L’Assassin à la pomme verte, Christophe Carlier

Sophie lit… la sélection du Prix du Style 2012 1/9

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Présentation de l’éditeur

« J’éprouvais pour Elena une tendre reconnaissance. J’avais toujours voulu tuer quelqu’un. Pour y parvenir, il me manquait simplement de l’avoir rencontrée » songe Craig, fraîchement débarqué des États-Unis comme Elena d’Italie. Tous deux se trouvent pour une semaine au Paradise : un palace, vrai monde en soi, où l’on croise parfois au bar d’étranges clients. Par exemple cet homme de Parme, mari volage et volubile, découvert assassiné au lendemain de leur arrivée. Entre Craig et Elena naît un sentiment obsédant, fait d’agacement et d’attirance, sous l’œil impitoyable du réceptionniste, auquel rien n’échappe. Ou presque.

Dans cette envoûtante et spirituelle fiction à plusieurs voix, chacun prenant à son tour la parole, chacun observant l’autre, épiant son voisin, amour et meurtre tendent à se confondre. En émule d’Agatha Christie et de Marivaux, Christophe Carlier prouve avec maestria que l’accidentel, dans le shaker du grand hôtel, a partie liée avec l’imaginaire. Et qu’un assassin peut être aussi discret que l’homme à chapeau melon de Magritte, au visage dissimulé à jamais derrière une pomme verte.

 

Christophe Carlier, né en 1960, a publié Lettres à l’Académie française (Arènes 2010) et divers autres essais dont plusieurs consacrés aux contes et aux mythes.

L’Assassin à la pomme verte est son premier roman.

 

Serge Safran éditeur, août 2012, 176 pages, 15 €

 

 

L’Assassin à la pomme verte donne successivement la parole à presque tous les protagonistes de l’intrigue. Les différents points de vue sont autant de pièces d’un puzzle que l’auteur aide le lecteur à reconstituer sans difficulté mais sans verser non plus dans la facilité, cependant que l’on collecte les jolies phrases comme autant d’indices.

Mais attention, bien qu’il y ait une victime, donc a priori un meurtre, donc a priori un coupable, on n’est pas là dans un roman policier.

En phrases courtes, pleines d’une poésie désabusée et d’une lucidité chantante, Christophe Carlier fait défiler les jours puis les années dans un texte délicieusement acidulé.

Le tout avec beaucoup d’élégance, à l’image du décor cinq étoiles où se situe presque en huis clos l’intrigue. Avec lui, le sang tâche à peine… ou du moins, pas sur l’instant.

 

 

Morceaux (tranches ?) choisis :

 

« Je me suis retrouvé dans Paris où m’attendait, immuable, la poésie des choses usées, la pierre des immeubles aux angles arrondis et la trompeuse courtoisie des passants sous laquelle affleurent par instant des pointes de sauvagerie. » (page 13)

 

« Le personnel des grandes maisons ne s’abaisse pas à vous servir. » (page 14)

 

« Elle devait être une de ces femmes qui ne regardent l’heure qu’avec impatience, se pèsent avec effroi et lèvent les yeux au ciel aussi souvent qu’elles respirent. Une de ces femmes dont l’insatisfaction, ostentatoire et bouleversante, est un défi à leurs amants et un reproche à Dieu. Une de celles face auxquelles tous les hommes, quels qu’ils soient, ressentent spontanément, les uns vis-à-vis des autres, une forme animale et confuse de solidarité. » (page 31)

 

« – Ceux qui résistent aux modes sont des conservateurs.

– Ceux qui la suivent ne sont pas des révolutionnaires. » (page 41)

 

« L’accidentel, dans un palace, a partie liée avec le romanesque. Un bagage égaré, un message mal noté contiennent la promesse de l’imprévu. Au palmarès délicieux de la mésaventure, le crime arrive en tête. Les clients qui cueillent cette fleur trop rare remportent chez eux un souvenir autrement plus piquant que les bibelots estampillés de la boutique de l’hôtel. Le sang répandu sur le velours rouge a des miroitements envoûtants. » (page 54)

 

« Nos clients m’intéressent davantage depuis le drame. Leur silhouette me semble plus théâtrale, leurs gestes plus graves, leur regard plus profond. » (page 98)

 

« Le motif des assiettes est à demi effacé, mais les traits d’Elena se dessinant plus nettement sous le lustre de l’Harmonie céleste que dans la lumière tamisée de l’hôtel. Ce soir, Aphrodite dîne chez les humains. » (page 110)

 

« Certains rêves sont de vieux ennemis, qui nous visitent fidèlement mais à date irrégulière, afin d’être assurés de toujours nous surprendre. » (page 131)

 

« Toutes les femmes savent que le luxe est un coupe-faim. » (page 135)

 

« J’avance face à des gens embusqués et filandreux, qui semblent tenir la lenteur pour un gage de sérieux. » (page 137)

 

« Les lettres d’amour sont des bouteilles à la mer. On les lance dans les flots parce que la jetée s’arrête et qu’on ne sait plus comment atteindre ceux qui se sont éloignés. » (page 174)

 

 

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Une réflexion sur “L’Assassin à la pomme verte, Christophe Carlier

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