Les averses d’automne, Tuna Kiremitçi

 

Attention, coup de coeur.

 

Pelin, jeune turque envoyée étudier en Suisse par son père, répond à une petite annonce trouvée au hasard dans un journal : Rosella Galante, Juive née à Berlin qui a fui pendant la guerre l’Allemagne pour Istanbul, cherche quelqu’un avec qui converser en turc.

Le turc est la langue de ses souvenirs, d’un amour perdu, d’une part entière de son existence.

Au fil des rendez-vous au domicile de Rosella, une étrange amitié se noue entre les deux femmes. Car la discussion n’est évidemment pas à sens unique, et il est très vite établi qu’elles parleront chaque fois à tour de rôle.

 

« Vous découvrirez avec consternation que vous vivez désormais dans un monde qui appartient aux autres. Du temps de votre jeunesse, il ne restera plus un seul homme, une seule femme, pas même un chat, un chien ou un enfant… Et je vous assure, mademoiselle, qu’il est beaucoup plus difficile de vivre dans un temps étranger que dans une ville étrangère. Même si vous êtes dans un pays lointain, vous gardez l’espoir de rentrer un jour au bercail. Mais tant qu’on n’aura pas inventé la machine à remonter le temps, il n’y aura aucun moyen de fuir le temps présent et d’échapper à la nostalgie du passé… » (page 149-150)

 

Tandis que Rosella évoque son passé et que Pelin relate ses mésaventures quotidiennes, réelles ou fantasmées, la plus jeune enseigne à la plus âgée les expressions nouvelles qui parsèment leur langue commune, et la plus âgée enseigne à la plus jeune ce que la vie lui a appris.

Malgré deux visions opposées du monde et de ses composantes, il n’y a jamais de confrontation, juste une écoute attentive, une saine curiosité, parfois les prémices d’un caprice de jeune fille.

 

« – Nous nous accordons sur le fait que nous ne pouvons pas nous comprendre.

– Eh bien, c’est déjà quelque chose. » (page 150)

 

Ce roman n’est que dialogue. Rien ne vient perturber la conversation par épisodes de la jeune Pelin avec la sage Rosella, pas même les interventions de la domestique Zelda que l’on n’entend pas mais dont on devine, parfois, la présence.

A mesure que défilent les séances de bavardages, est faite ici la démonstration que le dialogue, dont on vante assez peu souvent les mérites et la puissance d’évocation, exprime bien plus que ce qu’il dit. Des images, un monde entier parfois se dévoilent au détour d’une phrase courte, d’une injonction, d’un silence même.

Petit bijou de poésie et de finesse particulièrement accessible, surprise aussi réjouissante que de retrouver, au hasard d’une vitrine, la confiserie chérie pendant l’enfance (qu’elle soit dans l’Hexagone bêtise de Cambrai, anis de Flavigny ou angélique confite), Les averses d’automne redonne toutes ses lettres de noblesse au dialogue.

 

A propos de l’auteur :

Né en 1973 en Turquie, Tuna Kiremitçi est romancier. Best-seller en Turquie, Les Averses d’automne est son quatrième roman et a déjà été traduit dans cinq langues.

 

Cette chronique est également parue sur le site La Cause littéraire.

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Une réflexion sur “Les averses d’automne, Tuna Kiremitçi

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