétrovitch, j’ai écrit les « Chroniques » à la suite les unes des autres (à l’exception des deux premières), avant de les intercaler avec des chapitres ; j’avais en revanche écrit le roman précédent chronologiquement.

J’ai besoin de calme pour écrire, mais paradoxalement j’aime écrire dans le train. Je mets alors des bouchons d’oreille. Mais j’aime l’idée d’être au milieu des gens, et en mouvement.

Par ailleurs, beaucoup d’idées me viennent en marchant.

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« Les blogs sont comme tous les médias : il y en a des bons et des médiocres. »

4. VOUS ET Internet ?

J’avais un site Internet, puis Facebook a pris le relais.

Sur Internet, je vais lire ce que l’on dit de mes romans. Evidemment, lire du positif me fait du bien, tandis que quand c’est l’inverse, ce qui n’est pour l’instant arrivé que sur quelques blogs, ça ne me fait évidemment pas plaisir – sur le moment, j’ai toujours tendance à croire que l’auteur a raison, je me sens comme un élève qui aurait mal fait son travail.

Les blogs sont comme tous les médias : il y en a des bons et des médiocres. Internet est un espace de démocratie et de contre-pouvoir, bien que sa force se soit atténuée avec le temps, notamment avec l’apparition des blogs nés de sites.

Mais ce caractère démocratique a aussi sa limite – populiste : tout le monde a un avis sur tout, il en va de la culture comme de la politique. Sauf que tout le monde n’est finalement pas aussi légitime pour s’exprimer, et il n’y a aucun filtre. Cela génère donc le meilleur comme le pire.

Dans les blogs de lecture, il y a un côté café du commerce : les bloggeurs n’ont pas forcément fait l’apprentissage de la lecture et de la critique littéraire…

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« J’ai un projet de roman ambitieux, qui se déroule sur trois générations… »

5. VOUS ET vos projets ?

Je dédicaçais ces jours-ci Un certain Pétrovitch à la Belle Hortense (Paris 4ème).

Je suis prudent pour les salons et autres foires du livre, je me tiens à l’écart de ceux qui sont organisés comme des marchés. M’asseoir derrière une table pour vendre mes livres ne m’intéresse plus tant… En revanche, quand on me convie à participer à une table-ronde, quand ma présence a un sens, je m’y rends volontiers.

Je suis salarié du Club Alpin Français, et rédacteur pour La Montagne, ce qui m’amène à rencontrer des passionnés de marche – des écrivains notamment, tels Emmanuel Carrère, et ça ne m’étonne pas, car pour moi l’écriture et la marche sont liées, les deux mouvements sont assez proches. Une première série de portraits a d’ailleurs fait l’objet d’un livre : Versants intimes (Arcadia). J’espère qu’un deuxième ouvrage suivra.

Et je travaille donc à un nouveau roman : pour le travail de documentation, j’irai à Brooklyn et en Biélorussie en 2012. C’est un roman ambitieux, qui se déroule sur trois générations. En parallèle de ce travail de terrain, je commence déjà à me nourrir de fictions et de documents sur les sujets que j’ai choisi d’y traiter – les Etats-Unis, la communauté juive, la Seconde Guerre mondiale…

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