5 questions à Carole Zalberg

 

Née en 1965, Carole Zalberg vit à Paris.

Romancière, elle est notamment l’auteur de Mort et vie de Lili Riviera (2005) et Chez eux (2004), publiés aux éditions Phébus, de L’invention du désir (Editions du Chemin de fer 2010) et de La Mère horizontale (2008) et Et qu’on m’emporte (2009), parus chez Albin Michel. Elle a obtenu le Grand Prix SGDL du Livre Jeunesse pour Le Jour où Lania est partie (Nathan Poche, 2008).

Animatrice d’ateliers d’écriture en milieu scolaire et de rencontres littéraires, Carole Zalberg travaille également à des projets en lien avec le cinéma ou le théâtre : A défaut d’Amérique (Actes Sud, 2012) est actuellement en cours d’adaptation pour le cinéma. 

www.carolezalberg.com

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« Les livres m’accompagnent jour et nuit. »

1. VOUS ET la lecture ?

Je suis une lectrice permanente plutôt que compulsive. La compulsion implique un rapport névrotique, excessif à la lecture or celui que j’entretiens avec les livres a beau être vital et remonter à ma petite enfance, il est serein. Surtout, il n’est pas subi.

C’est vrai qu’entre les lectures de pur plaisir et celles qui sont liées aux rencontres littéraires que j’organise ou à des comités dont je fais partie, je dois lire en moyenne une quinzaine de livres par mois et parfois beaucoup plus.

Les livres m’accompagnent jour et nuit.

Je suis plutôt attirée par les auteurs contemporains mais il en va de la littérature comme des êtres humains : ce qui fait qu’on aime est un ensemble complexe, magique. J’entre dans un livre avec la même curiosité, la même gourmandise que lorsque je fais la connaissance de quelqu’un. Je sais vite quand je vais aimer et c’est alors une joie qui ne faiblit pas avec le temps.

J’ai bien sûr des auteurs de prédilection. Deux catégories, en fait : ceux qui m’ont forgée en tant que lectrice et en tant que personne, comme Carson McCullers, Tosltoï, Albert Cohen, Duras, les trois Roth (Philip, bien sûr, mais aussi Joseph et Henry), Albert Camus, Julio Cortazar et beaucoup d’autres, trop nombreux pour être cités. Et puis il y a mes contemporains dont je suis l’œuvre avec attention, qui sont une source d’inspiration, de force et se sont parfois révélés, avec les années, de véritables compagnons de route. Je pense bien sûr à Jérôme Ferrari, Pierrette Fleutiaux, Stéphanie Hochet, Nathalie Kuperman, la plus lointaine mais magnifique Laura Kasischke et, là encore, de très nombreux autres qui me pardonneront, j’espère, de ne pas tous les nommer. 

J’achète mes livres car j’aime les garder, les corner, les trimballer partout avec moi. Je ne les considère pas comme des objets sacrés, ne révère pas les ouvrages anciens. J’imagine que le livre électronique va s’imposer peu à peu mais j’ai envie de croire qu’il ne tuera pas le livre papier ou, plus important, le texte et son auteur.

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« Je suis l’actualité littéraire parce que je me sens très concernée par le chemin des écrivains d’aujourd’hui. »

2. VOUS ET les livres ?

 

Après une longue série de romans français lus pour des raisons professionnelles, j’ai une fringale de livres étrangers. J’ai lu le génial “Freedom”, de Franzen, “les Revenants”, de Kasischke, splendide, “Trauma” de Patrick McGrath, assez saisissant, puis ce cocktail singulier de drame et de vitalité, d’humour qu’est “Rakia”, de Théo Hakola et “Au pays des mensonges”, le dernier recueil de nouvelles du troublant Etgar Keret.

 

Je suis l’actualité littéraire parce que, comme je le disais, je me sens très concernée par le chemin des écrivains d’aujourd’hui. J’ai toutefois et peut-être un peu bêtement, une certaine méfiance vis-à-vis des livres primés. Ou bien je les ai lus et aimés avant qu’ils le soient (comme, cette année, “Du domaine des murmures” ou “L’art français de la guerre”) ou ai eu envie de les lire, ou bien le fait qu’ils soient primés me donne plutôt envie d’attendre…

 

Ces dernières semaine, retour à la littérature française avec le puissant et courageux “Les raisons de mon crime” de Nathalie Kuperman et le très beau “Tangente vers l’est” de Maylis de Kérangal. Dans ma pile, “Je suis une aventure”, d’Arno Bertina, “Vie animale” de Justin Torres et “Claustria”, de Régis Jauffret.

 

J’attends par ailleurs avec impatience la sortie, en mars, des “Ephémérides” de Stéphanie Hochet.

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« Je ne me force jamais à écrire si le désir n’est pas là, impérieux. »

3. VOUS ET l’écriture ?

 

Mon rythme d’écriture est très irrégulier, que ce soit dans une journée de travail ou sur, disons, une année. En fait je fonctionne par cycles, ne me force jamais à écrire si le désir n’est pas là, impérieux. Et même dans ce cas, je peux écrire des heures d’affilée ou un quart d’heure mais quelques lignes décisives, à l’aube, au milieu de la nuit, en plein après-midi. Il faut aussi faire avec les contraintes liées à ma (belle) condition de mère.

 

Je n’ai, je crois, ni manies, ni rituels. Parfois le bruit et le monde me dérangent et parfois c’est tout l’inverse, j’ai besoin que ça s’agite, que ça circule autour de moi. Et à part quelques idées notées au vol, j’écris au clavier depuis que l’ordinateur s’est démocratisé.

 

Mes lectures m’inspirent dans le sens qu’elles me stimulent. Quand je suis transportée, émue, impressionnée par une œuvre, ça me donne toujours envie de me ruer sur mon clavier et de me colleter à mon tour à la phrase. Quand j’écrivais ‘A défaut d’Amérique”, par exemple, j’ai lu le puissant, le somptueux “Naissance d’un pont” de Maylis de Kérangal. Ce parfait équilibre entre l’ampleur et le détail, la phrase tenue même dans un dispositif qui vit et foisonne, c’était exactement ce que je voulais pour mon roman. Je ne sais si j’y ai réussi mais ce livre, le fait qu’il existe, a été comme un phare. Il m’a donné le souffle dont j’avais besoin pour aller au bout de mon texte sans rien lâcher.

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« Je trouve très agréable d’être accessible. »

4. VOUS ET Internet ?

 

Mon site a d’abord été créé sur les conseils et par un ancien ami qui, il y a une dizaine d’années, était sur le net comme un poisson dans l’eau. Je me suis vite prise au jeu. J’aime disposer de cet espace où je peux exposer à la fois ce qui me concerne et le travail artistique de personnalités rencontrées dans les circonstances les plus diverses. Je trouve aussi très agréable d’être accessible même si, bien sûr, cela ne va pas sans quelques débordements et messages haineux.

 

En ce qui concerne les blogs, je trouve que, comme sur la toile en général, il y a à boire et à manger, du très bon, très fouillé et du bête et méchant – beaucoup de méchant, Internet favorisant les agressifs anonymes en leur donnant une tribune et, hélas, quelque fois une certain pouvoir.

 

Comment ne pas être sensible à ce qui s’écrit sur notre travail ? Votre formulation en dit long. C’est bien de nous et non d’un objet extérieur, détaché, qu’il s’agit avec chaque livre, même quand le sujet n’est pas soi. Ce qui est dit, éloges comme critiques négatives, touche au ventre.

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 » Les droits cinéma d’”A défaut d’Amérique” ont été acquis avant même sa publication. »

5. VOUS ET vos projets ?

J’ai commencé un nouveau roman, oui, et dois m’atteler à l’adaptation, pour le cinéma, d’”A défaut d’Amérique”, dont les droits ont été acquis avant même sa publication.

J’aimerais aussi porter sur scène L’invention du désir”, dans l’idéal en m’associant à un chorégraphe.

Je participe par ailleurs à une jolie aventure en milieu scolaire “Voyage en ville”, qui réunit, à l’initiative de la MEL, un architecte, un photographe et un écrivain autour d’un projet commun avec une classe de primaire. 

 

L’agenda complet de Carole Zalberg autour d’ « A défaut d’Amérique » (salons, présentations en librairie) et de ses prochaines publications est mis à jour régulièrement ici : http://www.carolezalberg.com/zalblog/agenda/

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Une réflexion sur “5 questions à Carole Zalberg

  1. Pingback: A défaut d’Amérique, Carole Zalberg | Sophielit

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