Sophie lit… la sélection du Prix du Style 2012

Je connais le Prix du Style depuis 2010.

Cette année-là, il a couronné L’Entrevue de Saint-Cloud d’Harold Cobert.

L’an dernier, c’est Un avenir de Véronique Bizot qui a été récompensé.

Mais ce Prix, fondé sur un manifeste engagé, existe depuis 2005, et il a en quelques années acquis une vraie notoriété.

Ont fait partie de son convoité jury – ou y siègent encore – les écrivains Nicolas d’Estienne d’Orves, Olivia Elkaim, Pierre Vavasseur, Philippe Jaenada, Thomas Clément… sous la houlette d’Antoine Bueno, fondateur du prix.

 

J’ai le privilège d’en être à partir de cette année le partenaire media. Mes prochaines chroniques seront donc consacrées aux neuf titres en lice pour cette édition. Neuf titres qui sont autant de promesses…

 

Voici la sélection complète :

 

Le prix sera remis le 27 novembre prochain au Palais du Luxembourg.

 

http://www.prixdustyle.com/

 

 

 

Ne pleure pas, on se reverra, Géraldine Barbe

ne pleure pas« Elle a dit :

– Ne pleure pas ma petite sœur, on se reverra.

Et elle m’a serrée très fort et très gentiment dans ses bras. C’est drôle qu’elle ait dit ça parce que bien sûr on se serait revues si elle n’était pas morte mais elle est morte vingt jours après et on ne s’est pas revues. » (page 65)

 

Marianne, ainée d’une fratrie de trois sœurs, meurt une nuit. La narratrice, benjamine de la famille, revient sur leur relation. Car Marianne a occupé longtemps la place du bourreau, et la narratrice, bénéficiant parfois de la protection du « bouclier » (la sœur du milieu) s’est retrouvée bien malgré elle dans le rôle de la victime.

Syndrome de Stockholm ou configuration familiale finalement classique ? A la mort de Marianne, la narratrice cherche dans le passé toutes les excuses au comportement de son aînée. Lire la suite

La femme du Soir, Ariane Larsen

 

La femme du Soir, c’est Catherine Rioux, néo romancière, très vite rebaptisée Eva Gérald par Christian Calisson, emblématique éditeur des Editions du Soir, qui compte faire de la jeune première la vedette de la prochaine rentrée littéraire.

 

Pour s’assurer de son succès, l’éditeur pousse la naïve demoiselle dans les bras de quelques journalistes influents, tandis que celle-ci, qui n’a d’yeux que pour celui qui la fait retravailler son roman, se désespère…

 

Ariane Larsen connaît bien le milieu de l’édition, c’est certain. Elle s’amuse, dans ce roman érotique, à se moquer des auteurs prêts à tout pour exister autant que des critiques qui profitent du petit pouvoir que leur confère leur statut et des éditeurs qui manipulent à leur guise leurs poulains.

[attention, hein, j’ai bien dit roman érotique ; un vrai, pas un ersatz ; c’est-à-dire que l’auteur n’y va pas par 50 chemins, qu’il n’y a pas de nuance et que c’est noir, ou blanc, mais pas gris] Lire la suite

L’Amour sans le faire, Serge Joncour

cvt_lamour-sans-le-faire_3618« Ne pas avoir d’enfant, c’était se condamner à rester l’enfant de ses parents. »

 

Franck, fils d’agriculteurs, n’est pas revenu chez ses parents depuis dix ans. Lorsqu’il téléphone pour annoncer son arrivée, c’est un petit garçon qui décroche, et qui dit s’appeler Alexandre, comme le frère de Franck décédé accidentellement. De Paris, Franck prend le train sans bien savoir ce qu’il va trouver à la ferme.

En parallèle, Louise, mère célibataire, s’apprête à retrouver son fils pour une semaine de vacances. En fin d’après-midi, elle prend la route.

 

« A la campagne on le sait, celui qui a goûté à la ville, il est foutu, celui qui a goûté à la ville, il ne reviendra pas. » (page 29)

« A Paris on est apprécié à la mesure de l’intérêt qu’on représente, d’où l’urgence de s’en donner. » (page 30) Lire la suite

Les maladroits, Mark Greene

Alexandre et Léopold sont amis depuis longtemps, par hasard ou par défaut. Leur principal point commun est, avec le goût du ping-pong, la solitude dont ils sont entourés. Pour le reste, tout sépare Alexandre, le financier, cadre à responsabilités, se déplaçant dans les places boursières importantes, de New York à Francfort, sûr de sa compétence comme de son pouvoir de séduction, et Léopold, l’apprenti écrivain introverti, incapable de se valoriser et malheureux en amour.

 

Aussi, lorsque Léopold invite Alexandre à rencontrer Christine, sa fiancée, dans la propriété de celle-ci dans le Sud de la France, Alexandre voit s’ébranler tout le système de valeurs sur lequel se fondait leur amitié. Lire la suite

Death is a star, Agnès Michaux & Anton Lenoir

Que ce gros ouvrage reprenne le titre d’une chanson de The Clash n’a rien d’un hasard… Et pour cause : « Death is a star » est une anthologie rock.

Mais pas que.

Elle s’ouvre d’ailleurs sur la première phrase de « L’Etranger » de Camus, « Aujourd’hui, maman est morte. » (et se termine par un extrait de « L’Envers et l’Endroit »).

Ce « cadavre exquis autour de la mort » est une somme. Il regroupe au fil des 464 pages quelque 700 articles et évoque plus de 1.000 personnalités en tous genres, de Molière à Prévert en passant par André Agassi, Azraël (l’ange, hein, pas le chat de Gargamel) et Marylin Monroe. Lire la suite

Le blanc va aux sorcières, Helen Oyeyemi

 

« Le blanc va aux sorcières, une couleur à porter de manière à ce que toutes les autres couleurs puissent vous pénétrer, que vous puissiez les utiliser. »

C’est une mystérieuse maison d’hôtes, sur les falaises, près de Douvres. Une maison vivante, magique, plus grande qu’on ne le croit, avec ses fenêtres comme de drôles d’yeux carrés, fatigués, son ascenseur déglingué, ses corridors, son escalier qui aboutit toujours dans la cuisine au clair de lune. Avec malignité, elle déploie ses charmes pour chasser ses habitants : Lire la suite

D’autres vies que la mienne, Emmanuel Carrère

Ce livre est un choc. Il contient à lui seul plusieurs livres. Il raconte plusieurs histoires, arrivées à peu près au même moment à des personnes de l’entourage de l’auteur.

Emmanuel Carrère a vécu le tsunami en Asie du Sud-est à Noël 2004. Il était en vacances avec son fils et sa compagne, Hélène. Un couple de leurs amis a perdu sa très jeune fille dans la catastrophe. Pendant ce temps, en France, Juliette, la sœur cadette d’Hélène, handicapée par le mauvais traitement d’un premier cancer, se bat à nouveau contre la maladie.

 

Jamais on n’avait si bien écrit sur le cancer, sur la perception de la maladie ; jamais on n’avait si bien écrit sur le surendettement, sur les sociétés de crédit à la consommation qui abusent de la faiblesse, de l’ignorance, de l’avide besoin de normalité – le fameux « vivre comme tout le monde », qui se traduit par « vivre équipé » – des petits.

Jamais, surtout, on n’avait si bien écrit sur la façon dont la vie des autres Lire la suite

Kiffer sa race, Habiba Mahany

Présentation de l’éditeur

« Dans cette tour verticale, nous avons grandi les unes sur les autres jusqu’à ce qu’Adam, le fils tant désiré, naisse. Les darons ont fêté l’événement pendant une semaine. On s’entassait Linda et moi dans une chambre minuscule quand il se prélassait dans une pièce royale. Nous, filles, savions où était notre place… Allez, je vous mène en bateau. Vous croyez sérieusement que ma vie, c’est ce ramassis de clichés ? »

Argenteuil. En cette rentrée scolaire, Sabrina, brillante élève d’une classe de première, a bien du mal à se concentrer. Outre les embrouilles avec un frère qui joue au petit chef, le comportement mystérieux de sa sœur depuis son retour du bled, et la trahison de sa meilleure amie, c’est surtout la rencontre avec Alphonse, un jeune homme aussi troublant que doué, qui va la faire vaciller… Et grandir. Sous de faux airs âpres, cette chronique pleine d’humour et de tendresse brosse le portrait d’une génération fragile et généreuse. Lire la suite