L’Averse, Fabienne Jacob

Sophie lit… la sélection du Prix du Style 2012 8/9

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Présentation de l’éditeur

« L’attraction, les femmes l’attrapent au creux de leurs flancs dès qu’elles passent à ma hauteur. Chaque foulée me rapproche de mon instinct d’origine, chaque pas m’éloigne de mon être de surface. L’appel du corps, un appel d’intérieur à intérieur, des chiens qui se sentent. Elles aussi, les petites, elles bichent. Le côté voyou dont je ne réussis pas à me défaire les aimante. J’ai tout fait pour paraître français, le plus français possible.

J’ai failli réussir. »

Toute sa vie Tahar a aimé ce qui coule, les fleuves, les pluies, les femmes… Quand vient sa dernière heure, montent en lui les visions de l’Algérie qu’il a quittée. L’enfance dans l’incandescence du djebel et la lumière coupante comme un crime en plein midi. Et aussi la guerre qui ne dit pas son nom, mais contraint les hommes à des choix. Au chevet de Tahar demeurent quatre personnes dont les pensées le traversent, bruissantes. Un ex-soldat, une femme aimante, un beau-père qui lui fourgue des prières chrétiennes et un fils muré dans le silence. Chaque voix sonde, à sa façon, la blessure muette de Tahar, mais une seul parvient à la dénouer et à la déborder. Celle qu’on attendait le moins. Et qui monte en même temps qu’une averse d’été, soudaine, éphémère et toute-puissante.

 

Fabienne Jacob est l’auteur d’un recueil de nouvelles et de deux romans dont Corps.

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Gallimard, septembre 2012, 144 pages, 12,50 €

 

 

 

Autour du corps inerte de Tahar, que l’on débranchera bientôt, Fabienne Jacob convoque les souvenirs. C’est la lumière de l’Algérie, la différence qui d’abord rend méfiant, le déracinement, c’est la guerre, qui quand elle se présente oblige à choisir son camp, et ce boomerang identitaire qui nécessairement revient au visage quand on a pensé simplifier les choses en se faisant passer pour un autre.

L’Averse est un roman personnel et généreux. Fabienne Jacob tisse les pensées intérieures comme d’autres les fibres végétales. Sa prose est une dentelle complexe et fine, un travail d’orfèvre. Rien n’est laissé au hasard, pas un mot, pas une virgule, et tout sonne. Cette musicalité s’accompagne d’une sensibilité exacerbée, qui flirte avec la sensualité (l’on sait que Fabienne Jacob s’intéresse à ce que disent les corps).

L’averse qui vient faire chanter la terre aride peut aussi, autant qu’une éclaircie, changer la couleur d’un souvenir. L’averse est imprévisible.

 

 

Citations choisies :

 

« Le long des oueds de pierres sèches, broussailles, rocailles, lauriers, une incandescence de pétales roses dans la lumière rasante du grand soir. Le paysage saturé de vide, la déflagration du silence dans les vallées devenues bouches d’ombre violette, les unes après les autres comme au théâtre s’éteignent les lumières. Son pays de bergers, d’herbes et de blés jaunes, le vent venu du désert joue dans les épis, un jeune chien. La lumière de ce pays, coupante, un crime en plein midi, il faut l’avoir perdue, pour se la rappeler un jour comme aujourd’hui. […] Algérie. Les trois syllabes entraînent Tahar vers le fond. Le nom de mirage dans le désert, de gourde pour la soif, le nom de terres jaunes. La soif et la couleur de la soif. » (pages 13-14)

 

« Ma honte était double, française et arabe. La marque des véritables traites est la double honte, devant ceux qu’ils ont trahis et devant ceux pour qui ils ont trahis. »

 

« Un Arabe. Sa fille avec un Arabe. Sa fille avait dit algérien, mais il avait entendu arabe. Quand le mot est tombé, il a fallu se composer un visage. Sa femme et lui se sont regardés. Le premier mot les a assommés, mais alors le second. Marier. Se marier. Pour gagner un peu de temps et parce qu’il ne savait quoi répondre au premier, le père a trouvé plus facile de donner la réplique au second. Te marier ? Tu vas peut-être un peu vite en affaires, non ? » (page 69)

 

« Parfois le noir de la crevasse se rouvre, le rouge en coule à nouveau et bientôt sur Tahar se ruent les nuées de mouches bourdonnantes. Parfois il revient, le jour d’été où Tahar a trouvé le corps de ses parents dans la cour. » (page 107)

 

« L’absence est une présence. » (page 113)

 

 

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