A défaut d’Amérique, Carole Zalberg

Suzan a traversé l’Atlantique pour rendre un dernier hommage à Adèle, qui fut la compagne de son père et que l’on enterre à Paris. Fleur, la petite-fille d’Adèle, est là aussi.

La vie de la défunte Adèle, déracinée, rescapée du ghetto de Varsovie, se déploie comme un fantôme muet sur les existences de Fleur et de Suzan, tandis que se dessine une grande fresque familiale qui mène le lecteur de la Pologne à la France et des Etats-Unis à l’Afrique du Sud.

 

« On devrait toujours laisser les souvenirs où ils sont. » (page 29)

 

Trois femmes, trois générations, trois continents. Trois fragilités, aussi, et trois de ces personnages dont les histoires font l’Histoire.

Au travers de ce triptyque féminin, Carole Zalberg, avec la finesse et l’exigence d’une plume devenue scalpel, explore ce que l’on a coutume d’appeler, loin de toute considération financière, héritage. Comment vivre avec ce que l’on sait des autres ? Comment vivre avec ce que l’on ignore d’eux ? Que nous transmettent-ils réellement ?

Les souvenirs d’Adèle, de Suzan et de Fleur se mêlent au présent des deux plus jeunes d’entre elles pour offrir au lecteur les portraits de trois femmes pleines de doutes et de contradictions, mais plus que tout en quête d’identité.

 

« Au secret de son ventre, l’enfant d’Adèle est un vaisseau. S’y amassent pêle-mêle les renoncements attendant d’être compensés, des ambitions encore fraîches, tuées dans l’œuf et recyclées dans celui couvé in utero, le large pan d’amour que Louis ne suffit pas à occuper et qui faseye, pauvre drapeau, des projets, des désirs, un deuil, tout cela que le plus que petit emporte dans son flottement puis sa traversée du col, dont il devra se débrouiller une fois dehors. » (page 113)

 

Si les hommes sont présents dans A défaut d’Amérique, les femmes y apparaissent néanmoins comme les piliers de leurs univers. Si les voix féminines ne sont peut-être pas toujours les plus belles, elles sont certainement les plus inoubliables.

Carole Zalberg se distingue par une écriture dense et poétique, très travaillée, précise et précieuse, qui jamais ne cède à la facilité, et un vocabulaire riche au service de cette polyphonie féminine.

Très incarnés, ses personnages ont ce talent d’amener le lecteur à s’interroger sur son propre héritage familial – et, déjà, sur ce qu’il imagine laisser, à son tour, aux générations futures.

 

A défaut d’Amérique est le dernier volet d’un triptyque romanesque démarré avec La Mère horizontale et poursuivi avec Et qu’on m’emporte, mais il n’est nul besoin d’avoir lu les précédents ouvrages pour apprécier celui-ci. [et Carole Zalberg répondra à mes questions dans le prochain billet]

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Une réflexion sur “A défaut d’Amérique, Carole Zalberg

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