Tu seras écrivain mon fils, François Bégaudeau

Cynique, grinçant, sarcastique, désabusé, provocateur voire polémique.

Les qualificatifs ne manquent pas pour décrire ce petit livre inclassable, faux abécédaire, vrai recueil de réflexions sur le fait d’écrire et la façon dont la société considère l’écrivain.

Et si François Bégaudeau agace parfois, car il a tendance à surjouer le mythe de l’écrivain, à s’installer dans des postures, à tirer sur l’ambulance, il se révèle aussi malin et juste dans bon nombre de ses appréciations.

Florilège de citations permettant d’en juger :

 

Tu 

Si comme je te le souhaite ton livre est édité, si même d’autres lui succèdent, il te restera à accomplir le plus difficile : gagner le titre d’écrivain.

Car, si étrange que cela te paraisse, écrivain désigne moins une activité, celle d’écrire, qu’un galon, une légion d’honneur remise virtuellement par un chœur abstrait dont le chant s’élève sur un postulat non négociable : parmi les publiés, la plupart ne sont pas écrivains. (page 4)

 

Au commencement 

[…] Des sages se concertèrent et établirent qu’écrire ne suffit pas à être écrivain, sinon l’écrivain perdrait la qualité de rareté qui le définit. Un oiseau rare qui prolifèrerait ne serait plus un oiseau rare. Et l’on en dirait autant d’une perle.

On inventa le vrai écrivain. (page 8 )

 

Caché 

[…] Le vrai écrivain est timide et introverti. Il est tout intériorité ; ne montre rien à l’extérieur. Dans une cour de récréation on reconnaît le futur vrai écrivain au fait qu’il n’offre pas sa verge à l’appréciation des filles de CM2. (page 12)

 

Médiatique

La version la plus aboutie du faux écrivain est l’écrivain médiatique. L’écrivain médiatique est le contraire d’un vrai écrivain, car les médias sont le contraire de la littérature. Les médias sont bruyants, foisonnants, sommaires, ramenards, la littérature est silencieuse, rare, dépliée, recueillie. (page 13)

 

Lettres (République des) 

[…] Ceux qui déplorent que la grande majorité des jeunes se désintéresse de la littérature doivent se dire que si tous l’aimaient au point de vouloir la pratiquer à leur tour, ce serait l’enfer, n’importe qui écrirait, ma cousine hôtesse de l’air publierait ses poèmes, l’écrivain en viendrait à penser qu’il y a trop d’écrivains. (page 102)

 

Sérieux 

Un auteur contemporain fit bien de tancer une éditrice qui lui proposait de « s’amuser » à préfacer la réédition d’un classique ; fit bien, oui, de stigmatiser ce terme, « s’amuser ». La littérature est une affaire sérieuse, tonna-t-il. […] Que la littérature soit une affaire grave se vérifiera sur les photos d’écrivain. Ils ne sourient pas, l’esprit absorbé par la tâche. […] Le vrai écrivain n’arrête jamais d’écrire et ne rit jamais, du moins pas dans ses moments d’écrivain. (page 115)

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