Les Morues, Titiou Lecoq

 

Ne pas s’arrêter à la couverture : ce roman dense n’est pas qu’une affaire de jeunes femmes sexy – au contraire.

 

Les Morues, ce sont trois trentenaires, Ema, Gabrielle et Alice, qui ont édicté en « charte » leurs grands principes concernant la vie, l’amour, les hommes, bientôt rejointes par une quatrième personne – Fred, un homme, ami de longue date d’Ema.

 

« J’ai juste envie d’égoïsme. Je ne veux pas m’enfermer et penser pour deux. Je veux d’abord exister pour moi plutôt que d’exister uniquement à travers les yeux de quelqu’un d’autre. » (page 77)

« On est amoureux donc on veut passer tout notre temps ensemble, donc on néglige nos vies individuelles au profit de l’entité couple. » (page 395)

 

Les réunions de cette petite bande constituent le fil rouge de ce roman qui dresse le portrait d’une génération un peu paumée et met en scène les contradictions féminines à l’épreuve de la vraie vie. Et s’y mêle un second fil rouge : l’enquête autour du suicide de Charlotte, la meilleure amie d’Ema, au moment où Charlotte venait de découvrir un embarrassant projet de privatisation de lieux culturels…

 

« C’était facile d’arborer des principes féministes tant qu’ils ne perturbaient pas le quotidien. Mais dire ‘Oui, je suis libre, je couche avec qui je veux’ ça impliquait aussi de ne plus dire d’une autre femme ‘C’est vraiment une pétasse, elle se tape n’importe qui’, phrase qui servait évidemment à discréditer une concurrente dans l’éternelle compétition entre femmes et permettait de dire aux hommes ‘Regardez comme moi je suis une femme bien, de celles qu’on épouse.’ » (page 34)

 

Titiou Lecoq possède une écriture riche qui fait se côtoyer des styles et des langages variés, « nonobstant « pouvant jouxter « Myspace » et « en pleine gueule ».

Les pages de ce premier roman prometteur, résolument moderne, regorgent d’humour et de désillusions, de scènes cocasses façon série TV et d’envolées lyriques dignes des grandes héroïnes romantiques.

 

« Vivre dans l’ignorance, dans l’avant de la connaissance. C’était quelque chose dont ses fameuses capacités l’avaient privé très tôt mais il enviait tous ces gens qui respiraient sans voir les conséquences de rien. Eux n’étaient pas condamnés à vivre libres. » (page 226)

« Le bonheur d’abandonner les armes, les responsabilités, la liberté, pour s’en remettre à un maître. Le bonheur aussi de pouvoir ensuite lui reprocher de les priver de cette liberté qu’elles avaient déposée à ses pieds. » (page 397)

 

L’auteur s’attache visiblement à accorder la forme au fond, s’autorisant à parcourir toute la gamme des écritures, comme ses protagonistes qui ne se refusent pas grand-chose et revendiquent, par-dessus tout, leur liberté, s’affranchissant des codes pour mieux proposer les siens.

 

« Les Morues » se révèle être un roman qui happe et qu’on ne lâche pas, tant le rythme est soutenu, tant les personnages aux mille facettes sont attachants ; et ce coup d’essai se révèle être un roman générationnel aussi enthousiasmant qu’une bonne soirée à parler politique, couple et à refaire le monde entre copines.

 

« On vivait par étapes, pas sur une grande déclaration d’intention définitive. » (page 425)

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3 réflexions sur “Les Morues, Titiou Lecoq

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