Ma vie précaire, Elise Fontenaille

 

La narratrice quitte son appartement parisien. Ses enfants, grands, ont volé loin du nid depuis un moment. Elle est livrée à elle-même.

 

Le roman s’ouvre sur la dispersion des bibliothèques de la narratrice, que celle-ci observe à distance avec intérêt. Contre toute attente, voir ces livres, autant d’anciens fétiches, faire le bonheur de tierces personnes la remplit de joie. La fin des besoins matériels et le détachement sont en marche.

 

« J’avais enfin quitté la marchande de sommeil, et trouvé pour quelques jours refuge à Vincennes, non loin de la tour où le marquis de Sade passa quelques années chez un ami d’ami parti en voyage, mais décidément Paris m’était impossible :

jamais je ne trouverais un bail, personne ne voudrait louer ne serait-ce qu’un studio à un écrivain sans le sou, et surtout sans fiche de paye – le sésame des temps modernes -, il me fallait repartir, au hasard Balthazar, encore une fois. » (page 75)

« Ma vie précaire » est le récit de l’errance d’une femme qui a choisi sa vie, qui a opté pour la liberté, et qui assume le prix que la vie lui fait payer pour cela. Errance professionnelle, errance financière, errance immobilière, errance parmi les hommes, les livres, les mots.

La narratrice se défait de ses attaches et se laisser mener où le vent, les rencontres et les opportunités la portent.

Les épisodes successifs de son parcours deviennent des chapitres pétris de petits bonheurs et de tendresse, de frousses et de désillusions, de craintes et d’espoirs.

C’est aussi une description sans concession de la vie d’une femme célibataire de plus de cinquante ans, moderne et affranchie – libre, donc – qui se nourrit de rencontres éphémères, affiche sa préférence pour les jeunesses mâles et les peaux sombres, et dit son goût des plaisirs de la chair, enjeux et finalités du mouvement du monde.

« Et la petite chambre où je dors, où jadis je redoutais les araignées cachées, mais c’est fini maintenant, à présent j’ai grandi, je suis écrivain, je n’ai plus peur de rien. » (pages 180-181)

L’acuité de la narratrice, sa sensibilité, la finesse de sa plume sont décuplées par l’urgence, l’incertitude des situations dans lesquelles elle se trouve ; contaminé, le lecteur se sent bientôt dans un état très proche, vague mélange d’inquiétude sur fond de sérénité à toute épreuve.

 

L’écriture, raison et moyen de vivre, credo de la narratrice/de l’auteur qui se met à nu, est omniprésente dans ces pages fortes malgré leur apparente légèreté.

Loin des soupçons glauques que le titre peut éveiller, « Ma vie précaire » est un livre fragile, courageux et lumineux.

Publicités

Une réflexion sur “Ma vie précaire, Elise Fontenaille

  1. Pingback: Grand Prix littéraire de l’Héroïne Madame Figaro 2012 | Sophielit

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s