L’atelier des miracles, Valérie Tong Cuong

latelierdesmiracles-191x300Ils sont trois, trois êtres cabossés par la vie, trois individus fragiles en dépit des apparences, trois personnes dont les destins auraient pu ne jamais se croiser. Sauf que tous trois, après avoir chacun perdu pied d’une façon différente, font la connaissance de Jean.

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A la jeune Millie, rescapée d’une chute consécutive à un incendie, l’homme se présente ainsi : « – Je m’appelle Jean. Je m’occupe d’une association caritative, l’Atelier, peut-être en avez-vous entendu parler ? Nous aidons les personnes en grande difficulté, les accidentés de la vie. Nous les guidons administrativement, psychologiquement, nous leur donnons un coup de pouce matériel lorsque c’est nécessaire, bref nous les accompagnons de toutes les manières possibles. L’hôpital nous a signalé votre cas. » (page 64)

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A Monsieur Mike, déserteur de l’armée, dont le cœur a été piétiné par son ex-femme et qui n’a plus trouvé de chaleur que dans la rue, sous le porche où il vit, il déclare : « – Voilà ce que je vous propose. Un hébergement dans les locaux de l’association, un mois de période d’essai et, si tout va bien, on signe pour la suite. Ce que j’attends de vous, c’est que vous nous protégiez. Moi, les autres membres de l’association, ceux auxquels nous venons en aide. Vous aurez le titre de responsable de la sécurité. Est-ce que ça pourrait vous convenir ? » (pages 74-75)

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A Mariette, irréprochable épouse d’un député de la droite catholique, irréprochable professeur d’histoire-géo dans un collège, que ses élèves – un, en particulier – ont poussée à bout, il offre un sursis : « – Si je résume ce qui m’a été dit, vous avez fait un burn-out, vous étiez épuisée et malgré deux semaines de repos, des signes d’amélioration certains, une volonté réelle de vous rétablir, vous semblez soudain à cran à l’idée de reprendre le collier. Bref, le boulot n’est pas fait, vous êtes encore fragilisée. […]

Il avait une voix douce, rassurante. Il me proposait une chambre, du calme, du temps : tout ce dont j’avais besoin, là, maintenant. Mon angoisse est retombée d’un coup, il l’a senti, m’a tendu le bras. Je m’y suis accroché. » (pages 84-85)

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Chacun à son tour, Millie, Monsieur Mike et Mariette racontent leur chute, puis leur arrivée dans cet Atelier où ils apprennent à doucement remonter la pente, tout en se posant enfin la question de pourquoi ils l’ont dévalée. « Nous allons reconstituer le tableau de votre vie, je vous le promets jeune fille, et vous savez quoi ? S’il manque des couleurs, eh bien nous en fabriquerons de nouvelles. » (page 89), affirme Jean à Millie, qui feint l’amnésie et devient Zelda pour mieux se reconstruire.

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On tombe instantanément sous le charme de Millie, Monsieur Mike et Mariette. Leurs faiblesses et leurs rugosités, mais aussi leur voix si particulière, les rendent terriblement attachants. On assiste, captivé, à leur résurrection grâce aux talents de Jean. On les quitte à regret en sachant qu’ils vont nous accompagner longtemps.

Avec L’atelier des miracles, Valérie Tong Cuong signe un très beau roman chorale. Elle nous montre que si l’homme peut être un loup pour l’homme, il possède aussi le pouvoir de sauver son prochain, se révélant également son meilleur allié. Elle nous oblige enfin à nous poser la question : qu’attendons-nous pour être à notre juste place dans l’existence ?

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JC Lattès, 9 janvier 2013, 264 pages, 17 €

Cette chronique sur onlalu.com

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« Les pires, ce sont ceux qui s’interposent. Ceux qui ne supportent pas de voir leurs proches se reconstruire après telle ou telle épreuve. Eh oui Monsieur Mike : on peut prendre plaisir à laisser son mari, sa soeur, son ami s’enfoncer. Par jalousie, par frustration, par besoin d’exister. » (page 130)

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« Contentez-vous d’être et le reste suivra. » (page 140)

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« Mais lorsque l’on vieillit, Zelda, on apprend à construire sa liberté, et un beau jour, on se souvient que la vie est une grâce qui nous est donnée pour que nous la vivions. » (page 210)

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« Nous faisons tous les mêmes erreurs. Fuir nos fantômes plutôt qu’apprendre à vivre avec. » (page 259)

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13 réflexions sur “L’atelier des miracles, Valérie Tong Cuong

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