Et rester vivant, Jean-Philippe Blondel

Et rester vivant

Les faits relatés ici sont d’une rare violence.

A l’âge où l’on passe son baccalauréat en toute insouciance, Jean-Philippe Blondel a perdu son frère et sa mère dans un accident de la route.

Le père était au volant.

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Quatre ans plus tard, celui-ci se tue à son tour, dans un autre virage.

Reste Jean-Philippe.

Plus de famille, plus de comptes à rendre, rien qu’un bel héritage, et deux amis – en réalité une petite amie en passe de devenir une ex, et un meilleur ami en train de le remplacer dans le cœur de celle-ci.

Avec eux, il s’envole de l’autre côté de l’Atlantique, poursuivant une chanson devenue obsession.

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« Quand on me croise, on compatit. On me touche le coude, on m’effleure le bras, on refoule les larmes, on me dit que c’est bien, que je suis courageux, que ça va aller, hein ? Je ne réponds pas. Je laisse glisser. Je continuer d’enchaîner les longueurs dans ma piscine intérieure et je fais attention à ce que le chlore ne rougisse pas mes yeux. » (pages 24-25)

« Je ne réponds rien. Je ne suis pas soumis aux regards de ceux qui m’ont vu grandir. Je peux devenir ce que je veux. Je peux aussi mourir demain. Je tamise entre mes doigts le sable très fin de Cabo San Lucas. Il est d’une extrême fluidité. Impossible, même en creusant, de trouver du sable mouillé pour le transformer en château. Or moi, j’ai besoin de construire. » (pages 190-191)

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Point d’apitoiement ici. Les condoléances ne trouvent pas grâce aux yeux du narrateur – la douleur ne se peut partager – et ne sont pas ce qui compte.

Deux décennies se sont écoulées depuis le deuxième accident, et l’auteur est parvenu à construire – et à écrire. Dans la langue simple – mais pas facile pour autant – qu’on lui connaît, il dépeint cette terrible impression de tomber dans un puits sans fond, de ne plus rien avoir à quoi se raccrocher, et décrit ce voyage initiatique dans lequel il reprend, pas à pas, kilomètre après kilomètre et chapitre après chapitre, pied dans la vie. Sans doute que seule cette écriture fluide et douce, ces phrases courtes et légères, pouvaient permettre de narrer ces événements si lourds.

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« J’aimerais être débordé dès que je me réveille – avoir tellement d’obligations et de contraintes que je n’ai le temps de penser à rien, que je n’ai pas le loisir de me voir vieillir. » (page 192)

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De son drame personnel, Jean-Philippe Blondel a fait un récit d’une grande beauté, un texte inoubliable dans lequel la vie laisse exploser sa pleine consistance et la nature son infinie beauté.

Un ouvrage à la portée universelle, qui se pose aussi en démonstration de ce que l’écriture peut avoir de salvateur.

Un hymne à la vie, qui « ressemble à un hommage – à ceux qui sont partis, mais plus encore, à ceux qui m’ont permis de rester. » (page 245)

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Cette chronique est également parue sur le site La Cause littéraire.

 

Egalement sur ce blog concernant Jean-Philippe Blondel :

Le baby-sitter

5 questions à Jean-Philippe Blondel

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11 réflexions sur “Et rester vivant, Jean-Philippe Blondel

  1. ouvrage qui n’est pas du tout mis en avant dans les librairies de ma ville, voire inexistant…quel dommage!
    En tout cas, il démontre un magnifique cheminement personnel. J’ai beaucoup aimé.

    J'aime

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