Bol d’air, Serge Joncour

« Au bout du chemin il y avait une ferme, la cour était sans fond, une sorte de lac épais d’où deux petits bâtiments émergeaient, […] des arbres tout autour, et au-dessus un ciel noir fait de la même boue. Ici le silence venait de loin. » (page 23)

 

C’est dans un décor sinistre que Philippe vient prendre son bol d’air. Un décor sinistre dans lequel vivent ses parents, tout contents de la visite de leur fils qui fait une brillante carrière dans les ordinateurs, à la ville.

D’emblée, Serge Joncour (L’idole, L’homme qui ne savait pas dire non, …) dépeint les lieux, les gens et les scènes de la vie rurale avec la lenteur d’un après-midi d’automne à la campagne par temps pluvieux.

 

« A chaque fois qu’il retrouvait son père il ressentait ça, d’abord une affection, d’abord il le trouvait cocasse, presque amusant, puis très vite, au bout d’une heure ou deux, d’un coup ça se gâtait et il ne pouvait plus l’encadrer. » (page 29)

 

Si Philippe s’agace très vite du comportement de ses parents, il prend cependant sur lui, car ça n’est pas véritablement l’envie de passer du temps avec eux qui l’a mené jusqu’à ce coin reculé : il est en situation de faillite personnelle, il n’a plus d’emploi et même son portable ne fonctionne plus.

C’est sa mère, qui revit d’avoir son fiston à la maison, qui va s’en apercevoir la première.

Et, trop heureuse de reprendre son rôle de mère comme si seul celui-ci lui donnait l’impression d’exister, elle ne dit rien et fait retomber Philippe en enfance.

 

« La seule petite lacune […] c’était le nombre de bougies. La mère eut beau retourner tous ses placards, fouiller tous les tiroirs, pas moyen d’en trouver plus que cette petite poignée, elle était loin du compte.

C’est donc dans cette ambiance de fête passablement assumée que Philippe, happy birthday to you, souffla tout tranquillement ses quinze ans. » (page 40)

 

Avec un humour grinçant, des phrases douces mais percutantes, Serge Joncour campe des personnages formidables de justesse. Il met en mots les non-dits, rend palpable l’imperceptible, et propose avec ce court roman un film aux teintes un peu passées, empreint de cette paradoxale nostalgie qui nous fait aimer, malgré tout, ce et ceux dont on s’est volontairement éloigné(s).

 

Ce billet a aussi été publié il y a quelques jours sur le site La Cause Littéraire.

 

Egalement sur ce blog :

L’idole, L’homme qui ne savait pas dire non, et une interview de Serge Joncour

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3 réflexions sur “Bol d’air, Serge Joncour

  1. Pingback: Bol d’air, Serge Joncour | Chronique de livres | Scoop.it

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