Première ligne, Jean-Marie Laclavetine

Lassé de recevoir des romans indignes d’exister autrement que dans les tiroirs de leurs auteurs, l’éditeur Cyril Cordouan lance le club des auteurs anonymes et entreprend de désintoxiquer de l’écriture les aspirants écrivains.

 

«Vous écrivez ?
Ne dites pas non. J’ai l’oeil.
Pas de quoi avoir honte. Moi aussi, vous savez, j’ai un problème avec l’écriture.
Vous avez mal, vous êtes mal ? La drogue vous tient ? Vous pensez qu’il n’y a rien à faire contre la dépendance ? Vous vous trompez. Arrêtez d’écrire, c’est possible, pour peu qu’on soit compris et soutenu.
Venez nous rejoindre au club, un de ces soirs. Nous nous réunissons dans l’arrière-salle du Caminito, rue des Cinq-Diamants.
Venez. Vous n’êtes plus seul.»

 

Mais toute drogue, toute passion pousse aux excès et certains participants, prêts à tout pour sortir de l’anonymat dans lesquels ils sont englués, iront bien plus loin que l’éditeur aurait pu imaginer…

 

Romancier et éditeur, membre du comité de lecture de Gallimard et s’intéressant plus particulièrement aux primo romanciers, Jean-Marie Laclavetine connaît bien son sujet, c’est peu de le dire.

Récompensée par le prix Goncourt des lycéens 1999, sa Première ligne est féroce et jubilatoire, qui pointe aussi avec la plus grande justesse le rapport entre fiction et réalité, les dérives de l’édition, le poids des égos mal placés et démystifie le statut de l’écrivain, cet état qui cristallise tant de fantasmes.

 

Folio, 2001, 310 pages, 6,50 euros

 

« Je m’appelle Jean-Luc, et j’ai un problème avec l’écriture. J’avais hâte de vous retrouver ce soir. Pour vous dire. Pour vous annoncer, voilà, que je n’ai pas écrit depuis quatre jours.

Quatre jours ! Jean-Luc, c’est formidable !

Ca ne m’était pas arrivé depuis… Depuis quand ? Depuis que j’ai commencé, voilà.

Bravo Jean-Luc. Bravo ! On est tellement contents pour toi. Applaudissements. » (page 128)

 

« L’écriture, c’est comme l’armée : on y retrouve tout le monde. » (page 131)

 

« Oh, je sais comment vous imaginez ma vie. Des chroniques rédigées en cinq ou dix minutes sur des livres à peine lus, assez superficielles pour plaire à tout le monde et ne choquer personne… Des citations constituant la majeure partie du texte, juste agrémentées de quelques chichis, telle est ma marque, et c’est bien pratique pour tout le monde… Mais si… Le numéro de la page indiqué à chaque fois, afin d’entretenir le mythe, qui ne trompe aucun lecteur, d’une critique consciencieuse… Un minuscule coup de griffe ici ou là pour montrer qu’on n’est absolument pas complaisant… Quelques traits d’humour très léger, car on n’est pas du genre à se prendre la tête, nous autres… De la critique barbe à papa, quoi, rose, vaporeuse, sucrée, un peu acidulée… Ce n’est pas ce qu’on fait de mieux, je sais, mais c’est ce qu’on attend de moi. Et c’est royalement payé. » (pages 226-227)

 

« Il faudrait pouvoir prévenir les jeunes. Ne commencez pas. On a quinze ans, on rêve devant la fenêtre ouverte, un mot entre et se pose sur la table. On le regarde, émerveillé. On ne sait pas. Le deuxième ne tarde pas. Les mots se mettent à voltiger comme des hirondelles, ils tourbillonnent et viennent s’aligner sur le fil de la page. On rit, on est perdu. » (page 290)

 

« Ecrire n’est rien, j’ai essayé. Mais vivre ? » (page 307)

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