Les séparées, Kéthévane Davrichewy

Présentation de l’éditeur :

Quand s’ouvre le roman, le 10 mai 1981, Alice et Cécile ont seize ans. Trente ans plus tard, celles qui depuis l’enfance ne se quittaient pas se sont perdues.

Alice, installée dans un café, laisse vagabonder son esprit, tentant inlassablement, au fil des réflexions et des souvenirs, de comprendre la raison de cette rupture amicale, que réactivent d’autres chagrins. Plongée dans un semi-coma, Cécile, elle, écrit dans sa tête des lettres imaginaires à Alice.

Tissant en une double trame les décennies écoulées, les voix des deux jeunes femmes déroulent le fil de leur histoire. Depuis leur rencontre, elles ont tout partagé : leurs premiers émois amoureux, leurs familles, leur passion pour la littérature, la bande-son et les grands moments des « années Mitterrand ». Elles ont même rêvé à un avenir professionnel commun.

Si, de cette amitié fusionnelle, Kéthévane Davrichewy excelle à évoquer les élans et la joie, si les portraits de ceux qu’Alice et Cécile ont aimés illuminent son livre, elle écrit aussi très subtilement sur la complexité des sentiments. Croisant les points de vue de ses deux narratrices, et comme à leur insu, elle laisse affleurer au fil des pages les failles, les malentendus et les secrets dont va se nourrir l’inévitable désamour.

Car c’est tout simplement de la perte et de la fin de l’enfance qu’il s’agit dans ce roman à deux voix qui sonne si juste.

 

L’amitié, parce qu’elle exclut les plaisirs de la chair, est plus mystérieuse que l’amour. Comment les liens les plus resserrés parviennent-ils à se distendre ? Comment l’attachement de jeunesse le plus fort peut-il, petit à petit, se déliter ?

 

« Leurs plus belles années furent celles de leurs études. Cécile s’inscrivit aux Beaux-Arts à Paris, Alice obtint une bourse à la Parsons à New York. L’Atlantique entre elles ne constitua pas un obstacle. Elles s’écrivaient de longues lettres qui leur rappelaient les mots échangés pendant les cours au lycée. Elles se retrouvaient parfois, vérifiaient la solidité de leur relation. Elles pouvaient compter dessus, le temps n’y changeait rien. » (page 45)

« Devant leurs camarades, elles ne juraient que par des groupes-cultes : Yes, Genesis, Deep Purple. Plus tard, elles furent capables de chanter à tue-tête des chansons de Richard Cocciante mais personne ne devait le savoir. Elles partageaient des secrets imbéciles comme ceux-là, elles en avaient gardé une habitude de dissimulation. » (page 103)

 

Kéthévane Davrichewy s’emploie, par petites touches, à dépeindre une relation banale, excessive comme peuvent l’être l’amitié entre jeunes filles, à l’épreuve de la vie. Rien d’exceptionnelle, rien de fracassant, rien qui ne vaille la peine que l’on s’inquiète – pourtant, la blessure est là, à l’intérieur, et c’est une plaie impossible à refermer.

 

« A quel moment l’admiration s’est-elle transformée en animosité ? Imperceptiblement, l’attention, la tendresse se sont transformées en irritation, en impatience. Je me suis mise à te contredire, auparavant nous nous efforcions d’être d’accord. » (page 120)

« Cécile n’avait pas partagé ces moments, elle était absente depuis la mort du père d’Alice, ou depuis celle de Philippe. Alice ne réagissait pas à cette défaillance, elle comptait sur le temps pour enjamber le fossé qui se créait entre elles. » (page 147)

 

Quand l’amitié cesse, elle laisse place à autre chose (l’imparfait, le passé composé n’ont jamais aussi bien portés leurs appellations), car il est impossible d’effacer ce qui a été. Quelque chose qui n’a pas de nom, quelque chose d’invisible mais que Kéthévane Davrichewy dit et fait ressentir à merveille dans ces pages douces-amères qui m’ont véritablement touchée.

 

Et si « Les séparées » était LE roman contemporain de l’amitié ?

 

« Les disparus surgissent quand on ne les attend pas et ne répondent pas quand on les espère […] Cécile était une disparue. Le fait qu’Alice puisse la croiser en chair et en os n’y changeait rien. Le plus difficile était la solitude. Elles avaient été deux. Le moindre détail du quotidien avait été partagé […] Les pensées d’Alice se heurtaient désormais à l’écho. Peut-etre le miroir grossissant, le reflet rassurant mais déformé qu’elles se tendaient l’une à l’autre, était-il nuisible ? Qui a besoin de se voir de si près ? » (page 155)

 

 

 

Publicités

6 réflexions sur “Les séparées, Kéthévane Davrichewy

  1. Je l’ai terminé hier soir ! Moi aussi ce roman m’a touchée. C’est magnifiquement bien écrit et les mots sonnent si justes pour décrire l’indescriptible…En le refermant, j’avais envie d’appeler mes Amies, les quelques unes avec un grand A, pour leur dire combien je les aime.

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s