Pourquoi écrivez-vous, Delphine de Malherbe ?

Delphine de Malherbe a publié deux romans autofictifs, La Femme interdite (Editions Jean-Claude Lattès, 2006) et La Fille à la vodka (Editions Plon, 2012).

Elle est l’auteur de la pièce Une passion, jouée au théâtre Marigny, d’un récit brûlant sur Colette, d’un essai sur la foi… et d’une esquisse sur l’érotisme. Elle a également mis en scène le texte de Kathrine Kressmann Taylor, Inconnu à cette adresse, joué au théâtre Marigny.

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Pourquoi écrivez-vous ?

J’ai d’abord écrit très jeune car j’étais une petite fille unique qui avait besoin, seule dans sa grande chambre, de s’inventer un monde, des amis imaginaires, et des rêves. Je pense que ma créativité a été stimulée par ma solitude d’enfant.

Déjà, j’écrivais des spectacles que je faisais jouer à mes copines ou petits cousins. Et j’adorais cette possibilité de se projeter dans des univers choisis, ce qui n’excluait pas le merveilleux mêlé à la cruauté de la réalité. Ensuite, j’ai lâché un peu durant l’adolescence puis à 16 ans, le virus m’a rattrappée. Je me suis inscrite au Cours Simon pour apprendre à dire des textes afin de savoir les écrire. Pour écrire un texte qui sonne juste, pratiquer le théâtre est une aussi bonne école que de s’inscrire en Fac de Lettres. Mon premier désir d’écriture a donc été de créer un monde et de l’offrir aux gens. J’ai monté ma troupe de théâtre, Les Soleils Rouges, et nous avons emmené le public dans l’imaginaire, le rire, la pensée. Ensuite, avec le roman, j’ai eu envie de compléter mon travail en traitant de sujets tabous, intimistes mais universels, que je ne pouvais traiter en scène. J’aime mettre le doigt là où ça fait mal. Pour autant, je n’aime pas les artistes qui ont la vanité de délivrer des messages. Nous, les écrivains, sommes des êtres vivants qui proposons des alternatives au monde vivant, pour mieux y vivre. Qu’un texte soit philosophique, distrayant, comique ou intellectuel, il doit être avant tout un moment de vie intense. Et non une proposition indécente. Je connais trop la malhonnêteté intellectuelle de ceux qui veulent vendre de belles idées. Je l’ai observée quand j’étais journaliste chez certains créateurs. Je veux être du côté de ceux qui emmènent loin sans que ça se voit. Ce que je pense de notre monde doit être distillé au second plan d’un texte gourmand, violent ou drôle. Si je n’écrivais pas, je ne vivrais pas. Ceci expliquant cela.

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Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Les conseils sont souvent déplacés. Il n’existe que cette possibilité : Ecrire chaque jour avec discipline, oser vivre fort pour n’être pas une coquille creuse qui n’écrirait qu’avec sa tête, et lire énormément ce qui sort dans les périodes où l’on n’écrit pas. Enfin, il faut aimer. Aimer au sens large du mot. Si l’on ne donne pas beaucoup de soi, si l’on est juste un libre penseur sec et dépourvu de coeur, l’oeuvre, si brillante soit-elle, s’étiolera à petit feu.

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Précédent rendez-vous : Brigitte Kernel

Prochain rendez-vous : Mathieu Simonet

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