Dieu surfe au Pays basque, Harold Cobert

Dieu surfe

C’est l’histoire d’un drame personnel, d’une injustice du quotidien. Un fait capable de ravager un couple, de détruire à jamais, au-delà des rêves d’enfant, les possibilités d’enfant ; un fait, pourtant, banal, statistiquement banal.

Le narrateur et la femme se rencontrent, s’aiment, se marient, veulent devenir trois. Rien de plus normal. Elle a déjà connu une grossesse avec un autre, mais le bébé n’a pas vécu plus de cinq jours à l’air libre. Il faudra composer avec cet antécédent, les menaces qu’il contient, on passera outre. Le test est positif, la chambre programmée, l’échographie des trois mois planifiée. 48h avant celle-ci, elle perd du sang. A l’hôpital, on annonce la fausse-couche. Celle-ci se soldera par un curetage, après des heures d’une « boucherie » aux méthodes « moyenâgeuses » – bien qu’orchestrée dans le cadre hospitalier.

 

Si rien n’est épargné au lecteur, ni le sang, ni l’achat des serviettes hygiéniques, Harold Cobert ne s’épargne pas non plus en tant que narrateur, ne taisant rien des douleurs physiques, des rêves détruits en vol, des larmes. Il dit tout de sa paternité en danger, de sa virilité égratignée – et cela, finalement, ne le rend que plus homme. Il évite toutefois l’écueil des grands épanchements, et privilégie la sobriété au lyrisme.

« Je ne lui ai rien caché de la colère qui m’habitait, de cette rage que je ne pouvais tourner contre personne. » (page 133)

 

La fausse-couche, tabou moderne ? Le sujet a peu été traité en littérature, voire pas. Quant au regard qu’un homme peut porter sur ce naufrage intime féminin, cela semble inédit.

« Dieu surfe au Pays basque » fait alterner le présent douloureux avec le passé de la femme, cet antécédent impossible à oublier, mais également avec des moments plus heureux comme ceux que sont la rencontre, le début de l’amour, la certitude du bonheur. L’insouciance de l’adolescence, « quinze ans », qui fait une incursion étincelante, formidable, miraculeuse à l’âge adulte, très joliment dépeinte, apporte au roman une légèreté nécessaire au regard de la gravité du sujet.

La plume de l’auteur va aussi loin dans la tendresse qu’elle peut le faire dans la violence.

 

Dans cet ouvrage très personnel, Harold Cobert dit aussi sa foi, et la sensation de se trouver soudain abandonné de tous, de Dieu en particulier, parti surfer au Pays basque avec ses potes, sans doute.

 

Enfin, les extraits des Contemplations d’Hugo, disséminés tout au long du texte, rappellent que l’enfantement, de tous temps, a construit les hommes et les femmes. Que donner la vie est aussi donner la mort. Et que, comme le bonheur, certaines douleurs sont universelles.

 

Éditions Héloïse d’Ormesson, 2012, 160 pages, 15 euros

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6 réflexions sur “Dieu surfe au Pays basque, Harold Cobert

  1. Pingback: Quand l’autofiction se fait romanesque / Entretien avec Harold Cobert | Sophielit

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