Petits bonheurs de l’édition, Bruno Migdal

Bruno Migdal, quarantenaire épris de littérature, quitte temporairement l’établissement scientifique qui l’emploie pour faire un stage de six mois chez Grasset. Il y sera lecteur, préposé aux manuscrits d’anonymes arrivés par la poste et, parfois, à ceux d’auteurs « maison » transmis par des salariés de la prestigieuse enseigne.

Bruno Migdal rapporte dans son journal ses découvertes, ses déconvenues, et tous ces petits riens qui font la vie d’une entreprise. Avec détachement, il rit de son statut de stagiaire auquel son âge à lui ne change rien.

 

« On me convoque au second, territoire encore inexploré des stratifs : jour de paye, on me remet mon chèque de 394,60 euros, contrepartie de 351,6 heures de boulot mensuel, soit 1 euro de l’heure. Ce n’est pas moi qui vais me plaindre : j’aurais payé pour être là. » (page 62)

 

C’est que l’entreprise n’est pas comme les autres, c’est ce qui fait tout l’attrait de ces Petits bonheurs. On sait déjà que Bruno Migdal, avec son ouvrage, permettra à bon nombre de plumitifs d’assouvir (un peu de) leur curiosité. On sait déjà que certains s’étonneront de découvrir dans ce miroir tendu par un novice les raisons des refus de leurs manuscrits.

 

« Le roman n’est pas qu’une thérapie, et ne devrait s’envisager qu’après le divan, non se substituer à lui. » (page 80)

 

Le regard neuf de Bruno Migdal sur cet environnement est biaisé par une expérience de la vie, du monde du travail et, à travers les livres, de la littérature que n’ont pas d’habitude les stagiaires. Cela donne un petit bijou d’humour et d’indiscrétion, servie par une plume affirmée et une grande capacité d’observation.

 

Ce petit opus, qui fait sans doute déjà grincer quelques dents (on y croise, d’ailleurs, la Discrétion assurée de Marie-Odile Beauvais), ravira ceux qui n’aiment rien tant que découvrir l’envers du décor en général, et ce qui se passe derrière les belles façades du VIème arrondissement de Paris en particulier.

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11 réflexions sur “Petits bonheurs de l’édition, Bruno Migdal

  1. J’aime beaucoup la citation sur la nécessité de passer par le divan avant d’écrire… très juste, je dis ça car je viens de finir le roman de Delphine de Vigan, et je ne comprends pas bien l’intérêt d’un tel écrit…

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  2. J’ai beaucoup aimé lire cette petite perle, parce que c’est frais, drôle, bien écrit, et plaisant ! (si tu veux lire mon article : http://culturez-vous.over-blog.com/article-bruno-migdal-petits-bonheurs-de-l-edition-journal-de-stage-140-petites-pages-la-difference-jan-104067345.html )

    Cela dit, je m’étonne d’une chose, qui est d’ailleurs dans ta première citation : ça ne vous choque pas qu’il ait touché 394 euros pour 351 heures au mois ?!

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    • Plus grand chose ne m’étonne concernant le statut et les (non) avantages du stagiaire ! D’autant que le stage en question date d’il y a plusieurs années…
      Merci pour le lien !

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  3. C’est fou, ça choque personne ! Vous avez déjà travaillé 351 heures dans un mois vous ?! ça fait quand même dix semaines de 35h, moi je dis c’est balèze !
    De rien, j’espère que mon article t’a plu !

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  4. Pingback: Prix Rive Gauche à Paris 2012 : première sélection | Sophielit

  5. Bruno Migdal – Petits bonheurs de l’édition
    Petits bonheurs de l’édition est la première publication de Bruno Migdal. « Scientifique, la quarantaine bien entamée, séchant sur pied dans l’administration », il a entrepris des études littéraires. « Souhaitant explorer le monde de l’édition », il a décroché « une proposition inattendue de stage chez l’un des plus mondains, des plus parisiens de tous les éditeurs » ; chargé de lire des manuscrits ( ou des tapuscrits), il se consacre parallèlement à son journal décrivant de façon pittoresque les dessous de l’édition, « la topographie des lieux tracassière et tortueuse », tout le personnel qui peuple « la Maison », les clients, l’organisation pratique du travail…
    Récit amusant, teinté d’humour, très intéressant, émaillé d’explications judicieuses satisfaisant notre curiosité, et qui se lit avec plaisir.
    06/05/12 – Yvette Bierry
    Extrait :
    Ce manuscrit exonère tous les autres : soudain l’apparition d’un ressenti oublié, le plaisir. Enfin une lecture, c’est-à-dire la captation de toute pensée par le récit qui se déploie sous vos yeux ; plus exactement la concomitance d’une progression narrative qui vous enserre, commuant la crainte initiale de se faire embarquer ficelé vers l’inconnu en un abandon complaisant, et d’une langue économe entrant habilement en résonance avec le seul sujet.
    Bruno Migdal

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