Un homme jetable, Aude Walker

Jules a vingt ans, le diable au corps et une envie pressante de quitter le nid où sa mère change d’homme comme de robe. Il veut trouver un boulot, n’importe quoi qui l’emmène loin et lui fasse gagner un peu d’argent à envoyer à sa petite sœur – n’importe quoi, quitte à se bruler les ailes ; n’importe quoi, et c’est encore mieux si cela lui brûle les ailes. Jules est en quête d’adrénaline, et c’est en se faisant embaucher en intérim dans les centrales nucléaires qu’il va en trouver, en approchant du plus près qu’il peut « la radioactivité, ce mal invisible, inodore, inconnu » (page 49).

 

C’est un univers que découvre Jules, et le lecteur avec lui : les centrales réparties dans l’Hexagone, les hommes qui font ce que d’autres ne se risquent pas à tenter, les amitiés qui naissent entre ces gens qui se retrouvent d’un site à l’autre, les différences entre les agents EDF et les intérimaires – ces différences, il finira par en faire un combat quand l’injustice frappera à la porte de la caravane.

 

« Cette matière humaine qui avance comme un seul homme vers la centrale, ça m’impressionne. Je me rends compte que je n’ai lu que des choses sur la configuration technique de la centrale et sur les légendes noires du nucléaire : les bombes H et A, Tchernobyl, les incendies, les accidents, les explosions, mais j’ai oublié les hommes. Sur les hommes, je ne sais rien. » (page 18)

 

La prose vive et hachée, souvent peu tendre aussi, d’Aude Walker, campe à merveille la fougue et l’impétuosité, la jeunesse et l’inconscience d’un personnage qui essaie à tout prix de se sentir vivant. Le rythme évolue à mesure de la progression, laissant s’insinuer dans les mots « les tentacules invisibles de l’atome qui petit à petit étreignent » (page 51) le héros. Aude Walker a l’art de distiller des informations précises  sur un monde opaque s’il en est sans étouffer ni lasser le lecteur, qui ressort de son roman instruit tout en finesse.

 

Mais « Un homme jetable » est aussi et surtout un texte engagé, politique, qui dénonce les dangers d’un mal que d’aucuns disent nécessaire et les risques que l’on fait prendre à autrui en même temps qu’il rend hommage aux populations que la misère, quelle qu’en soit la nature, pousse à se sacrifier, ces êtres pas moins humains que les autres qui mettent leur vie dans la balance.

Et les gagnants, on le sait bien, sont toujours les mêmes depuis la nuit des temps.

 

Cette chronique est également parue sur le site La Cause littéraire.

 

Paru aux Editions du Moteur, ce titre est également disponible aux Editions StoryLab.

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8 réflexions sur “Un homme jetable, Aude Walker

  1. L’envers du décor de l’atome raconté par un de ces héros sans qui aucune centrale ne pourrait fonctionner , de la chair à radiation qui parcourt notre pays d’arrêt de centrale en arrêt de centrale et intervient au plus près du cœur du réacteur. On a souvent froid dans le dos mais c’est très instructif. À lire absolument.

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