La recherche de la couleur, Jean-Marc Parisis

Sophie lit… la sélection du Prix du Style 2012 5/9

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Présentation de l’éditeur

« C’est chez Dayen que j’avais ressenti les premiers signes d’une déprise, d’un départ — j’ignorais alors qu’il serait précédé de beaucoup d’autres. Un accablement, une aversion soudaine pour le décor, le décor humain j’entends, car il y avait un piano. Qu’est-ce que mon corps — autrement dit ce qu’il me restait de ma vie — faisait là ? »

Qui est François Novel ? Un homme qui vit d’écrire, un homme libre, qui entend bien le rester. Un événement dramatique va amplifier son sentiment d’exil, sa distance face au « décor humain ». Et quel décor ! Un faux ami, une chanteuse toxique, des figurants grotesques ou malfaisants. Tout un théâtre de cruautés et de vanités transcendé par l’irruption de personnages bouleversants. Car pour qui cherche la couleur dans un monde transparent, l’aventure se rencontre au coin de la rue.

Voyage intérieur et tableau d’une époque, La recherche de la couleur fait éclater tous les cadres.

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Jean-Marc Parisis a notamment publié La mélancolie des fast-foods (1987), Depuis toute la vie (2000), Renvoi d’ascenseur (2003), Avant, pendant, après (2007, prix Roger Nimier) et Les aimants en 2009.

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Stock, août 2012, 188 pages, 18 €

 

 

François Novel est romancier, cela ne s’invente pas (dans Avant, pendant, après, un précédent roman de Jean-Marc Parisis, le héros s’appelait François Roman). Ce héros narrateur nous entraîne dans une existence presque ordinaire – à ceci près qu’elle est la sienne, ce qui pour lui change tout – filmée en plan serré. Blasé mais pas (trop) aigri, il dépeint une société qui n’a plus rien à lui apporter sans qu’il le lui reproche : il n’en attend rien non plus.

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Avec une certaine dose d’humour et d’autodérision, Jean-Marc Parisis déroule un récit délicieusement narcissique. Sous le vernis d’autosuffisance de sa prose perce une belle mélancolie. Et, loin des lumières artificielles de la ville, c’est le bleu gris qui domine cette Recherche de la couleur.

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Rien de révolutionnaire – qu’on puisse se lasser de tout, dépasser les pertes les plus douloureuses et cependant croire encore en l’amour n’est pas nouveau – mais le charme opère aussi quand les choses sont plus attendues.

 

 

 

 

Citations choisies :

 

« L’amour ? Un roman à la portée de ceux qui ne savaient pas lire. Rien de moins romanesque que l’amour. La poésie en parlait mieux. La poésie, c’est ce qui restait de l’amour. Tout poème était enfant de l’amour, un orphelin qui ne trouvait plus à qui parler. Un jour, tu publierais mes poésies de jeunesse. Les mots s’imprimaient en noir. Passé un certain âge, le noir rajeunissait. Mais l’eau qui giclait dans le lavabo était bleue, et je visais la couleur. » (page 12)

 

« Gadeux ne lisait que les morts. Vivre lui semblait une faute de style. » (page 16)

 

« Certaines phrases jaillissaient comme des évidences, intouchables. D’autres, les plus nombreuses, réclamaient un réglage, dix réglages. Il fallait ajouter des voix, des instruments, régler les basses, les aigus, arranger, mixer. » (pages 25-26)

 

« La fiction a tous les droits à condition de les exercer. » (page 43)

 

« En parler, c’était donner corps au problème. Les mots créaient des fictions plus épaisses que la réalité. » (page 57)

 

« On pouvait être innocent et se sentir coupable d’être l’agent d’une injustice. » (page 59)

 

« Ce que nous ignorons n’existe pas, mais ce qui s’imagine nous détermine. » (page 68)

 

« Mon chemin, c’était la nuit. Elle purifiait les Champs-Elysées, lavant au noir la foule qui les tachait quelques heures auparavant. La brume étendait son drap sur le bitume, bordait les trottoirs comme une écume. » (page 77)

 

« La littérature, c’était la guerre, la seule que proposait l’époque, la guerre du goût, des idées. Ecrire ouvrait un front, préparait à l’exil. Les écrivains seraient toujours des étrangers sur la Terre. » (page 78)

 

« Les séances de photos auxquelles je devais me plier pour la promotion de mes livres me désolaient. On écrivait pour s’oublier, dans la joie de s’oublier, et l’on était vite rappelé à l’ordre, pour jouer un rôle, prendre la pose, se faire voler son âme, s’attrister devant un photographe. » (page 79)

 

« La psychanalyse, qui avait libéré la parole de tant de femmes à ses débuts, s’était dévoyée, ouverte au charlatanisme intégral comme aux remèdes de grand-mère compassionnels. La plupart des patients savaient si peu mériter l’attention qu’ils payaient pour qu’on les écoute. Le recours à la psychanalyse avait en soi quelque chose de névrotique. » (page 89)

 

« Les preuves de l’existence de l’inconscient sont aussi fragiles que celles de l’existence de Dieu. Mais la gratuité des prêtres les rend plus honnêtes et moins vaniteux. » (page 90)

 

« Pour moi, l’au-delà campait dans cette vie, accessible par l’écriture. Elle me commandait de séparer les morts de la mort, de garder les morts dans la vie. » (page 110)

 

« Voilà le problème de ceux qui sentent trop et qui comprennent trop : que nous pourrions être tant de choses, mais il n’y a qu’une vie et elle nous oblige à être une seule chose : cela que les autres pensent que nous sommes. » (Antonio Tabucchi, page 138)

 

« Ce qui te plaît en moi, c’est que j’étais sans toi. » (page 159)

 

« Ne pas mettre sa vie dans ses livres évitait de mettre ses livres dans sa vie. » (page 160)

 

« Les dimanches donnaient une autre image du monde. » (page 170)

 

 

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3 réflexions sur “La recherche de la couleur, Jean-Marc Parisis

  1. Moi j’ai préféré celui-ci car pour moi il est passé à côté dans « Les aimants » ! Mais sinon Avant, pendant après il faut le lire ! parole de libraire !!!

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